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La main tendue de l'Iran : la revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Comment sortir enfin de l'isolement ? Il y a quelques jours, l'un des grands noms de la caricature israélienne, Michel Kichka, offrait une réponse par l'image. On y voyait le président Obama, déguisé en facteur sautillant déposer délicatement une lettre chez son homologue iranien. Un dessin, qui il y a peu encore, nous aurait semblé totalement absurde. Et pourtant, selon des fuites parues récemment dans la presse américaine, les deux présidents auraient eu, en effet, un échange épistolaire, laissant entendre qu’une tentative diplomatique sérieuse de détente serait en cours entre les Etats-Unis et l’Iran. Outre qu'il est intéressant de constater que dans notre ère cybernétique de réseaux multiples, parsemée de milliards de twitts instantanés, une simple lettre reste manifestement un moyen de communiquer incontournable, l'information a dépassé depuis bien entendu le caractère purement anecdotique pour devenir un évènement majeur, au point que chacun se demande à présent si dans quelques heures, lors de la 68eme Assemblée générale de l'ONU, les deux hommes vont, sinon se serrer la main à la tribune, au moins prendre la peine de se rencontrer entre deux portes. Dans la tour de verre de New York, chacun anticipe déjà cette éventualité, prévient ce matin LE TEMPS de Genève.

Quoi qu'il en soit, c'est vrai que la communauté internationale a rarement été aussi enthousiaste que ces temps-ci. Les échanges cordiaux confirmés entre Hassan Rohani et Barack Obama, les messages du président et du ministre des Affaires étrangères iraniens souhaitant une bonne année à la communauté juive, la libération de certains prisonniers politiques la semaine dernière, mais aussi la récente déclaration de Rohani affirmant détenir seul l'autorité pour engager les négociations nucléaires, tout ceci, écrit le quotidien de Téhéran CONFIANCE cité par le courrier international, a créé un fort sentiment d'espoir et d'optimisme.

C’est même un véritable tournant dans l’histoire de la République islamiste, renchérit un journaliste iranien dans la revue FOREIGN AFFAIRS. Le discours décrivant les Etats-Unis comme l’ennemi absolu, avec lequel il serait absurde et naïf d’imaginer pouvoir négocier a fait place, dit-il à un discours sur les Etats-Unis comme interlocuteur potentiel. Autrement dit, dans la phase actuelle de grand marchandage diplomatique, tout redevient imaginable.

S'agissant des Etats-Unis, on savait déjà que Barack Obama, à peine élu, avait été le premier à prôner l’ouverture, avant que la réélection de Mahmoud Ahmadinejad ne douche tout espoir de dialogue. En clair, le signal le plus visible de ce tournant dans les relations Iran-Etats-Unis serait davantage à trouver du côté de l’élection, en juin dernier, du très pragmatique Hassan Rohani à la tête de l’Etat iranien. A moins que le changement en Iran ne soit encore antérieur à ce vote. C'est en tous les cas ce que laisse entendre le journaliste iranien, qui signe toujours dans la revue américaine un passionnant portrait du successeur de l’ayatollah Khomeiny, Ali Khamenei. Le guide suprême, l’homme qui bien plus que le président contrôle les vrais leviers du pouvoir, a abandonné, dit-il, la rhétorique anti-américaine, antioccidentale et anti-impérialiste qui a imprégné le langage du pouvoir iranien durant plus de trente ans. Ainsi, en décrivant Ali Khamenei comme un homme plus complexe qu’il ne paraît aux yeux des Américains et des Européens, le journaliste, lui-même dissident, montre qu’une réconciliation est possible. De l’Occident, dit-il, le guide suprême a en réalité une lecture complexe. Et s’il dénonce, c'est vrai, la décadence de ses mœurs (comme Poutine d'ailleurs), il sait aussi reconnaître ses contributions à la modernité et à la science. Car le guide n’est pas qu’un homme de religion. C’est un érudit qui a longtemps fréquenté les cercles intellectuels du temps de l’opposition au shah. Et c’est également un admirateur de la littérature occidentale, qui tient notamment « Les Misérables » de Victor Hugo pour un livre divin.

Il y a tout juste une semaine, le Guide a d'ailleurs lancé un nouveau concept, rappelle LE TEMPS, celui de la «flexibilité héroïque» affichée devant ses adversaires. Il s’agit, selon lui, d’accomplir des changements avisés à la condition de garder toujours à l’esprit la nature et les objectifs de celui que l’on a face à soi. Peut-être ce concept sera-t-il chargé du même potentiel que ceux qui, par le passé, ont eu déjà le don de définir des époques. Et gageons qu'à ce titre, il tiendra davantage de la « glasnost » ou de la « perestroïka » que de la notion d’«Axe du Mal».

Pour l'instant, toutefois, les deux pays en sont restés aux simples déclarations de bonnes intentions. Il ne faudrait pas non plus sous estimer la tâche de Barak Obama, dans un pays accoutumé à voir en l’Iran le mal absolu. Un tel rapprochement reste également périlleux pour son homologue Rohani, puisque la révolution syrienne tient en partie sur son opposition aux Etats-Unis. Et puis nous avons déjà vu ce genre d’offensive de charme, poursuit le journal, allusion aux années au pouvoir du président réformateur Mohammad Khatami et qui n’avaient pas débouché sur une percée durable.

Il faudra donc encore bien des gestes et surtout des actes pour restaurer la confiance entre deux pays qui se vouent une haine tenace. Mais pour l'heure, comment ignorer la main tendue de l'Iran ? Et de conclure, l’opportunité de renouer le dialogue entre Washington et Téhéran est d'ores et déjà une excellente nouvelle, qui plus est, dans le contexte ô combien volatil de ce Moyen-Orient en ébullition.

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