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La finance a peur

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Bonjour, Le monde de la finance a peur ! Ce matin, pas besoin d'une lecture appronfondie de la presse internationale pour que vous saute au visage un champ lexical particulièrement anxiogène. "La Grèce dans la spirale de la mort", titre le site de la BBC. Ou encore "La peur monte autour de l'onde de choc de la crise grèque". La dette greque terriffie les marchés, titre pour sa part le site de la chaîne AL JAZEERA ; "tout le monde panique et il y a énormément de peur sur les marchés", confie un économiste grec. "La peur de la contagion touche l'Espagne" encore le WALL STREET JOURNAL. Et là on dérive doucement vers la thématique, tout aussi anxiogène si ce n'est plus, de la maladie. "L'Espagne touchée alors que la maladie greque se répand en Europe" peut-on lire sur le TIMES ONLINE. Le prix spécial de l'accroche cauchemardesque revient ce matin au quotidien britannique THE GUARDIAN : "La crise greque pourrait se répandre comme le virus Ebola" ! Voilà, ça vous donne un peu la tonalité de l'approche par les journaux de cette crise financière européenne, qui a pris un nouveau tour hier, notamment avec la dégradation par l'agence de notation Standard & Poor's, de la note de l'Espagne, qui passe de AA à un simple AA. Une dégradation qui a semé un vent de panique sur les marchés mondiaux, qui ont tous cloturés en forte baisse, entrainant avec eux l'euro, qui a atteint son niveau le plus bas depuis un an, à un dollar 31. Heureusement, quelques éditorialistes ont gardé le sens de l'humour : c'est un scénario digne d'ACROPOLIS NOW, pouvait-on lire dans le TIMES, repris ce matin par Simon ATKINSON de la BBC. C'est qu'outre la crise financière européenne, dont les mécanismes sont décortiqués avec plus ou moins de fortune, chaque titre de presse est tenté ce matin de chercher midi à sa porte... et d'interroger la solvabilité de son propre pays. Est-ce que la Grande Bretagne pourrait affronter le même problème que la Grèce, s'interrogent ainsi de nombreux médias anglo-saxons. La double page du GUARDIAN, consacrée à la crise, montre ainsi un jeu de dominos qui commence par la Grèce, puis vient le Portugal, l'Espagne, l'Irlande et en bout de chaîne... le Royaume Uni, avec ses 13% de déficit public, soit presque autant que la Grèce. Mais le journaliste économique de la BBC se veut rassurant : la dette du pays ne représente que 60% du PIB (contre 115% à Athènes). Et puis, rappelle-t-il encore, la Grande Bretagne a retrouvé le chemin de la croissance le trimestre dernier. Et les Agences de Notations laissent le bénéfice du doute quant à la volonté des dirigeants du pays d'endiguer les dépenses publiques. Voilà une belle leçon de méthode coué, censée rassurer les lecteurs - de la même façon que les politiques tentent de rassurer les marchés. Parce que si la peur s'affiche autant en UNE des quotidiens, c'est bien parce que c'est elle, et elle seule qui fait réagir les places financières. "La dégradation de la note de l'Espagne a alimenté la peur que la crise s'étende à la zone euro, et a envoyé fait une nouvelle fois trembler les marchés financiers" explique le WALL STREET JOURNAL. Des marchés particulièrement anxieux, note encore un éditorialiste, alors même que la plupart des indicateurs économiques de l'Espagne s'étaient améliorés ces derniers mois. Mais voilà, l'économie espagnole est de trois fois la taille de celle de la Grèce, rappelle le site de la chaine américaine CNN, et même si la dette espagnole est deux fois moindre qu'en Grèce... et bien il faut avouer que les "Marchés ne font pas vraiment la différence, quand ils sont dans cet état de panique", assure un économiste londonien. Et c'est d'ailleurs l'incompréhension doublée d'une certaine colère qui prévaut dans les quotidiens espagnols. "Personne ne voit la situation aussi noire que Standard & Poor's", titre EL PAIS. Autant les critiques pouvaient être justifiées contre le gouvernement ZAPATERO, dont les prévisions de croissance étaient démesurément optimistes. Autant maintenant, il existe un extrême inverse, écrit Miguel JIMENEZ, personne n'a fait de prévisions aussi négatives que Standard & Poor's. Des prévisions qui se résumeraient à une décénnie entière perdue pour l'économie du pays, résume-t-il. Alors peut-être l'agence a-t-elle raison... ou peut-être pas. Après tout, Standard & Poor's s'était largement trompé lors de la crise des subprimes... mais conclut-il, raison ou pas, en attendant, le mal est fait. Et cette critique acide du rôle des agences de notation, on la retrouve partout ce matin. Le gouvernement rappelle que S&P avait donné la meilleure note à LEHMAN BROTHERS, juste avant sa faillite, titre EL MUNDO. "Il semblerait que cette dégradation de la note espagnole corresponde plus à du suivisme qu'à une analyse basée sur des faits économiques objectifs", puisque le FMI lui aussi avait révisé ses prévisions de croissance à la hausse, rappelle l'article. Même la presse anglo-saxonne le note : "Après avoir été ridiculement en retard sur certains de leurs jugements sur la Grèce, il semblerait désormais que les agences travaillent fiévreusement pour anticiper la courbe de la dette Européenne". Tout le monde en somme s'accorde à dire, comme le journaliste d'EL PAIS, que ces agences ne sont pas infaillibles, mais qu'elles ont un rôle qu'on appelle en économie "procyclique" : c'est à dire qu'elles mettent de trop bonnes notes quand les choses vont bien, et qu'elles aggravent la situation quand tout va mal. Le chef du gouvernement espagnol les avait déjà qualifié, rappelle EL MUNDO, "d'oracles financiers", incapables de prédictions précises ni d'anticipation. Mais tout oracle suppose un respect scrupuleux des rites. Les autres dieux de la finance n'y couperont donc pas. L'Espagne est encore notée trois A par les deux autres agences de notation, il est donc évident qu'elles vont à leur tour dégrader la note du pays. Et les sybilles de l'économie prévoient d'ores et déjà des répercussions sur les marchés plus violentes encore que celles qui se sont produites hier. Bonne Journée

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