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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Il y a quelques jours, j’ai vécu une expérience aussi intéressante que préoccupante. Flânant dans un quartier parisien éminemment populaire, je fus constamment hélé par des hommes et femmes en colère, m’expliquant que s’ils avaient voté François Hollande, ce n’était pas pour qu’il fasse la même politique que Nicolas Sarkozy, voire, ajoutaient certains, du sarkozysme en pire et en plus brutal. Mais alors, comment diable François Hollande a-t-il pu ainsi se laisser enfermer dans cette nasse, interroge l’éditorialiste du SOIR de Bruxelles ?

Première erreur, Hollande a engagé la France dans une politique d’extrême rigueur, ce que non seulement son prédécesseur n’avait pas fait, quoique la gauche l'en accusât, mais ce qu’il n’avait pas lui-même annoncé, ce qui inévitablement est aujourd’hui ressentie par son électorat comme une pure et simple trahison. Ensuite, le pouvoir précédent avait laissé pour 2013 une facture, c’est-à-dire un trou à combler de 33 milliards d’euros. Or, Hollande a choisi de boucher cette béance en faisant appel, pour deux tiers à la pression fiscale, et pour un tiers aux réductions de dépenses. Et le problème poursuit l’éditorialiste, c’est qu’il fallait faire exactement l’inverse, puisque la multiplication des impôts et des taxes risque de précipiter une récession, qui coûtera plus cher en manque à gagner, que la rigueur ne permettra de doper les recettes. Enfin, cet effort national exige bien entendu des sacrifices. Et si l’on veut qu’une majorité de la population accepte de participer à cet effort, alors il faut qu’un objectif cohérent et mobilisateur soit défini. Or on ne voit rien de tel s’esquisser. Personne, aujourd’hui, n’est capable de dire, au-delà des nécessités d’assainir les comptes publics, dans quelle direction le nouveau pouvoir entend mener le pays.

Même analyse pour la SUDDEUTSCHE ZEITUNG. François Hollande ne dit pas quelle France et quelle Europe il veut façonner écrit le journal de Munich. Il demande seulement aux citoyens des sacrifices, mais sans expliciter les liens de cause à effet. Il garde le silence sur ce qu'il pense vraiment et se réfugie dans l'à-peu-près. Et voilà pourquoi, non seulement de nombreux Français s’estiment à présent désarçonnés par ses louvoiements, mais aussi de nombreux Européens se disent déçus.

Dernier exemple en date, hier, le gouvernement français a réussit à faire adopter un projet de loi, qui autorise la ratification du traité budgétaire européen, autrement dit celui là même écrit le NEW YORK TIMES que François Hollande n'avait cessé de critiquer lors de sa campagne présidentielle. Mieux encore, à l'époque rappelle toujours le quotidien américain, le candidat à l'Elysée avait promis de modifier le traité. Là encore, que de louvoiements inutiles, puisqu'au final, Hollande élu s'est donc résolu à convaincre son propre parti de la nécessité d'un tel acte pour préserver l'unité européenne.

Et son confrère de l'IRISH TIMES de se rappeler à son tour ce matin au bon souvenir de la gauche. Le vote d'hier ravive dit-il les mauvais souvenirs de la scission profonde qui avait affecté le Parti socialiste lors du vote malheureux sur la Constitution européenne en 2005, épisode, qui on s'en souvient avait durablement entaché la direction du parti.

Non décidément, la France est bel et bien malade. Le diagnostic est sévère, mais il ne souffre aucune contradiction selon l'éditorialiste du journal de CHICAGO. Le temps des promesses est terminé et l’heure du réalisme a sonné pour François Hollande. Et pourquoi, interroge le quotidien américain ? Parce que le Président français est arrivé au pouvoir en berçant ses électeurs de belles promesses : les riches et les entreprises allaient mettre la main au portefeuille, l'Etat allait créer des emplois, le protectionnisme allait faire son grand retour et surtout, toutes ces mesures allaient remettre la France sur le chemin de la croissance, en clair, la rigueur ne passerait pas par là. Pour l'instant, la cote de popularité de Hollande est en chute libre, l'économie de la France est au point mort et le taux de chômage continue à grimper.

Le journal de Genève joint lui aussi sa voix au chœur des critiques. François Hollande a fait de l’anti-sarkozysme une marque de fabrique et associé à ce label, un slogan. Reconnaissons le, l’idée a fait mouche auprès des électeurs lassés de l’agitation brouillonne de l’ancien chef de l’Etat, dont les résultats n’étaient pas à la hauteur de l’énergie mise à les annoncer. Sauf que la campagne est terminée et que la rentrée a sonné.

Même si c’est vrai les français adorent se plaindre nuance LA STAMPA de Turin, même si la grogne passe pour une caractéristique nationale dans ce pays, cet automne semble bel et bien placé sous le signe du mécontentement écrit le journal. Et son confrère de Milan le CORRIERE d’enfoncer un peu plus encore le clou : François Hollande dit-il, ne veut pas réformer la France, mais uniquement faire des économies. Les mesures annoncées visent plus à équilibrer le budget, qu'à engager des réformes structurelles profondes. Hollande en somme n'a pas demandé aux Français de changer leur mentalité. Or faute d’oser proposer à terme un changement de système sinon de modèle, faute d’être capable d’indiquer un horizon, et bien la partie n’est pas jouable reprend LE SOIR de Bruxelles. Au final, la France risque de payer la double addition d’un bilan sarkozyste calamiteux et d’une politique hollandaise suicidaire. Et de conclure, au mieux, dans cinq ans, le pays sera sauvé. Mais la gauche, elle, sera morte.

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