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La Grande-Bretagne redécouvre ses djihadistes "faits maison"

5 min

Ainsi donc, il s’appellerait John.

C’est le Guardian de Londres qui met ce matin un prénom sur le bourreau présumé du journaliste américain James Foley, assassiné par l’Etat islamique quelque part entre la Syrie et l’Irak. La gorge tranchée par un homme en noir, cagoulé, qui avant cela, avait sans trembler lancé un message à l’Amérique. Avec cet accent des faubourgs de Londres qui a provoqué l’effroi outre-manche, obligeant le premier ministre David Cameron à interrompre ses vacances.

Selon un ex-otage de l’Etat islamique interrogé par le Guardian, cet homme se ferait donc appeler John, chef d’un groupe de trois djihadistes britanniques, spécialement en charge des otages à Raqqa, capitale syrienne du califat auto-proclamé. Des otages qui entre eux les ont baptisés « les Beatles ».

John est un homme intelligent, éduqué, croyant converti aux enseignements religieux radicaux, précise la source du Guardian. Et qui n’a sans doute pas été choisi par hasard. L’idée de l’Etat islamique : provoquer un effet maximal sur l’Occident… explique au Guardian le professeur Peter Neumann, du centre d’études sur la radicalisation au King’s College de Londres.

« Ce n’est pas la première fois qu’un combattant britannique commet un acte barbare », précise Neumann. « Cela fait un an et demi que dans cette région ils pratiquent les décapitations, la torture et les exécutions. Mais c’est la première fois qu’ils s’en prennent à un Occidental. Ils nous disent clairement : si vous nous bombardez, on va s’en prendre à vous. »

« Malheureusement, les Britanniques font partie des combattants les plus brutaux et virulents engagés là-bas », promet Shiraz Maher, du même centre d’études londonien sur la radicalisation, cette fois dans une interview à la BBC largement reprise par tous les médias outre-manche.

De son côté, l’hebdomadaire The Spectator, se lance sur son site internet dans la généalogie de cet engagement djihadiste. Avec comme premier jalon, la figure d’Omar Sheikh au Pakistan. Diplômé d’une bonne école privée du nord de Londres puis de la London School of Economics… devenu combattant dans les Balkans et au Kashmir. C’est lui qui a kidnappé le reporter du Wall Street Journal, Daniel Pearl. Lui aussi qui l’aurait décapité. Douze ans avant James Foley. A l’époque on parlait encore d’un cas isolé.

C’était avant que la violence terroriste ne s’invite sur le sol britannique : des attentats de Londres en 2005. Jusqu’à l’an dernier, quand un soldat britannique, Drummer Lee Rigby, avait été décapité en pleine rue par deux convertis.

A l’avenir, le danger numéro un viendra des combattants de retour de Syrie… « ils pourraient être des centaines de retour, s’ils commencent à perdre là-bas »… prévenait il y a une semaine encore dans le Daily Telegraph le patron de Scotland Yard.

Les journaux britanniques débordent ce matin de portraits de ces djihadistes. Essentiellement des jeunes gens, comme ces trois garçons de 20 à 26 ans, vus dans une vidéo de propagande publiée en juin par l’Etat islamique, spécialement à destination de l’Occident.

« A tous mes frères, qui vivent à l’ouest, je sais que vous vous sentez déprimés, explique l’un des Britanniques. Le traitement s’appelle le djihad. Venez faire la guerre sainte, et ressentez à votre tour l’honneur et la joie que nous ressentons. »

L’un de ces jeunes gens se destinait à des études de médecine, avait révélé son père à la BBC… « avant qu’il ne rencontre les mauvaises personnes ». Preuve qu’on n’a pas forcément affaire à des jeunes désocialisés. Mais à des garçons instruits, et très connectés.

« Leur utilisation d’Internet ne ressemble à rien de ce qu’on a connu, confirme Charlie Cooper, de la fondation Quilliam, une ONG impliquée dans la lutte contre la radicalisation, dans une interview à Newsweek. Les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter permettent réellement à de jeunes Britanniques radicalisés de lier contact avec des djihadistes en Syrie et en Irak. »

Les réseaux sociaux, le site Vice News les a écumés à la recherches de ces combattants britanniques en Syrie. Beaucoup de photos qui font plus penser à des camps d’ado qu’à un théâtre de guerre. On y voit que la nourriture est bonne, occidentalisée, entre pizza et nutella… ajoutez du confort, piscine, internet… sans oublier la formation militaire, et le maniement des armes.

« Souvent, ces comptes s’arrêtent brutalement, constate Vice News, sans doute parce que leur auteur a été tué. »

« Tout cela fait partie de ce carrefour étrange qu’est devenu la Syrie pour les djihadistes britanniques », résume The Spectator, « un mélange de coolitude, d’extrémisme musulman, et d’utra-violence ».

Comment combattre la radicalisation ? La presse britannique s’est déjà posé exactement la même question l’an dernier, après l’assassinat de Drummer Lee Rigby.

Contrôle renforcé des prêches des imams radicaux, moyens renforcés pour la prévention. Voilà les idées qui reviennent en boucle.

« En tout cas, Interdire les sites internet et les comptes des djihadistes sur les réseaux socaux ne sert à rien », promet Ross Frenett de l’institut pour le dialogue stratégique, interrogé par la BBC. « Il faudrait au contraire aider des messagers crédibles à proposer d’autres contenus sur internet, pour contrer le discours extrémiste. Donner la parole à d’anciens radicaux, à des leaders d’opinion et à des survivants de la violence extrême. »

« Les médias n’arrangent pas la situation », pointe de son côté la journaliste Reyhana Patel, interrogée par la BBC. « Si vous regardez comment ils ont traité la mort de Drummer Lee Rigby, ils ont diabolisé les Musulmans et ont fait preuve d’islamophobie. »

« Les Musulmans britanniques veulent de la cohérence dans le traitement médiatique, poursuit Reyahna Patel. Il y a des enfants tués par les soldats occidentaux en Afghanistan, et on en parle peu ou pas du tout. Ça met les gens en colère, et ils n’y a pas pour eux de façon démocratique d’exprimer cette colère ».

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