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La fin du suspense en Algérie.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Il a osé. Il a osé le faire, peut-on lire en Une du site d'EL WATAN. Accroché au pouvoir tel un monarque, malgré un bilan politique désastreux et un état de santé incertain, Abdelaziz Bouteflika a décidé de rempiler. Après de longs jours d’incertitude, le pouvoir vient de mettre un terme à un vrai-faux suspense.

Un vrai faux suspense car la candidature de M. Bouteflika n’est pas une surprise, commente son confrère du portail d'information MAGHREB EMERGENT. Bien au contraire, dit-il, l’homme a méthodiquement mis en place un dispositif destiné à le maintenir au pouvoir à n’importe quel prix. Il a neutralisé les institutions, rejeté vers les marges les hommes susceptibles de lui faire de l’ombre, caporalisé les partis et laminé l’administration. Le dispositif du quatrième mandat était en place depuis des mois, remarque à son tour LE QUOTIDIEN D'ORAN et il ne restait plus qu'à l'officialiser.

Et tant pis donc pour les quelques sceptiques, précise le journal LIBERTE, fidèles à la logique et au sens humain et qui balayaient d’un coup de main les supputations d’un quatrième mandat d’un homme, non seulement malade et fatigué mais qui ne s’est pas adressé qui plus est à son peuple depuis presque 3 ans, c'était le 8 mai 2011.

Evidemment et à l'exception de la presse proche du pouvoir, la plupart des journaux se montrent écœurés. Honte à toi Bouteflika, lance notamment l'éditorialiste d'ALGERIE FOCUS. Pourquoi tenez-vous tant à emporter notre pays dans votre tombe ? Enterrer vivante notre nation avec vous ? Nous pousser au désespoir et à l’humiliation ? Pourquoi tenez-vous tant à nous insulter et injurier l’avenir ? Votre mascarade, vos danseurs et vos mannequins ont fait de nous la risée du monde, poursuit le journaliste, avant de préciser encore : là où le monde se révolte pour arracher la liberté, vous nous réduisez à l’asservissement par votre folie, qui pense compenser votre manque de grandeur.

En s'accrochant ainsi au pouvoir, renchérit LE QUOTIDIEN D'ORAN, Bouteflika exprime son mépris le plus arrogant à son peuple, dit-il, ce peuple qui exprime pourtant par toutes les façons possibles sa revendication d'un changement du système et du renouvellement de la classe dirigeante.

Et puis ce qui choque aujourd'hui, c'est également la forme prise par cette annonce de candidature. Car ce n'est pas Abdelaziz Bouteflika lui même qui a annoncé sa candidature à sa propre succession mais le Premier ministre en titre, également président de la commission nationale d’organisation de l’élection présidentielle. Une annonce par procuration, en somme. Pourquoi un tel procédé, interroge EL WATAN ? Serait-ce un cas d’incapacité physique avéré du candidat du pouvoir, auquel cas, il serait judicieux de s’interroger sur la candidature elle-même. A moins qu'il ne s'agisse plus simplement d'une forme de banalisation qui donne presque un air de routine à cette annonce de candidature à la magistrature suprême par le Président en exercice.

Toujours est-il qu'Abdelaziz Bouteflika a fait déposer sa demande auprès du ministère de l’Intérieur et fait retirer dans le même temps les formulaires nécessaires pour collecter les signatures de parrainage. Une violation flagrante de la loi donc et plus que tout un signal fort aux concurrents et à l’opinion publique que l’échéance du 17 avril prochain sera hermétiquement verrouillée au profit du candidat du système.

Monsieur le Président, en faisant le choix de l’acte de candidature par procuration, vous nous apportez sur un plateau une preuve irréfutable, peut-on lire encore sur le site TOUT SUR L'ALGERIE. La preuve sans ambages que vous n’êtes pas en mesure de vous déplacer au-delà du périmètre de la résidence d’État, de vous exprimer et d’argumenter votre énième bail. En chargeant le Premier ministre de « s’en charger » quitte à décrédibiliser une élection entachée avant même d’avoir été mise en branle, vous avez épinglé les règles qui régissent l’élection présidentielle et la fonction présidentielle.

Quid à présent de la suite des événements ? Certains partis politiques n’ont pas tardé à réagir. Ceux qui avaient décidé de boycotter les élections, convaincus d’avance que la transparence ne sera pas encore au rendez-vous, maintiennent leur mot d'ordre. Quant aux autres, précise le journal LIBERTE, ils semblent désormais pris au piège dans une course où ils se voient programmés comme lièvres malgré eux.

Et l'éditorialiste du TEMPS D'ALGERIE de conclure ce matin : Hier il a fait beau et si le ciel n'y trouve pas d'inconvénient, ça va continuer. Ça continue toujours. Et puis que voulez-vous qu'on fasse de la pluie ? On ne fait rien de la pluie en dehors des inondations. Mais que voulez-vous qu'on fasse également du soleil à part nous brûler le crâne en restant debout ? On ne fait rien du soleil, sinon prier qu'il s'efface quand il en fait trop. Et quand la pluie se met à tomber, alors on (re)prie pour qu'elle cesse. C'est ça le changement dans la continuité. Mais que voulez-vous qu'on fasse du changement ? Et que demande le peuple, d'ailleurs ? Rien, le peuple est un cauchemar qui disparaît avant le réveil. On dort trop mais pas assez pour souhaiter se réveiller. Les matins sont une invention de l'esprit, les après-midi une somnolence chronique et les soirs une création du diable. Nous respectons les saisons parce qu'il n'y pas de saisons. Plusieurs dans une journée. Un été indien de temps en temps, un hiver rigoureux quand Dieu est en colère et un printemps avorté tous les demi-siècles. Alors on fait quoi maintenant ? On n'en sait rien.

Ironie du sort, peu de temps après l’annonce de sa candidature, la terre a tremblé en Algérie. La terre a tremblé. Et alors ? Tout le monde tremble, même en Ukraine. Mais c'est à Alger qu'il y a le printemps en hiver.

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