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La presse iranienne prend la mesure des opportunités post-Vienne

4 min

Par Camille Magnard

C'est un acteur économique de poids au Moyen-Orient qui est entré en phase de réveil, après 9 années d'embargo.

L'accord sur le nucléaire iranien (lire notre article) prévoit une levée "progressive" des sanctions, mais ça bouge déjà dans certains secteurs.

Iran Daily, le 16 juillet 2015
Iran Daily, le 16 juillet 2015

Le quotidien anglophone de Téhéran, l'Iran Daily, confirme que la Tidewater East Maritime Company, le plus gros opérateur de ports maritimes en Iran, vient d'être retiré de la liste noire des Etats-Unis.

Ses biens financiers à l'étranger sont dé-gelés. Idem pour la Compagnie nationale de transport maritime : c'était jusque-là le secteur le plus touché par les sanctions, le nerf de la guerre économique.

"Les propositions de contrats venues de l'Ouest affluent déjà", se félicite Shahid Rajahi, le patron de Tidewater, qui opère les principaux ports du pays, notamment au débouché du détroit d'Ormuz.

Les sociétés européennes, elles, font déjà la queue pour desservir les ports iraniens : le Téhéran Times nous apprend que le patron de MSC, la deuxième plus grosse compagnie de porte-containers au monde, était justement à Téhéran ces derniers jours. A qui voulait l'entendre il le répétait, ses bateaux se tiennent prêts à venir en Iran, dès que ce sera possible.

D'autres secteurs de l'économie iranienne se préparent à des lendemains qui chantent. On pense bien sûr au pétrole, au gaz… mais il ne faudrait pas oublier les tapis persans!

A lire dans l'Iran Daily là encore : les tapis qui font la gloire du pays étaient bannis du marché américain depuis 5 ans. On apprend que les concurrents indiens en ont profité pour prendre la place, et que celle-ci va être très dure à reconquérir...

C'est Hamid Kargar, le chef du Centre national du tapis iranien, qui l'affirme: "Il ne faut pas se leurrer en pensant que l'Iran pourra immédiatement fournir 20% du marché américain, comme avant les sanctions. Il va falloir réaliser des études de marchés et s'adapter aux nouvelles demandes des consommateurs américains".

Mais il garde espoir : " La dextérité de nos tissages à la main et la perfection de nos motifs restent recherchés dans le monde entier", déclare ce spécialiste ès tapis.

L'an passé l'industrie de la carpette a permis d'exporter pour 500 millions de dollars de produits, avec l'Asie du sud-est et les pays du Golfe comme fidèles clients. Le tapis iranien repart donc à la conquête de l'Amérique!

Avec la levée des sanctions bancaires cette fois, Téhéran devrait remettre la main dans les prochains mois sur des dizaines de milliards d'euros, des fonds qui étaient jusque-là bloqués à l'étranger.

Une manne estimée à 100 milliards de dollars, par le Wall Street Journal. Lequel fait le tour de tous ceux qui espèrent bien en profiter. Les milices chiites du Moyen-Orient, Hezbollah en tête, le régime de Bachar El Assad en Syrie, également.

On le sait, Benyamin Netanyahou en Israël ne décolère pas contre l'accord de Vienne. Selon lui le jackpot qui va revenir dans les caisses iraniennes va permettre à Téhéran de continuer à « financer la terreur » dans la région et dans le monde entier..

Mais les diplomates américains cités par le Wall Street Journal se veulent plutôt rassurants. Ils rappellent que l'Iran a réduit son soutien financier au Jihad islamique palestinien ainsi qu'au Hamas, et que l'argent qui va lui revenir devrait principalement être consacré à des projets d"'investissements qui étaient gelés depuis des années : la construction de routes, de ports, de ponts et autres infrastructures. On pense notamment à l'autoroute qui doit relier Téhéran aux villes balnéaires de la Mer Caspienne. Rien de bien belliqueux donc au premier abord...

L'article du Wall Street Journal tort aussi le cou à l'idée selon laquelle l'Iran signerait des chèques en blanc à ses alliés, comme le régime syrien.

Le journaliste Benoît Faucon a pu consulter des lettres de créances et des factures détaillées qui montrent que les banquiers iraniens vérifient scrupuleusement ce qui est fait des 6 milliards de dollars d'aide fournie chaque année par Téhéran à Damas. Certaines lignes de crédits sont refusées quand elle ne sont pas justifiées.

Une gestion de bon père de famille, pourrait-on croire... mais on n'est pas là face à des adolescents dépensiers.

Le pouvoir de nuisance des alliés de l'Iran, reste considérable. Mais comme Téhéran a réorienté sa politique régionale, non plus uniquement contre Israël mais contre l'Etat Islamique, désormais posté à 60km de ses frontières... il partage donc un ennemi commun avec l'Occident. Reste à savoir, laisse entendre le Wall Street Journal, comment l'équilibre des forces se recomposera au Moyen-Orient quand aura disparu l'épouvantail de Daech.

Les artistes iraniens, eux, surfent sur le vent d'espoir et d'ouverture né des accords de Vienne.

Ils sont nombreux à vouloir en profiter pour ouvrir une brèche durable de liberté d'expression et de création. C'est le Téhéran Times qui s'en fait l'écho. Il cite notamment l'écrivain Mahmud Dovlatabadi, et son espoir de voir le peuple iranien sortir de la "dépression économique" et de la "banqueroute morale" dans laquelle il était plongé. Un vent d'espoir souffle à nouveau, pour le réalisateur Massoud Kimiaï. Des messages publics qui restent encore prudents, chez ces dignitaires de la culture iranienne. Les attentes s'expriment d'une manière beaucoup plus vive et revendicative chez les jeunes artistes de l'underground, très actifs depuis deux jours sur les réseaux sociaux. Un bourdonnement qui trouve encore bien peu d'écho dans la presse officielle.

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