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La percée de l'extrême droite en Suède brouille les cartes politiques

5 min

Par Marine de La Moissonnière

Après huit ans dans l'opposition, les sociaux-démocrates font leur retour au pouvoir, souligne le quotidien The Irish Times. "Une victoire douce amère ", titre pourtant le journal suédois Svenska Dagbladet, car trop courte : seulement un tiers des voix. Les sociaux-démocrates vont donc devoir se chercher des alliés et les négociations seront pour le moins compliquées, explique le Financial Times. "La route que nous allons devoir emprunter est cabossée ", acquiesce un haut responsable du parti dans les colonnes du FT.

Stefan Löfven, le chef de file des sociaux-démocrates, devrait se tourner vers les Verts, tout d'abord. Il va aussi devoir faire alliance avec le Parti de gauche. Mais même avec ces deux alliés, ce sera juste au Parlement. Les sociaux-démocrates vont donc devoir ratisser plus large, explique le Wall Street Journal, peut-être même du côté du centre-droit et des petits partis alliés du Premier ministre sortant.

Tout plutôt que de faire alliance avec ceux qui sont devenus à la surprise générale, le 3e parti du pays hier, les Démocrates de Suède. Le parti d'extrême droite a obtenu eux fois plus de voix qu'il y a quatre ans, et "détiendra les clefs du pouvoir au Riskdag ", le parlement suédois, analyse The Irish Times . Jimmie Åkesson, le président du parti, en a bien conscience. Dès hier soir, il déclarait : "Désormais, nous sommes les maîtres du jeu. "

Retournement de situation pour ce parti "ostracisé par tous les blocs parlementaires depuis son entrée au Riskdag en 2010" , précise le Wall Street Journal. Ce parti qui puise ses racines dans le mouvement néo-nazi, raconte le Financial Times , comme l'ont rappelé de récents scandales pendant la campagne électorale : un candidat arborant une croix gammée ou un autre faisant des commentaires racistes sur internet.

Mais c'est son message anti-immigration et anti-establishment qui a fait recette dans un pays qui a accueilli plus d'immigrants par habitant que tout autre grand pays de l'Union européenne, surtout des Syriens. Cet afflux de réfugiés qui va grever le budget de l'Etat à court terme, a reconnu pendant le campagne, le Premier ministre sortant, rappelle le Wall Street Journal.

Témoignage saisissant à lire dans le Financial Times, celui de Björn, professeur d'université. Il dit : "Cela ne me fait pas vraiment plaisir d'avoir dû voter pour les Démocrates de Suède car ils ont un fond nazi. Ils ne proposent pas grand-chose, à part une baisse drastique des chiffres de l'immigration de 90%, ce qui nous fera revenir à des taux plus normaux pour un pays européen. "

A propos de l'Europe justement, ces résultats sont "un coup dur pour deux leaders conservateurs de l'Union européenne, David Cameron et Angela Merkel ", juge le Wall Street Journal . Le Premier ministre sortant Frederik Reinfeldt "était souvent un allié fidèle sur la scène européenne. Il défendait des politiques plus souples avec les marchés et réclamait des efforts pour améliorer la compétitivité de l'Union. "

Et c'est justement cette ligne qui explique son échec dans les urnes aujourd'hui. Le soutien dont bénéficiait l'alliance de centre-droit s'est tout simplement "effondré ", explique The Irish Times . Pire résultat de toute l'histoire moderne, renchérit le Financial Times . Une chute de plus d'un tiers de son électorat. Même si le bilan économique du centre-droit était bon, les Suédois ont exprimé hier un désir de changement, analyse le quotidien économique. Ils ont le sentiment que leur qualité de vie a baissé, notamment suite à de nombreuses réductions d'impôts, explique encore le FT.

"La politique pro-marché de M. Reinfeldt a rogné sur l'Etat protecteur que chérissent les Suédois ", confirme pour sa part le Wall Street Journal qui parle de toute une série de scandales dont les médias suédois se sont fait l'écho. Des scandales concernant des écoles, des crèches et des maisons de retraites qui "ont ébranlé la foi des Suédois".

Dernier en date, un rapport de l'OSCE en décembre dernier qui pointait du doigt la chute du niveau scolaire en Suède. Cela a particulièrement choqué les Suédois, raconte encore le quotidien américain.

Cette envie de renouveau s'est donc traduite dans les urnes. "Un direct du droit aux conservateurs, une gifle pour les sociaux-démocrates, un bâillement face à la plupart des autres partis. Et le bruit sourd des Démocrates de Suède en arrière-fond. " Voilà comment Svenska Dagbladet résume les résultats.

Aujourd'hui, le pays risque de connaître une période d'instabilité politique, analyse le Financial Times . "C'est une situation inédite " dans notre pays, juge Knut Hallgerg, économiste à la Swedbank, dans les colonnes du FT . "Je ne suis pas sûr que les partis politiques s'y soient préparés ". Mais de se montrer rassurant : "Il ne faut pas exagérer. Ce n'est pas une catastrophe. Notre pays a toujours son triple A. "

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