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La nouvelle offensive de l'islamisme sunnite.

5 min

Par Thomas CLUZEL

Depuis le week-end dernier et au terme de violents combats avec l'armée irakienne, des islamistes radicaux ont pris le contrôle de plusieurs localités stratégiques, dont la ville Falloujah. Un évènement inédit puisque c'est la première fois que des combattants liés à Al-Qaïda prennent ainsi directement le contrôle de zones urbaines, depuis l'insurrection sanglante qui avait suivi l'invasion américaine du pays en 2003. Un évènement inédit mais qui témoigne surtout de la nouvelle offensive de l'islamisme sunnite.

La montée en puissance d’Al-Qaïda est bien la preuve que la radicalisation sunnite s’accroît, peut-on lire notamment sur le portail d'information AL AHRAM. Or cette radicalisation s’accroît justement parce que les sunnites se sentent exclus et discriminés depuis que les chiites ont pris les rênes du pouvoir. Ainsi et s'agissant de l'Irak stricto sensu, la situation serait finalement relativement simple à analyser : Le gouvernement de Maliki n'a pas fait grand-chose pour désamorcer la rivalité entre Sunnites et Chiites et notamment permettre aux Sunnites de participer à la politique. Autrement dit, écrit la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, si par le passé, la minorité sunnite avait le pouvoir, aujourd'hui la majorité chiite mène la barque seule, ce qui favorise de facto les djihadistes. Le TEMPS de Genève ne dit pas autre chose ce mati, lorsqu'il estime que le premier ministre Nouri al-Maliki non seulement n'a rien fait pour calmer le jeu, mais abuse qui plus est d’une rhétorique de diabolisation de l’adversaire en assimilant régulièrement, par exemple, sunnites et terroristes.

Et c'est ainsi que l’organisation créée par Oussama ben Laden, bien que minoritaire dans la communauté sunnite d’Irak a su rallié un grand nombre de jeunes gens désespérés, en particulier, à la faveur de l’embargo économique, puis de la guerre et enfin de l’occupation imposés durant de longues années par les Etats-Unis. Des troupes qu’elle a utilisées par le passé contre les forces américaines et qu’elle a tournées désormais contre le gouvernement à dominante chiite de Bagdad.

Mais surtout, la nouvelle offensive de l'islamisme sunnite ne se limite pas qu'à la seule Irak puisque les djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant ont notamment revendiqué l'attentat suicide au Liban la semaine dernière contre un bastion du Hezbollah, parti chiite, qui combat aux côtés du régime syrien. Enfin signe toujours des ramifications de l’islamisme sunnite, on a encore appris hier que les mêmes djihadistes irakiens ont vu également leur fief assiégé dans le nord de la Syrie par des rebelles.

En clair, un nouveau front opposerait à présent en Syrie les rebelles coalisés aux groupes liés à Al Qaïda, deux camps qui pourtant étaient encore jusqu'à récemment alliés dans le combat face au régime du président Bachar el-Assad. Et pourquoi ? Parce qu'au départ bienvenus car organisés et armés, les combattants extrémistes sunnites sont aujourd'hui accusés par l'ensemble des coalitions rebelles d'avoir imposé un régime de terreur, en menant des enlèvements et des décapitations, mais aussi en imposant par la force son interprétation extrême de l'islam.

En d'autres termes, renchérit cette fois-ci le site d'information libanais NOW, le peuple syrien ne veut pas être dirigé par les radicaux et les extrémistes. Sauf que l’opposition libérale à l’origine de la fronde contre Assad n’a pas de programme digne de ce nom pour gouverner la Syrie, ni de véritable chef de file. Or être rebelle en Syrie est devenu une question d’argent. Et l’argent, justement, ce sont les factions islamistes et djihadistes qui le reçoivent. L'islam radical bénéficie notamment d'un nouveau soutien financier et militaire venant d'Arabie Saoudite et des monarchies du Golfe, précise à son tour LA REPUBBLICA de Rome. Et c'est ainsi qu'en jouant sur l'indifférence de l'Occident vis-à-vis de la rébellion syrienne, elles financent ceux qu'elles considéraient pourtant hier encore comme leurs pires ennemis.

A présent, face à la recrudescence de la violence en Irak, l'enlisement du conflit syrien et la nouvelle offensive de l'islamisme sunnite, que peut faire la communauté internationale ? Les Etats-Unis, en particulier, se trouvent désormais dos au mur, constate notamment le journal d'Amsterdam DE VOLSKRANT. Reste à savoir, dit-il, combien de temps encore Obama s'efforcera de jouer la montre et d'ignorer cette poudrière ? Bien entendu, il n'est pas simple de trouver des solutions dans cette région sinistrée du monde musulman. Et Obama a sans doute de bonnes raisons de redouter un engagement. Sauf qu'il diffuse aujourd'hui à grand bruit sa doctrine anti-interventionniste. Il se comporte, en somme, comme un joueur de poker qui révélerait d'emblée son atout. En clair, Obama risque désormais de marginaliser le rôle de son pays et compte-tenu de l'escalade de la violence au Proche-Orient, poursuit le journal, cela ne profitera à personne.

Même analyse pour la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Les Etats-Unis, écrit le journal de Frankfort, veulent aider le premier ministre irakien Maliki dans sa lutte contre les extrémistes, sans toutefois envoyer de soldats. Bien sûr, un retour des GI’s est hors de question. Et pourtant, il convient de rappeler ici le vide que Washington a laissé derrière elle. Et d'en conclure, espérons qu'il ne faudra pas bientôt faire le même constat dans un autre pays, l'Afghanistan cette fois-ci, si après le départ des troupes occidentales, le terrorisme et les talibans reprennent, là encore, leurs droits.

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