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La campagne vue de l'étranger no3: la semaine de l'homme qui monte

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La presse étrangère se fait effectivement l'écho de la montée du candidat Bayrou cette semaine. Le président de l'UDF s'est même offert hier et pour la première fois sa photo en une de l'International Herald Tribune et le candidat centriste récidive ce matin ! "Maintenant, c'est une course à 3 !" titre le quotidien international avec le trio concerné en photo. "Royal et Sarkozy ont chaud ! Les sondages montrent que Bayrou a franchi un seuil décisif", analyse ce matin Katrin Bennhold. "Six semaines avant le premier tour, cette montée, écrit-elle, a secoué l'establishment politique habitué à un très simple clivage droite/gauche." Tout comme la presse étrangère qui maintenant est bien obligée d'expliquer à ses lecteurs qui est François Bayrou. Les journaux décrivent évidemment les points clés de son programme, notamment l'aide aux petites entreprises. Mais c'est l'International Herald Tribune qui se fait le plus précis. Le quotidien l'a suivi ces derniers jours lors de son déplacement à Epinal dans les Vosges et voici un extrait : "Lors d'une rencontre avec des professeurs et des étudiants, il cache comme il peut son ennui tout en écoutant les explications techniques de l'usage industriel du bois. Il se gratte l'oreille gauche avec son stylo, s'affale sur sa chaise, baille et tripote les touches de son téléphone portable." "Et quand le directeur de l'institut s'adresse à lui, Bayrou lui demande poliment de prononcer correctement son nom : "Bye-roo", comme on dit dans sa région natale, le Béarn... pas "Bay-roo", comme le disent les parisiens." Plus loin, dans l'avion du retour, la journaliste constate que l'homme s'exprime dans "un anglais correct", qu'il a même de la belle famille aux Etats Unis du côté de Des Moines dans l'Iowa et s'il "devait vivre de l'autre côté de l'Atlantique, il s'installerait dans les grands espaces du Montana." "Et s'il devait voter en 2008 pour l'élection présidentielle américaine, il espérerait voter pour Al Gore." Mais pour en revenir à sa stratégie, "elle semble payer", poursuit Elaine Sciolino. "Je viens de la terre et j'apprécie que Bayrou vienne lui aussi du monde rural," explique un gérant d'un tabac-presse d'Epinal, qui, précise la journaliste, avait voter pour le candidat de l'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, en 2002. "C'est un vote de protestation !" analyse Dominique Moisi, de l'IFRI, l'Institut Français des Relations Internationales. Il est interrogé ce matin dans les colonnes du Financial Times. En français dans le texte, dans le quotidien espagnol El Pais, c'est "Monsieur 20%" qui "grimpe dans les sondages malgrés de petits moyens." Et le journal sans apporter vraiment de réponse de se demander : "Quel est son secret ?" Le correspondant espagnol en France d'El Pais l'a donc suivi en début de semaine lors de son déplacement à Toulouse. "Quand il s'est présenté à l'élection de 2002, explique-t-il, il ne réunissait ici que 250 personnes. Aujourd'hui, pour ce meeting, ils sont plus de 8 000 à crier : "François, Président !" L'autre candidat qui s'offre les colonnes de la presse étrangère cette semaine, c'est Ségolène Royal... avec les accusations de manoeuvre fiscale lancées en milieu de semaine par le Canard enchaîné. Et si l'on y ajoute celles de la semaine passée contre Nicolas Sarkozy, "ces éléments participent, selon le Times, à la montée dans les sondages de François Bayrou." "Mais attention", précise le quotidien britannique, le Canard enchaîné devrait se pencher dans les prochains jours sur la situation fiscale de celui que le journal appelle "l'agriculteur et l'éleveur de chevaux des Pyrénées." Toujours à propos de la candidate socialiste, la presse européenne s'est aussi beaucoup intéressée cette semaine à sa rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel. "Deux femmes distantes" selon le numéro un catalan, La Vanguardia, à l'opposé du jugement du Temps, le quotidien suisse, "Ségo" (entre guillemets) est en complicité avec Angela Merkel." A croire que la presse européenne a eu du mal à cerner la relation entre les deux femmes. La Vanguardia explique qu'elles "ont beaucoup de choses en commun" tandis que le quotidien luxembourgeois Tageblatt parle "d'itinéraires parrallèles et de caractères différents." Et quand la presse européenne ne dit pas tout et son contraire, elle n'est pas tendre avec la candidate socialiste. Les journaux allemands, qui suivent de très près cette campagne électorale, se sont interrogés sur la vision que cette dernière pouvait bien avoir de l'Allemagne. Et pour le Berliner Zeitung, qui se revendique au passage comme le quotidien le plus lu à Berlin, sa vision, comme pour la politique étrangère en général, "c'est une page blanche." Et le quotidien cite le député vert européen Daniel Cohn Bendit : "Politiquement, Merkel est plus proche de Sarkozy... mais elle s'entendra mieux avec Ségolène Royal sur le plan humain et sur celui du style." Pas sûr réplique le luxembourgeois Tageblatt qui les qualifie toutes deux de "pragmatiques" mais qui justement les trouve "opposées dans leur style." L'une, l'allemande, "pèse volontiers le pour et le contre." L'autre, la française, "aime les déclarations à l'emporte-pièce." Et c'est dans ces moments là... Plus le premier tour approche et plus la presse prend position pour l'un ou l'autre des candidats. C'était déjà le cas la semaine passé avec l'édito du conservateur espagnol ABC qui s'était clairement prononcé en faveur de Nicolas Sarkozy, pour des raisons parfois peu objectives. C'est donc dans ces moments là qu'il faut aller chercher un semblant de vérité... à Donzy. Mais où est-ce Donzy ? C'est en Bourgogne, "pas loin des vignes du Pouilly Fumé et du Sancerre" explique avec un charme très anglais The Independent. Le correspondant du quotidien libéral britannique s'est donc rendu dans la Nièvre dans "ce village quasi systématiquement révélateur de la véritable opinion des Français." "Venir à Donzy, précise le journaliste, c'est apprécié la douceur de vivre" en français dans le texte. Et ici donc sur les cinq derniers scutins entre 1988 et 2002, les donziais ont voté très près de l'ensemble des Français. John Lichfield croise "Claudie, 54 ans, en jeans et manteau noir plutôt chic." "Le changement ? Tous les candidats disent qu'ils vont apporter le changement mais que vont-ils réellement changer ?" demande-t-elle. "On a besoin de plus de sécurité, de justice, des emplois." Et dans un bar, le journaliste croise Jacques... un "charpentier à la retraite". Et l'homme de 71 ans lui lance : "Mais ce n'est pas de Madame Royal dont nous avons besoin, c'est d'une Madame Thatcher ! Nous avons besoin d'un leader, poursuit-il, qui nous force au changement même si nous hurlons." Et le journaliste de l'Independent continue son reportage dans les rues de Donzy, cette soit-disante ville boule de cristal. Mais pas de chance, il tombe sur ce qu'il appelle un "cul de sac", toujours en français dans le texte. En 2002, Donzy a succombé comme le reste du pays au cul de sac xénophobe Le Pen. "Cette année, poursuit le journaliste, la nouvelle tentation est le cul de sac... d'un centre consensuelle." "François Bayrou, un modéré, pro-européen, chrétien-démocrate, qui monte dans les sondages et qui se retrouve, conclue-t-il, sur de plus en plus de lèvres à Donzy."

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