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La Chine étend ses frontières

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"Il n'aura fallu qu'une petite carte pour créer un dispute diplomatique régionale ", écrit le Guardian. Une carte qui figure sur le nouveau passeport chinois, page 8. Une carte qui étend la souveraineté de Pékin à toute la mer de Chine du sud ainsi qu'à des zones frontalières avec l'Inde et à deux sites touristiques taïwanais. Problème : certaines de ces zones sont revendiquée par les Philippines, le Vietnam, Bruneï, l'Inde, Taïwan ou la Malaisie. Protestations véhémentes de ces pays donc. Le Vietnam et les Phillipines, par exemple, se sont plaints officiellement auprès des ambassades chinoises. Comme souvent dans ce genre de cas, il y a eu quelques déclarations corsées, une guerre des mots. Ainsi dans le Financial Times, un ancien conseiller auprès du gouvernement vietnamien déclare : "C'est un nouvel acte pernicieux de la part de Pékin qui vient s'ajouter à des centaines d'actions malveillantes ". Le ministre des Affaires étrangères de l'Inde, lui, a qualifié la carte d'inacceptable. Une carte "fausse " pour Washington, rapporte le Christian Science Monitor. Mais au-delà des actions diplomatiques d'usage, certains pays ont trouvé des manières originales et créatives de témoigner de leur mécontentement. Le Vietnam refuse de tamponner ces nouveaux passeports. Il le fait sur une page à part, raconte le Wall Street Journal. L'ambassade d'Inde à Pékin, elle, appose bien son visa mais un visa avec une nouvelle carte rectifiée. Alors se dirige-t-on vers de nouvelles tensions dans cette région ? "Ce nouveau passeport équipé d'une micro puce force tout simplement ses voisins à valider la position chinoise sur ces régions litigieuses ", estime Jonathan Kaiman, correspondant du Guardian à Pékin. Le journaliste a interrogé un professeur de relations internationales de l'Université de Renmin qui met en garde sur les conséquences à long terme de cette carte au tracé hasardeux. Une carte qui sera valable 10 ans, tout comme les passeports, fait remarquer dans le Financial Times un diplomate en poste à Pékin, sous couvert d'anonymat. Avec ses papiers officiels, la Chine affirme donc une position forte et durable. Cette carte démontre que le pays est déterminé à aller de l'avant dans ces disputes territoriales, explique au Guardian l'Australien Bruce Jacob, spécialiste de l'Asie. Le journal rappelle d'ailleurs qu'au printemps dernier, Pékin avait déjà envoyé des bateaux de surveillance patrouiller aux abords d'îles, au coeur du conflit avec les Philippines. Ce qui avait provoqué un incident diplomatique assez grave. En juillet, la Chine annonçait la création d'une nouvelle municipalité chinoise, Sansha, sur un îlot de l'archipel contesté des Paracel. Archipel revendiqué par le Vietnam notamment. A cette occasion, Pékin précisait même qu'elle allait très vite déployer une garnison militaire dans cette ville. Des agressions de ce style, il y en a eu des dizaines récemment. La guerre du Pacifique, eaux riches en poisson et sans doute en pétrole et en gaz, se joue depuis quelques années. Pour le Financial Times, cela fait maintenant deux ans que la Chine a haussé le ton sur ces questions territoriales. Le Wall Street Journal pointe également du doigt la responsabilité des autorités chinoises. "Pékin remet en cause le statu-quo ", écrit le quotidien. "Depuis ces dernières années, les autorités chinoises se montrent agressives pour faire progresser leur revendications en mer de Chine du sud et elles ont ranimé le conflit frontalier avec l'Inde. " Bruce Jacob, toujours dans le Guardian, estime que cette manière de faire - imposer ainsi une carte à ses voisins - est contreproductive. Mais les Chinois ne s'en rendent pas compte car ils n'ont pas les mécanismes de feedback nécessaires comme par exemple, une presse indépendante. Même analyse dans le Wall Street Journal qui va plus loin. "Si les responsables chinois pensent qu'en agissant ainsi et en proférant des menaces voilées, ils vont contraindre leurs voisins à leur obéir, c'est qu'ils font une mauvaise interprétation du climat politique régional. " Et d'ajouter : "La politique de la sourde oreille, c'est justement ce qui a incité les pays d'Asie du sud-est à ne pas se laisser faire et à s'unir. " La semaine dernière, au sommet de l'Asean, le président philippin a ainsi demandé une médiation extérieure dans ces conflits. Il réclame que s'applique le droit international. En revanche - et c'est révélateur, souligne le Guardian - ne figurent pas sur la carte les îles Diaoyu ou Senkaku, pour les Japonais. Un archipel qui fait l'objet d'une dispute entre la Chine et le Japon, depuis des années. Pékin n'a sans doute pas voulu provoquer davantage d'étincelles alors que le mois dernier encore, de violentes manifestations avaient éclaté dans plusieurs villes de Chine. A l'origine de ce regain de tensions : l'achat par Tokyo d'une poignée d'îles de l'archipel. A moins que ce ne soit juste parce que la carte du passeport est trop petite pour qu'apparaissent ces îles. C'est en tout cas la théorie du Financial Times.

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