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La commedia italienne

4 min

Pour la Saint-Valentin, l'Italie vient de s'offrir un beau divorce, une répudiation sous les projecteurs, comme seul le cinéma italien en a le secret.

Tout à l'heure, le président du conseil, Enrico Letta, va grimper la colline du Quirinal pour remettre sa démission au président italien Giorgio Napolitano.

Dans ce film, Enrico Letta, c'est un petit peu l'épouse bafouée, et poignardée par les siens... Puisque c'est son propre parti, le parti démocrate qui l'a ainsi désavoué après un vote expéditif hier... 136 voix contre 16 pour lui montrer le chemin de la sortie, afin de former une nouvelle équipe gouvernementale pour accélérer les réformes... Et l'intégralité de la presse italienne ce matin fait bien évidemment sa Une sur ce coup de théâtre, cette révolution de palais, et sur les deux hommes qui l'incarnent.

Au générique, nous le disions, il y a bien sûr Enrico Letta le taciturne, Enrico Letta, l'homme dont les costumes, les cravates serrées et les bonnes manières si éloignées de celles de Silvio Berlusconi ou de Beppe Grillo enchantaient le journal espagnol el Pais qui consacrait un portrait à cet homme de consensus au moment de sa prise de pouvoir, en avril dernier.

Face à lui, il y a désormais son tombeur, et quel tombeur... Mateo Renzi, le brillant publicitaire, aux chemises ouvertes, et au physique de jeune premier... Le chef du parti démocrate et maire de Florence et très vraisemblablement le prochain premier ministre donc... Un homme de 39 ans à l'ambition démesurée, aux manières directes que certains comparent à Tony Blair, ou dans un autre registre, à un Berlusconi light. Clarté des objectifs, rapidité d'exécution », Voilà les maitres mots de Renzi, le nouveau leader du centre gauche, des mots qui font mouche dans cette Italie rongée par les lourdeurs bureaucratiques, et des années de gestion poussiéreuse.

Jeune et ambitieux, c'est ainsi que le décrit la Republicca qui revient ce matin sur ce scénario rocambolesque : quand Enrico Letta forme son gouvernement de coalition gauche-droite, rares sont ceux qui lui auraient prédit de durer beaucoup plus que dix mois. En revanche, qui aurait pu imaginer que ce soit son propre parti qui siffle la fin de la partie?

Le New York Times le rappelle, l'Italie, a passé une bonne partie de l'année à voguer de crise politique en crise politique, sur fond d'une Europe très inquiète que l'instabilité ne se propage au reste du continent. Et c'est en se posant comme l'homme du recours, avec sa coalition brinquebalante qu'Enrico Letta a mené la barque italienne durant son mandat. Il s'est posé comme un rempart contre les sentiments anti-austérité et anti européens incarnés par Silvio Berlusconi et Beppe Grillo.

Mais un rempart, ça ne bouge pas... Et c'est précisément ce que lui reprochait depuis des semaines Mateo Renzi, pour qui ce gouvernement semblait trop faible pour entamer les réformes politiques nécessaires pour sortir l'Italie de son marasme. La troisième économie de la zone euro connait sa plus longue récession depuis la seconde guerre mondiale, et son taux de chômage atteint des niveaux sans précédents depuis trente ans.

Il en a pris, des coups, Enrico Letta en dix mois de pouvoir... reprend le NYT.

Mais les choses se sont accélérées en décembre, quand Matteo Renzi prend la tête du parti. L'homme affiche immédiatement sa volonté de secouer une politique italienne momifiée.

Le maire de Florence, il ne faut pas oublier que c'est la ville des intrigues... le maire de Florence, donc, multiplie les critiques contre Letta... Et alors que le président du conseil bénéficiait jusqu’ici d’un soutien assez large des milieux économiques, un ultimatum sur l’accélération des réformes lancé par le patron de la Confédération des industries italiennes a fait l'effet d'une bombe, un véritable signal de défiance.

La vraie blitzkrieg, elle; a eu lieu mercredi. Un entretien entre les deux hommes que le Corriere della serra résume aujourd'hui sous le titre "la passion selon Mateo..."

Au terme de ce duel à huis clos, Enrico Letta aurait refusé de devenir simple ministre sous les ordres de Mateo Renzi. Ne restait que deux solutions : attendre que le gouvernement s'effondre et provoquer des élections anticipées... Autant dire Reculer pour mieux sauter... Tant que le code électoral n'a pas été révisé, des législatives avancées n'auraient servi à rien, sauf à un parlement bloqué, comme l'an dernier... Enrico Letta a donc préféré partir, raconte la Republicca, avec cette phrase. "Tu le veux mon job? Et bien prends le, si tu te crois si malin». Enrico Letta est désormais un homme seul, reprend le quotidien l'espresso, un homme abandonné des siens. Mateo Renzi lui, répond aux critiques. On nous accuse, le parti et moi d'avoir une ambition démesurée? Je ne le nie pas. Nous devons tous avoir cette ambition, sortir l'Italie de ce bourbier.

Ambition louable, oui, reprend la Reppublica mais attention. Le gouvernement va rester une coalition gauche droite avec laquelle Matteo Renzi va bien devoir composer. Prendre le pouvoir, c'était finalement une chose pas très compliquée. Le vrai jeu commence maintenant. Et si Matteo Renzi n'arrive pas à faire vite beaucoup mieux que son prédécesseur, une chose est sûre écrit le journal. La carrière de l'ambitieux politicien aura peut être été brillante, mais elle sera aussi très brève. Au risque de transformer un film en cinémascope en court métrage vite oubliée.

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