LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La grande braderie européenne.

4 min

Par Thomas CLUZEL

915 millions d'euros, adjugé, vendu. Voilà le prix du gros lot remporté la semaine dernière par un riche armateur domicilié en Suisse, un gros lot considéré comme l'une des plus belles opportunités immobilières de tout le pourtour méditerranéen : L'ancien aéroport d'Athènes et ses 3.5 km de front de mer.

Une fois de plus, sous la pression de la troïka, l'Etat grec a donc décidé d'accélérer le processus de vente de ses actifs publics, destiné à rembourser ses dettes colossales. Sauf que la précipitation avec laquelle ces biens sont vendus, sans la moindre stratégie commune entre l'Etat et les investisseurs quant à leur mise à prix, soulève aujourd'hui de sérieuses questions, à commencer par celle-ci : comment ce joyau public a-t-il pu être bazardé par l'État ? 915 millions d'euros, alors même, précise le responsable politique d'une commune avoisinante que sa valeur réelle est estimée entre 18 et 20 milliards d’euros !

Le site MYEUROP précise que plusieurs habitants des alentours ont d'ailleurs aussitôt porté l’affaire devant le Conseil d‘Etat, arguant que cette transaction porte sur des bords de mer, des plages et des étendues boisées dépendant du domaine public et donc par définition inaliénables. En clair, la vente serait selon eux tout simplement illégale. Illégale mais aussi anticonstitutionnelle, car tout transfert d’un bien public à une entreprise privée doit se faire sur proposition de loi, votée par le Parlement et non sur décret ministériel. Enfin autre bémol: aucune étude environnementale, ni sociale, comme l’exige la loi, n’a été faite.

Un véritable scandale financier. Sans compter que les contribuables grecs vont devoir payer les frais de mise à niveau des infrastructures du site, en eau, en électricité, en voirie, d’une valeur de plusieurs milliards d’euros et sans cela sans pouvoir en bénéficier puisque la destinée du terrain est déjà connue : ce sera un lieu touristique haut de gamme, avec marinas, hôtels, golfs, casinos, ou dit autrement un territoire de luxe, réservé à quelques nantis.

Alors va-t-on adopter la proposition scandaleuse du quotidien allemand BILD, lequel a suggéré à la Grèce de vendre ou de louer ses îles pour rembourser ses dettes,interroge de son côté I KATHIMERINI ? Et allons-nous aussi privatiser l'Acropole, demande toujours le journal cité par le Courrier International, après la mise en vente récente de dix-neuf biens dans le centre de la capitale, dans une zone tampon autour de l'un des monuments les plus importants, sinon le plus important, du patrimoine mondial : l'Acropole.

Alors le même débat agite en ce moment même l'Espagne où le gouvernement cherche lui aussi à s’alléger de ses biens pour renflouer ses caisses. C'est ainsi que l'Etat a mis sur le marché 27% de son patrimoine : palaces, immeubles, propriétés terriennes et autres parcs naturels et ... un aéroport, le gigantesque aéroport de Ciudad Real. Inauguré en grandes pompes il y a cinq ans, l'infrastructure dotée de la plus grande piste d'atterrissage d'Europe, avait coûté près d'un milliard d'euros, peut-on lire sur le site de la RTBF. A présent, symbole tout à la fois de l'éclatement de la bulle immobilière mais aussi de tous les excès dans un pays qui compte aujourd'hui 52 aéroports, soit deux fois plus qu'en Allemagne, le site est bradé à 100 millions d'euros. Et puis autre projet, la vente au privé pour 85 millions d'euros d'un joyau de la nature, un domaine forestier andalou qui s'étend sur 14 000 hectares, propriété de l'Etat depuis 1987 et où l'on exploite entre autres la plus grande forêt espagnole de chênes-lièges. Les acheteurs, précise EL MUNDO, envisagent d'y créer un hôtel de luxe 5 étoiles, avec deux terrains de golf et un aérodrome. L’opposition du coup crie au scandale et dénonce la dilapidation des richesses du pays, sur l’autel de l’austérité, car jamais, dit-elle, l’Etat n’aura ensuite les moyens économiques de récupérer ces biens, dont certains sont historiques ou de grande valeur écologique.

Enfin dernier exemple en date, en Italie cette fois-ci où l'île de Poveglia, interdite d'accès, abandonnée depuis la fermeture de son hôpital psychiatrique, réputée pour être l'un des lieux les plus hantés au monde, pourrait bientôt devenir un havre de paix réservé aux touristes les plus fortunés. Un horizon pour le moins inattendu, précise le site BIG BROWSER, pour ce bout de terre situé dans la lagune vénitienne à quelques encablures de la place Saint Marc de Venise, mais qui servit surtout de lieu de quarantaine dès le XVIIIe siècle, puis de cimetière pour les pestiférés lors des épidémies.

Alors le projet procède directement du gouvernement italien, lequel vient donc de mettre en vente l'île, précise le quotidien britannique THE TELEGRAPH. Car en quête de liquidités pour faire face à une dette abyssale, l'Etat italien s'est lui aussi engagé dans une politique de cession d'une partie de son patrimoine. Et c'est ainsi que l'Etat propose désormais sur une soixantaine de bâtiments historiques, châteaux, palais, casernes, prisons, des baux allant de 50 à 99 ans, destinés à une exploitation touristique des lieux. L'idée étant de générer un profit direct, près de 500 millions d'euros selon les estimations, mais aussi indirect, par le développement du tourisme. Et le journal britannique d'en conclure, en citant un proverbe local : "Quand un homme diabolique meurt, il se réveille à Poveglia". A présent, écrit THE TELEGRAPH, il devra bientôt régler la note pour sa chambre et l'utilisation du mini-bar. A chacun sa crise.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......