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La dernière condamnation de René Vautier ou la mort d'un cinéaste engagé.

5 min

Par Thomas CLUZEL

Hier, à l’âge de 86 ans est décédé celui qui a fait trembler la censure française, peut-on lire notamment sur le site d'information en ligne TOUT SUR L'ALGERIE. Et de fait, René Vautier, qui avait choisi les révolutionnaires algériens, rappelle son confrère du journal LE MATIN a connu la censure sur pratiquement toute son œuvre. "Afrique 50", premier film français anticolonialiste réalisé par le cinéaste âgé de 21 ans sera non seulement interdit pendant plus de 40 ans, mais lui vaudra même une condamnation à un an de prison, exécutée dans les prisons militaires. Il sera suivi d'autres films, qui le consacreront dans son engagement. "Une Nation, l’Algérie", sorti en 1954 juste après le déclenchement de la guerre de libération sera à nouveau interdit et lui vaudra, là encore, une condamnation pour atteinte à la sûreté intérieure de la France. Et puis en 1972, cette fois-ci, c'est la consécration : son film "Avoir vingt ans dans les Aurès" obtient le Prix international de la critique du festival de Cannes. Ce qui n'empêchera pas l'homme de se battre, une fois de plus, pour briser la censure étatique en entamant une grève de la faim, 33 jours au total, pour protester contre le refus de la France d’octroyer un visa d’exploitation au film "Octobre à Paris", réalisé par son ami Jacques Panijel sur le massacre d'algériens pacifistes par la police parisienne sous les ordres de Maurice Papon dans la nuit noire du 17 octobre 1961.

Homme de conviction et militant des causes justes, René Vautier s'était ainsi totalement investi dans le combat des Algériens pour l'indépendance et dans le combat anticolonial en Algérie. De sorte que son travail, précise le HUFFINGTON POST arabe fait aujourd'hui partie du patrimoine historique de l'Algérie, où il est considéré comme un Moudjahid, comprenez un combattant de l'indépendance.

Si le grand public n'a pris conscience de l'existence de René Vautier qu'en 1972, lorsque "Avoir vingt ans dans les Aurès" a été présenté à Cannes, ce fils d'ouvrier avait pourtant commencé sa carrière bien avant et tout d'abord comme résistant sous l'occupation, rappelle LE TEMPS de Genève. Il avait rejoint la Résistance en 1943, âgé de seulement 15 ans. Après la guerre, René Vautier adhère au parti communiste. Et puis en 1950, la Ligue de l’enseignement le charge de réaliser un film sur l’éducation française en Afrique subsaharienne. Vautier détournera la commande pour évoquer une réalité méconnue : le travail forcé et les violences des autorités coloniales contre les populations entre la Côte d’Ivoire et le Mali.

Plus tard, au moment du déclenchement du conflit algérien, René Vautier décide de partir pour l’Afrique du Nord, tout d’abord pour la Tunisie où il tournera deux courts métrages avant de gagner l’Algérie, aux côtés de maquis du FLN. Il y tourne là aussi deux documentaires, "Une nation, l’Algérie", aujourd’hui perdu et puis "L’Algérie en flammes" qui lui vaut d’être poursuivi par les autorités françaises et le gouvernement provisoire algérien qui le suspecte d'être un agent de Moscou.

Peu après son retour en France, en 1967, il rejoint le groupe Medvedkine autour de Chris Marker avant de s’établir finalement chez lui, en Bretagne, où il fondera l’Unité de production cinématographique de Bretagne. C’est dans ce cadre, d'ailleurs, qu’il produira ses deux longs métrages de fiction "La Folle de Toujane" en 1973 et puis l'année précédente "Avoir vingt ans dans les Aurès". Un film qui fait du bien et plus encore, qui fait gamberger, peut-on lire ce matin sur le site d'information en ligne SLATE. En ces temps, où on n’en finit pas de payer le prix de l’impuissance de la République française à prendre en charge la vérité de son histoire, y compris de ses crimes, le premier long métrage vibre en effet d’un désir de dire, de montrer, de faire sentir et de comprendre qui aujourd'hui encore n’a rien perdu de son allant.

Ce film, l'un des plus importants sur la guerre d’Algérie n’est pourtant pas vraiment «sur» la guerre d’Algérie, précise l'article, même s’il s’appuie sur des centaines d’heures de témoignages d’appelés. Entièrement situé du côté d’un commando de chasse de l’armée française, il met en évidence nombre d’aspects alors passés sous silence et frappés d’interdit et de censure, à commencer par la violence exercée sur les populations civiles, y compris gratuitement, c'est à dire hors du cadre de la torture systématique pour rechercher des renseignements.

Mais ce qui intéresse finalement le plus Vautier est de donner à comprendre les mécanismes qui mènent une bande de gars plutôt sympathiques, plutôt rebelles, à commettre des actes abjects et à servir une machine politico-militaire pour laquelle ils n’avaient aucune inclination. Plus qu’un récit à proprement parler, le réalisateur y met en place une série de situations. Ce sont là les deux caractéristiques les plus saillantes du film : l’importance des paysages tout d'abord, la dureté des lumières et la violence de l’environnement naturel et d’autre part le caractère semi-improvisé des scènes, interprétées par une troupe de jeunes acteurs dont Jean-Michel Ribes et Philippe Léotard. C'est le télescopage de l’expérimentation d'une part, marquée par le théâtre de Brecht et du documentaire de roche et de soleil d'autre part, qui donne au film une puissance qui traverse les décennies. Les décennies et les murs, serait-on tenté d'ajouter, en référence à ce que le critique Georges Sadoul écrivait sur René Vautier en 1951 : « Vautier pense que lorsqu'un mur se dresse sur la route de ce qu'il veut montrer, la seule solution consiste à foncer dans le mur, caméra au poing et tête en avant ».

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