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La fin des parapluies ?

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Par Thomas CLUZEL

Ce lundi matin, la police a fait démonter les tentes et abattu les barricades du dernier campement occupé par les manifestants pro démocratie à Hongkong, mettant ainsi un point final au plus important mouvement de contestation politique qu'ai jamais connue l'ex colonie britannique, depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. L'occasion pour la presse de tirer le bilan de ces deux mois et demi de manifestations pacifiques en faveur de la démocratie : Que restera-t-il de ce mouvement ? Faut-il y voir un nouvel échec du camp libéral après l’enlisement des Printemps arabes ? Est-ce un signal supplémentaire de ce reflux autoritaire, qu’incarnent si bien Xi Jinping et Vladimir Poutine sur la scène internationale ? Et puis surtout, faut-il conclure à l’échec d’une jeunesse, qui n’a pas réussi à convaincre une majorité de ses concitoyens de la nécessité d’un changement plus profond de système politique ?

Tout d'abord, c'est vrai que le gouvernement de Hongkong, aligné sur le pouvoir central chinois, n’a rien cédé. En d'autres termes, Pékin peut se féliciter de la tournure des événements puisque non seulement la menace d’une révolution de couleur ne s’est pas matérialisée, écrit le correspondant du TEMPS mais le «mouvement des parapluies» s'est éteint, qui plus est, dans l’indifférence internationale.

Sans compter que les campements étaient devenus impopulaires, constatent nombre de journaux. Et d'ailleurs, si l'évacuation des 3 campements s'est passée sans heurts, si les derniers irréductibles se sont laissés arrêter sans résistance par les forces de l’ordre, note le journal MING PAO, c'est sans doute parce que les gens étaient fatigués de voir le sang couler. Voilà pourquoi les gens n'ont pas accouru de toutes parts. En réalité, seules les personnes les plus impliquées étaient là. Et encore, pas très nombreuses, une vingtaine tout au plus ce matin. Et pourquoi ? Parce que cela faisait un bout de temps, déjà, que les appels à mettre fin au mouvement fusaient.

Mais la fin de l'occupation ne veut pas dire que tout est réglé. Ainsi quand le journal LE TEMPS de Genève estime que Pékin n’en a pas terminé avec les parapluies, THE TIMES de Londres juge à son tour que les parapluies ne resteront pas fermés très longtemps. En clair, ce n'est pas une révolte manquée, dit-il, car il s'agissait plutôt de la tentative de certains jeunes clairvoyants de pousser un gouvernement, inflexible, à se poser certaines questions. Or avec discipline et maîtrise de soi, les manifestants ont su montré qu'ils pouvaient constituer un véritable groupe d'intérêts qui œuvre pour le changement. Ils sont même parvenus à monopoliser durablement l'attention des médias. Et puis qui aurait cru, il y a peu encore, que les Hongkongais, les plus matérialistes des Chinois puissent ainsi se soulever contre l’autorité au nom d’un idéal ? Cela signifie que Hongkong ne sera plus jamais comme avant, reprend son confrère de Genève avant d'en conclure : Pékin n’en a pas fini avec la génération parapluie.

Sous le titre, "Nous reviendrons !", le quotidien APPLE DAILY, cité par le Courrier international, veut lui aussi trouver des raisons d'être optimiste. Au point où nous en étions, dit-il, même si le chef de l'exécutif n'avait pas donné l'ordre d'évacuation, il aurait fallu de toute façon se retirer, car les sondages avaient déjà montré que la majorité des citoyens de Hong Kong étaient défavorables à la poursuite du mouvement. Mais nous restons optimistes, car les mêmes sondages ont prouvé qu'ils étaient également une majorité à ne pas accepter le plan de réforme imposé par l'Assemblée nationale du peuple. En clair, le retrait signifie simplement qu'il faut passer à une autre forme d'action pour poursuivre la résistance.

A présent, il nous faut trouver un nouveau souffle pour la réforme, renchérit le SOUTH CHINA MORNING POST, trouver le moyen de revenir à des propositions réalistes dans le cadre légal et qui puissent être acceptées par les législateurs, à Hong Kong comme à Pékin. Et si les revendications des manifestants, comprenez le suffrage universel, ne pouvaient sans doute pas être satisfaites, en revanche, ce mouvement aura touché à tous les aspects du mode de gouvernement de Hongkong : l'économie, le logement, l'éducation et les inégalités sociales.

Voilà pourquoi, pour la chroniqueuse du journal MING PAO, ce qui compte, c'est que le germe des aspirations démocratiques est désormais et durablement enraciné au cœur de la société civile. Il est indéniable que les Hongkongais sont entrés dans une véritable phase de désobéissance, dit-elle et qu’ils entendent donner par les actes, une nouvelle définition de ce qu’est l’opinion du plus grand nombre.

Et la journaliste de conseiller notamment la relecture du « Pouvoir des sans-pouvoir », du défunt président tchèque Václav Havel. Havel restait convaincu que l’homme a une connaissance innée de la démocratie, une tendance naturelle à dire la vérité et une inclination à la justice. En clair, dans un monde uniformisé, morne et fade, il prônait le “droit à vivre dans la vérité”, semant ainsi les graines de la société civile, qui allaient germer le moment venu. Les Hongkongais, eux, ont fait le premier pas. Certes la route est encore longue, mais leurs aspirations à la démocratie, à la liberté et à la justice, cette avancée infime, c’est justement l’expression du pouvoir des sans-pouvoir.

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