LE DIRECT

La mission presque parfaite.

4 min

Par Thomas CLUZEL

Jadis, les Mésopotamiens vénéraient les comètes en leur offrant de l’encens. Chez les peuples précolombiens, celles-ci annonçaient un mauvais présage. En revanche, les Romains, eux, y décelaient la survenue d’un événement favorable. Et depuis hier, les comètes, écrit THE BOSTON GLOBE, devraient nous permettre de lever tous les mystères de l’apparition de la vie sur Terre.

Il était 17h02, heure française, lorsque l'humanité a vécu, en direct sur Internet, une première mondiale : rendez-vous compte, pour la première fois, un engin fabriqué par la main de l’homme a rejoint la surface d'une comète. Philae, larguée par Rosetta, a en effet réussi à se poser à la surface de la comète baptisée 67 P Tchourioumov Guérassimenko ou "Tchouri" pour les intimes. Une comète, avec d'ailleurs un petit air de canard de bain, puisque si vous vous concentrez bien, vous verrez à gauche, la tête et à droite le corps bien aplati. Mais, un canard de bain cosmique, l'un des corps célestes même les plus énigmatiques, du moins, jusqu'à hier.

Dans les étages du Centre européen des opérations spatiales, comme de l’Agence spatiale européenne, on imagine que les applaudissements ont du résonné longtemps. « C’est un pas immense pour notre civilisation » a notamment déclaré hier le directeur du Centre européen des opérations spatiales. Avant toutefois de préciser : « le plus gros problème du succès, c’est qu’il a l’air facile ». Et de fait, on imagine qu'il a fallu une somme d’expertise avant de parvenir à cet exploit. Une expertise, d'ailleurs, que le directeur n'hésite pas désormais à qualifier de « meilleure du monde ». Car cette mission est aussi, évidemment, un moyen de montrer que l’Agence spatiale européenne est capable de faire des missions que personne n’a jamais faites avant, y compris la grande Nasa.

Ou dit autrement, selon le magazine SLATE, il n'y a pas que la Nasa dans la vie! Car à force d'être imprégnés d'Armageddon ou d'Interstellar, entre autres réjouissances cosmiques hollywoodiennes, nous avons tendance à prendre l'agence spatiale américaine pour ce qu'elle n'est pas, comprenez l'agence spatiale mondiale. Et du coup, lorsqu'une mission aussi ambitieuse que celle des sondes Rosetta et Philae réussit, parvenant ainsi à capter l'attention du monde entier, forcément, tout le monde se tourne vers … la Nasa. Preuve en est son compte Twitter : hier, l'agence spatiale américaine n'a pas arrêté de re-router les messages de félicitations qui lui étaient adressées à tort.

Pour le reste, hier, tout s’est donc bien passé, à un ou deux détails près, toutefois, précise LE TEMPS de Genève. Tout d'abord, la vanne de l’unique système de propulsion de Philae, installé sur le dos de l’engin pour le plaquer au sol lors de l’atterrissage afin qu’il ne rebondisse pas comme un vulgaire ballon, est restée coincée. Il a fallu relancer l’ordinateur. Les ingénieurs étaient même à deux doigts de repousser l’atterrissage de deux à trois semaines. Mais, après évaluation, ils ont finalement décidé d’aller de l’avant. La surface de la comète s’est avérée moins dure et glacée que prévu et les scientifiques ont estimé que Philae pouvait donc s’y poser sans aide et sans dommage. Et bien leur en a pris puisqu'à 17h03, le responsable de la trajectoire de la sonde, après s’être rongé jusqu’au dernier millimètre d’ongles a fini par lever les bras au ciel et indiquer en plein fou rire : nous sommes sur la comète.

Sauf qu'il semble que les deux harpons censés ancrer Philae à la comète ne se soient pas déclenchés. Or si le robot pesait un peu moins de 100 kg sur Terre, en revanche, il ne pèse qu’un gramme dans l’espace. En d'autres termes, si le robot n’est pas bien accroché à la comète, il pourrait ne pas procéder à ses forages, car en voulant percer le sol, il risque d’être repoussé dans l’espace en initiant la manœuvre.

Mais, a priori immobile sur son trépied, le robot se serait néanmoins mis au travail immédiatement. Il faut dire que ses batteries primaires, chargées lorsqu’il était encore à bord de Rosetta, ne lui permettent d’œuvrer que durant environ 60 heures. En revanche, une fois qu'elles auront rendu l’âme, des batteries secondaires, elles, prendront le relai, rechargées en continu par les rayons du Soleil, ceci pour autant que Philae soit bien orienté car si tel n’était pas le cas, les scientifiques devront faire tourner sa tête sur son trépied, une manœuvre évidemment risquée.

Enfin, outre les premières photos panoramiques transmises par Philae, la mission nous a également d'ores et déjà gratifiés d'un autre cadeau. Comme pour fêter l'évènement écrit le site DISCOVERY NEWS, la sonde Rosetta a, elle, enregistré le chant de la comète, un champ magnétique inaudible aux oreilles humaines et dont il a fallu accélérer 10 000 fois la fréquence pour que l'on puisse l'entendre. Voici donc pour vous ce matin, le chant d'une comète.

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