LE DIRECT

La renonciation de Benoît XVI

5 min

Par Thomas CLUZEL

Mémoire liturgique de Notre-Dame de Lourdes, hier, 11 février 2013 était célébrée comme chaque année depuis 20 ans, plus précisément depuis qu’il en avait été décidé ainsi par un certain Jean-Paul II, la Journée mondiale du Malade. Et ironie du sort ou pas, remarque ce matin LA STAMPA de Turin, c’est donc le jour qu’a choisi Benoit XVI pour annoncer sa renonciation, comprenez, sa démission.

Une annonce surprise, tellement inattendue d'ailleurs que s'il ne s'était trouvé parmi la petite poignée de journalistes présents à la cérémonie, quelqu'un à même de traduire les mots en latin de Benoit XVI, l'information aurait pu passer inaperçue. La correspondante de l'agence de presse italienne qui couvre le Vatican depuis vingt ans a été en effet la première et la seule à traduire instantanément du latin à l'italien les propos de Joseph Ratzinger et donc à comprendre que le Saint Père venait de renoncer à sa charge de souverain pontife.

"Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, je suis parvenu à la certitude que mes forces ne sont plus aptes à exercer le ministère de manière adéquate".

J'ai d'abord pensé que c'était absurde, racontera plus tard la journaliste au HUFFINGTON POST. Car rien dans la tenue de cette cérémonie ne laissait deviner une telle annonce. Ce n'était pas l'un de ces événements que vous soulignez plusieurs fois sur votre agenda. J'avais simplement décidé de la suivre par mesure de précaution. Bien sûr, je savais ce qu'il avait écrit dans son livre de confidences, dans lequel il envisageait la possibilité d'une renonciation, mais je ne pensais pas qu'il démissionnerait. Surprise, j'ai donc tenté de me faire confirmer l'information en essayant de joindre le porte-parole du Saint-Siège. En vain. Et comme je n'avais aucun doute sur ma traduction du latin, j'ai prévenu mon agence, qui a envoyé l'alerte. Et c'est ainsi donc qu'est tombée l'information.

Evidemment l'annonce a aussitôt suscité de très nombreux commentaires dans la presse et en particulier dans celle de son pays natal. Le SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, le grand quotidien de Bavière, la région dont est originaire justement le cardinal Ratzinger salue le geste du pape, qu'il qualifie de sage et responsable, allant même jusqu'à qualifier cette renonciation d'avant-gardiste, un comble précise aussitôt l'éditorialiste, au regard de la nature de son pontificat, contre l'air du temps et pour la tradition. Tout au long de ces 8 années poursuit le journaliste, Benoît XVI s'est élevé dit-il avec véhémence contre la plupart des choses qui font la modernité, qu'il s'agisse des nouvelles formes de parentalité ou de l'égalité de traitement entre hommes et femmes. Avec ce retrait, unique dans l'histoire récente de l'Église, Benoît XVI se comporte enfin lui-même en avant-gardiste. Car près tout, un vieil homme a le droit de quitter son poste et ce même s'il est pape. Et le journal de Munich de conclure, aujourd'hui, un petit bout de modernité a franchi l'enceinte du Vatican.

Bien que ces derniers mois, les voix annonçant une démission imminente se soient multipliées et même si rappelle ce matin conjointement IL GIORNALE et IL CORRIERE, le film de Nanni Moretti "Habemus Papam" sorti à l'automne 2011 a aujourd'hui quelques accents de prophétie réalisée, leur confrère IL FATTO QUOTIDIANO voit en revanche dans cette annonce un véritable coup de théâtre. C'est encore plus improbable qu’une abdication de la reine d’Angleterre, commente pour sa part un jeune Portugais venu avec sa compagne sur la place Saint-Pierre. Car malgré la pluie battante et la foudre qui s'abattait à proximité de la coupole de la Basilique, ils étaient en effet quelques dizaines de fidèles raconte ce matin la correspondante du TEMPS de Genève à s’être approché hier des palais apostoliques pour tenter de guetter, derrière les trois fenêtres illuminées des appartements pontificaux, la silhouette du premier pape démissionnaire de l’histoire moderne.

Dans les milieux ecclésiastiques aussi, on ne cache pas, bien que sous des accents plus feutrés, sa stupéfaction. «Le pape nous a un peu pris par surprise», a notamment reconnu son porte-parole Federico Lombardi. «C’est un coup de tonnerre dans un ciel serein», a lâché pour sa part le doyen des cardinaux.

Et pourtant, même si la décision est stupéfiante par sa gravité, elle ne surprend pas. Car on ne peut pas écarter l’hypothèse que diminué par l’affaire Vatileaks, qui a mis sens dessus dessous la Curie romaine, Benoît XVI ne se soit résigné à partir ou a été poussé à le faire, peut-on lire ce matin sur le site d'information en ligne SLATE. Mais plus encore poursuit l'article, si la décision de Benoit 16 de démissionner est en effet historique et courageuse, c'est surtout la situation du prochain conclave qui s'annonce d'ores et déjà elle aussi complètement inédite. Car ce sera la première fois depuis six siècles qu’un nouveau pape sera a priori élu du vivant de son prédécesseur. Or la majorité des cardinaux qui participent au conclave sont des créatures du pape défunt ou démissionnaire. Dès-lors, on peut s’interroger sur le degré de liberté des électeurs par rapport à celui qui les a nommés et qui est encore en vie. Comment imaginer que, du vivant de Benoît XVI, ils choisiront un successeur et des orientations de rupture ou de simple réforme ?

Voilà qui encourage déjà les pronostics en faveur de la prochaine élection d’un pape conservateur. Un nom, notamment, circule sur toutes les lèvres: le cardinal Angelo Scola, 71 ans, promu par Benoît XVI archevêque de Milan, c'est à dire le plus grand et le plus prestigieux diocèse du monde. Il est aujourd'hui le papabile (contraction en italien de pape probable) numéro un. A moins que les 118 cardinaux électeurs ne décident d’aller chercher le nouveau pape en Amérique latine, aux Etats-Unis ou en Afrique. Pourquoi pas un Pape noir, le débat est rouvert à chaque occasion.

Quoi qu'il en soit rappelle ce matin SLATE et IL GIORNALE, la prophétie dite des Papes prévoit que le 112e souverain pontife sera le dernier à exercer, puisque lors de son règne, Rome et le monde seront détruits. Or devinez qui sera le 112e pape ? Le successeur de Benoît XVI. Mais ne paniquons pas tout de suite, car selon certains traducteurs, le texte laisserait entendre qu'il ne s'agira pas du successeur direct de Benoît XVI mais d'un prochain pape dans la suite des temps. La prochaine fin du monde pourrait donc attendre encore quelques règnes pontificaux.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......