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La mort de Pinochet dans la presse chilienne et européenne

5 min

Bonjour « La presse du monde entier parle de notre pays ce matin » titre le quotidien chilien de droite Tercera et en effet il y a des unes sans détours ce matin sur la plupart des premières pages des journaux la mort du tyran... la mort du dictateur... la mort du sanguinaire... l'ancien dictateur échappe à la justice... il a emporté ses crimes dans la tombe... de quoi trancher avec la sobriété des Unes des journaux chiliens qui titrent tout simplement... "Augusto Pinochet est mort" C'est que comme le titre le Daily Telegraph et le Guardian en Grande Bretagne... "Pinochet divise toujours le Chili"... "Ses partisans et ses détracteurs se sont même déchirés dans la rue hier soir" et le Mercurio qui fut l'un des principaux organes de soutient au régime de Pinochet raconte " plusieurs milliers de partisans se sont rassemblés devant l'hôpital et ailleurs dans la ville... certains pleurant et criant vive Pinochet... d'autre entamant solennellement l'hymne national... malgré les insultes d'automobilistes qui passaient en voiture... dans la soirée certains excités débouchant des bouteilles de champagne se sont dirigés vers le palais présidentiel où ils ont érigé des barricades de feu avant d'être dispersés ... et pour une dizaine arrêtés... par la police!... c'est peut être pour cela explique encore le journal que le gouvernement de Bachelet a décidé de ne pas honorer Augusto Pinochet de funérailles d'Etat comme c'est pourtant le cas pour tous les anciens présidents... Il recevra au moins les honneurs militaires, certains drapeaux seront mis en berne aujourd'hui dans les casernes... Et pourtant rajoute Tercera ... comme l'a déclaré l'UDI, le parti de droite... « Pinochet a fait beaucoup pour le Chili ... il a notamment permis de reconstruire et d'installer la démocratie... une opinion qui n'est pas celle de la gauche et qui explique l'inquiétude du secrétaire général de l'organisation des états américains qui s'exprime dans les colonnes du journal... attention à ce que cette disparition ne divise pas le pays plus qu'il ne l'est déjà... les chiliens doivent absolument continuer à regarder vers le future et non vers le passé... " Sauf que sans devoir de mémoire pas de futur possible... c'est le point de vue défendu par la plupart des journaux européens ce matin! et c'est le titre du journal le Temps qui écrit " Pinochet restera dans l'histoire comme une figure particulièrement hideuse... au cours de son long règne à la tête du Chili il a imposé un régime de terreur qui s'est soldé notamment par la mort ou la disparition de quelques 3000 personnes mais il fait aussi frémir pour l'image profondément dérangeante qu'il a renvoyé de notre monde... et de son pays d'abord, car rappelons nous le général n'est pas parvenu au pouvoir tout seul... lorsqu'il a renversé le président Allende, il bénéficiait de nombreux appuis dans la population chilienne, horrifiée par la perspective d'une révolution marxiste au Chili... Dérangeant rajoute encore le Temps, Pinochet l'a aussi été pour l'occident... soutenu directement par l'administration américaine et considéré comme un rempart utile contre le communisme par de nombreuses forces politiques en Europe, il a pu se livrer à une opération d'éradication de la gauche et d'extermination de ses militants... et de conclure... ce dénouement rend aujourd'hui d'autant plus important le devoir de mémoire pour condamner le dictateur devant l'histoire et mieux combattre à l'avenir ses semblables" et la presse européenne condamne sans états d'âme ce matin l'ancien dictateur la presse britannique notamment se montre peu clémente Ne versez pas de larmes pour Augusto Pinochet... Le général a eu une longue vie contrairement aux milliers d'opposants politiques tués après qu'il a pris le pouvoir par un coup d'Etat", écrit le Daily Mirror à gauche. "le monde se porte mieux sans lui rajoute l'Independent... parce que ses crimes ont été commis contre les droits de l'homme Et dans son éditorial el Pais n'est pas moins féroce " peu de noms condensent autant d'horreur et de honte que celui d'Augusto Pinochet... le général auteur d'un coup d'état... dictateur despotique...et corrompu... sa mort le sauve des tribunaux... mais la marche de la justice suivra son cours, peut être vers sa famille... alors que le chili ferme une bonne fois pour toute cette page atroce de son histoire et consolide sa démocratie" Depuis hier les chiliens sont un peu plus libres... continue le quotidien conservateur ABC... ils n'auront plus à s'embarrasser d'un nom et d'un homme qui entache si lourdement leur histoire et leur démocratie...et la mesure de la classe politique chilienne sur ce sujet doit être un exemple pour nous tous Heureusement le Chili n'a pas besoin de transition renchérit la Vanguardia... la démocratie est totale dans ce pays depuis 1990... Depuis la chute de Pinochet le Chili a su se relever et même très bien à en croire le Financial Time qui comme le Daily Telegraph considère que Pinochet "a sauvé son pays du communisme et a créé l'économie la plus florissante d'Amérique latine" des progrès économiques remarquables ... rajoute le FT même si le prix a payer a été bien trop élevé" "Cette longue trainée de sang qui indigne le monde" titre alors le Repubblica en Italie qui raconte " le mot disparu est devenu tellement banal au Chili... il caractérise ces 17 ans d'histoire sanglante du pays... on parle de 2000 ou 3000 morts mais les opposants avancent le nombre de 8000 victimes de ce dictateur... encore aujourd'hui, il est bien difficile de trouver une famille chilienne qui n'aurait en son sein de fameux " disparu" « La mort de quiconque me diminue parce que je fais partie de l'humanité... c'est pourquoi ne demandes jamais pour qui sonne le glas... parce qu'alors il sonne pour toi... c'est par ces vers du poète britannique John Donne que le Pais entamme son reportage ce matin... et le quotidien a rappelle comment les ennuis judiciaires d'Augusto Pinochet ont enfin démarré en 1998... Grâce à la ténacité du juge Garzon... il rappelle les 17 mois de son assignation à résidence à Londres... ces 17 mois qui ont catapulté dans les arcanes du monde les crimes de l'ancien dictateur... car pour la première fois... les intérêts des victimes prenaient le pas sur les intérêts politiques des Etats... Bien sûr la justice chilienne a tenté de sauver la face, lui accordant l'impunité à vie ... mais l'action du juge Garzon avait déjà entamé le processus de démolition du dictateur... entachant sans relâche son image" une perspective partagée par le romancier chilien Luis Sepulvéda qui répond aux questions du Temps « Pinochet est un lâche un misérable...il a fait de la trahison sa profession... c'est un homme sans honneur qui de plus est un voleur. C'est le pire personnage qu'ait connu l'histoire du Chili. Il a certes instauré un modèle économique très libéral qui perdure dans mon pays mais aujourd'hui l'intention est bien de l'humaniser. L'idéal aurait été évidemment de le juger mais quoiqu'il en soit Pinochet sera jugé par l'Histoire... et de toute façon sa disparition ne fera qu'accélérer un processus d'oubli déjà bien entamé au Chili!"

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