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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

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Par Thomas CLUZEL :

De Nobel à Frankenstein ou la déchéance d’une institution. Tout le week-end et encore ce matin, la presse n'a cessé de s'interroger sur l'attribution à l'Union Européenne du Prix Nobel de la Paix. Car c'est vrai écrit ce matin le WALL STREET JOURNAL, l'Union européenne n'était pas a priori un choix évident. Une grande partie du continent est aujourd'hui plongé dans une grave récession et la solidarité entre pays du Nord et du Sud de l'Europe est manifestement en panne même si, historiquement, l'Union Européenne a joué un rôle essentiel dans la promotion de la démocratie rappelle encore le quotidien américain, que ce soit en Espagne, au Portugal et en Grèce lesquels ont rejoint l'UE après des décennies de dictatures fascistes. Idem pour les pays d'Europe orientale qui ont vu l'Europe comme un eldorado après des années d'occupation soviétique et de dictature communiste.

Seulement voilà, si la guerre entre les pays de l'Union est aujourd'hui oubliée, la paix, en revanche, ne se limite pas à l'absence de conflits armés entre Etats nuance aussitôt le site d'information MY EUROP. Et de préciser, la peste brune de retour en Grèce est de mauvais augure et en Espagne, on peut s'étonner que l'indignation reste non violente, tant la violence sociale est importante pour le quart de la population privé d'emploi. Autrement dit, à l'heure ou le divorce entre les citoyens européens et Bruxelles n'a jamais été aussi patent, à l’heure où le vent mauvais du nationalisme et de la xénophobie souffle de nouveau sur le continent, on imagine que pour les millions de Grecs, d'Espagnols, de Portugais, d'Irlandais et de Français au chômage, le choix du comité d'Oslo doit avoir un goût amer.

La presse britannique d'ailleurs ne s'y est pas trompée qui a choisi d'illustrer la nouvelle de l'attribution de ce prix par des photos d'émeutiers grec habillés en nazis lors de la visite la semaine dernière à Athènes de la chancelière allemande Angela Merkel. Le prix Nobel de la Paix à l'idiotie clame notamment le quotidien populaire DAILY MAIL quand son confrère du TIMES évoque lui une récompense frivole.

Que ce tas d’Etats plus ou moins en banqueroute et brouillés entre eux, dont le plus grand projet, l’union monétaire, est au bord de l’explosion se voit attribuer le Nobel, c’est tout de même un peu fort de café commente à son tour la SUDDEUTSCHE ZEITUNG, d’autant renchérit le quotidien de Munich, qu’il n’a pas fallu attendre les amères expériences de la crise de l’euro, pour comprendre que les Européens ne jouent pas collectif dans les moments décisifs et qu’ils sont davantage attachés à leur chemise nationale, qu’à leur jupe européenne.

Le célèbre journaliste américain Max Kaiser, pourfendeur de la finance internationale, s’insurge lui aussi contre un prix qui récompense dit-il une technocratie qui appauvrit ses citoyens pour engraisser des banques monstrueuses. C’est le couronnement de la machine. L’Union Européenne est une technocratie gouvernée par des machines, qui se sont associées au système financier pour aspirer tout ce que les citoyens possèdent et le donner à Bruxelles et aux banquiers. Il aurait été plus légitime dit-il de donner le prix au testicule gauche de Bill Clinton, plutôt qu’à cette monstruosité technocratique. C’est comme si on récompensait Frankenstein d’être le plus beau monstre créé au cours de l’année. Et de conclure, le comité Nobel devrait retourner faire de la dynamite. Suicidez-vous pour changer, au lieu d’encourager les citoyens grecs à se suicider.

Depuis près de trois ans, l’Europe chipote avec la crise des dettes publiques. Et qui peut bien s’enthousiasmer pour ce projet interroge pour sa part LE SOIR de Bruxelles ? Le dernier Eurobaromètre publié au début de l’été montre que seuls 31 % des Européens ont encore « plutôt confiance » en l’Union. Partout, nationalistes, populistes, souverainistes et autres eurosceptiques sont à la fête.

Finalement, la seule explication possible serait donc celle-ci : alors que la crise ne cesse de frapper les familles, la révolte sociale n'a pas eu lieu. En clair résume DIE WELT, le prix Nobel de la paix serait en somme une récompense pour un miracle et une incitation à continuer à continuer à croire aux miracles.

Alors, tandis que toute la presse s’interroge sur l’attribution de ce prix Nobel de la Paix, une étude parue dans le JOURNAL DE MEDECINE de Nouvelle Angleterre tombe à pic note le site BIG BROWSER. Un scientifique de l'université Columbia à New York vient en effet d’établir un lien étroit entre la consommation de chocolat d’un côté et les capacités cognitives des habitants d'un pays mesuré au nombre de ses prix Nobel de l’autre. Ainsi en Chine par exemple, où l’on ne mange pas de chocolat, pas de prix Nobel. De même au Brésil, où la consommation de cacao reste timide, à peine 3 kg par an et par habitant, point de Nobel non plus. En revanche, les Suisses qui dévorent eux 12 kg de chocolat par an peuvent se targuer de compter le plus de Nobel.

Bien sûr précise le chercheur, une corrélation entre X et Y ne prouve aucunement un lien de causalité mais indique toutefois trois hypothèses, soit X influence Y, soit Y influence X, soit X et Y sont influencés par un mécanisme sous-jacent commun. Première hypothèse donc, X – le chocolat influence Y – Le Nobel : Le chocolat rappelle le scientifique contient beaucoup de flavonoles, dont l'effet sur les capacités cognitives est reconnu. Autrement dit, une population gourmande en chocolat pourrait offrir un terreau fertile à l'émergence de personnes assez intelligentes pour se voir décerner un Nobel. Deuxième hypothèse, Y influence X et non l'inverse. C'est peut-être parce qu'une population a des capacités intellectuelles élevées, qu'elle est au courant des effets bénéfiques du chocolat sur la santé et en consomme donc davantage. Enfin, reste l'hypothèse d'une cause commune qui influencerait les deux variables, X et Y, le chocolat et le Nobel. Les huit pays qui courent en tête, tant en termes de consommation de chocolat que de nombre de prix Nobel, sont tous situés en Europe occidentale. Conclusion, pour décrocher le Nobel, mangez du chocolat sans modération, si toutefois, bien sûr, la crise vous en laisse encore l'occasion.

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