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A la poursuite d'Octobre rouge en mer Baltique

4 min

Par Marine de La Moissonnière

200 militaires, des bateaux, des hélicoptères, des dragueurs de mines... Une véritable force a été déployée en mer Baltique pour retrouver ce mystérieux sous-marin russe. C'est même la plus importante mobilisation du genre depuis la fin de la Guerre froide, a indiqué le ministère suédois de la Défense, rapporte le New York Times.

Cela fait presqu'une semaine maintenant que les recherches durent Et toujours rien ! Six jours que l'on court après un sous-marin qui n'a peut-être jamais existé. Une photo amateur, à voir sur le site Mashable.com, montre bien un objet sombre émergeant de l'eau. Sur les réseaux sociaux, certains pensent qu'il s'agit d'un prototype de mini-sous-marin ayant la puissance d'un hord-bord que les Russes sont en train de tester. Des rumeurs relayées par les médias suédois font également état de la présence d'un énigmatique homme en noir aperçu dans la Baltique, près d'une base militaire suédoise. Peut-être un agent secret en mission, un James Bond russe chargé d'espionner et d'infiltrer le pays, s'amuse le New York Times .

Les médias suédois, eux, prennent les choses très au sérieux comme les autorités. Il faut dire, reconnaît le quotidien américain, que les incursions russes en Ukraine ainsi que d'autres provocations ont ravivé les tensions Est-Ouest. Elles ont même atteint un niveau jamais vu depuis des dizaines d'années. Les journaux locaux sont donc mobilisés. Ainsi le quotidien Expressen, qui consacrait vingt pages à l'affaire dans son édition de lundi, a loué un hélicoptère pour suivre les recherches. Svenska Dagbladet pour sa part, multiplie les révélations. Jeudi dernier, l'armée a intercepté un appel de détresse provenant d'un sous-marin russe suspect, apparemment victime d'une avarie, transmis sur une fréquence spéciale utilisée par la Russie pour les situations d'urgence. Le quotidien affirme également que le lendemain, une communication à nouveau cryptée entre un point situé dans les eaux au large de Stockholm et l'enclave russe de Kaliningrad, siège de la flotte russe en mer Baltique, a été enregistrée.

N'en jetez plus, ironise le New York Times . Tous les ingrédients d'un polar digne de la Guerre Froide sont réunis. On se croirait dans "A la poursuite d'Octobre rouge " de Tom Clancy.

Cette énigme, en tout cas, fait remonter à la surface de mauvais souvenirs de la Guerre froide. A l'époque, les incursions, réelles ou supposées, de sous-marins russes près des côtes suédoises inquiètent. Un épisode a particulièrement marqué les esprits, raconte le New York Times . L'épisode "Whisky on the rocks". C'était en 1981. Un sous-marin soviétique heurte un rocher sous l'eau, au large de la côte sud et reste bloqué plus d'une semaine. Les autorités pensent alors qu'il y a des armes nucléaires à bord.

Aujourd'hui, le Kremlin dément formellement être impliqué dans un nouvel incident. Moscou accuse les Pays-Bas qui à leur tour nient, rapportent le New York Times .

Mais l'explication à ce mystère pourrait être d'un tout autre ordre. Selon le quotidien russe Rossiyskaya Gazeta , les Suédois voient tout simplement des fantômes ou inventent des croque-mitaines russes pour créer un sentiment de menace et justifier leur attitude défiante envers la Russie... "Une sorte d'hystérie conspirationniste s'est emparée de beaucoup de pays de l'ouest ", juge le journal. "Comme pendant la Guerre froide, ils voient des provocations russes partout. "

Cette fois-ci, cette peur servirait à faire pression sur le gouvernement suédois composé de sociaux-démocrates et de Verts pour qu'il augmente le budget militaire. Déjà, le nouveau ministre des Finances a promis plus d'argent pour l'armée, rapport le Guardian, alors que les Verts avaient fait campagne sur la réduction de la défense. Après 20 ans de coupes constantes, il n’y a plus un seul hélicoptère équipé pour la lutte anti-sous-marine, et beaucoup des bateaux utilisés aujourd’hui sont des bateaux gonflables, ironise le quotidien britannique. "La marine suédoise est aussi miniature que le sous-marin qu'elle recherche. "

Le mystère du sous-marin russe a également relancé le débat dans le pays sur l'entrée de la Suède dans l'Otan, explique le Financial Times. "Des inquiétudes existent quant à la capacité des Suédois à défendre leur pays plus que quelques jours, particulièrement l’île stratégique de Gotland dans la Baltique ", explique le quotidien économique. Inquiétude partagée par les trois pays baltes, membres eux de l'Alliance atlantique. "Ils craignent de devenir la prochaine frontière de la nouvelle puissance russe qui se teste ". Si les Suédois ne mettent pas la main sur le sous-marin, l'entrée dans l'OTAN serait inévitable, conclut le Guardian.

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