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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Merkel doit enfin reconnaître les conséquences désastreuses de son diktat d'austérité. C'est avec ces mots que l'hebdomadaire grec PROTO THEMA a choisi d'accueillir aujourd'hui la chancelière allemande en visite à Ahènes. Mais juste avant qu’elle n’arrive, il faudrait tout de même que quelqu'un lui montre une vidéo de tout ce que l'on fait avec ses cobayes suggère l'éditorialiste. En vérifiant ainsi les résultats de ses expérimentations, la chancelière constatera très vite que l'expérience a non seulement échoué, mais qu'en plus les cobayes ont tellement été éprouvés par les mesures des savants fous de l'UE et du FMI, qu'à présent, ils s'entre-dévorent. Car avec la troïka, les technocrates, les diktats d'austérité et la stigmatisation internationale de la Grèce que vous menez depuis des années, vous avez rendu fou tout le monde écrit encore l’hebdomadaire avant de conclure, en nous rendant visite pour la première fois depuis le déclenchement de la crise de l'euro, nous espérons que vous prendrez le temps d’apprécier le monstre que vous avez créé, un monstre que vous avez créé en Grèce et qui menace désormais de précipiter toute l'Europe méridionale et le reste de l'UE dans sa chute.

Mais rien n’est moins sûr rapporte la SUDDEUTSCHE ZEITUNG. Compte tenu de la colère des Grecs face à l’attitude de Berlin depuis le déclenchement de cette crise, un énorme dispositif de sécurité a été mis en place. Plusieurs milliers de policiers ont été mobilisés pour protéger cette visite en organisant le verrouillage complet du centre de la capitale. Et voilà pourquoi commente la SUDDEUTSCHE ZEITUNG, il est fort possible qu'Angela Merkel ne voit rien des effets concrets de la politique de rigueur.

D’où la question de savoir finalement, à quoi peut bien servir cette visite ? Car si Madame Merkel veut tenir aux Grecs un sermon sur la sueur et les larmes qu'ils vont devoir encore verser, alors elle ne peut le faire qu'en se présentant en position de force note la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Et si elle fait, l'écoutera-t-on ? Car une chose est sûr, la relation entre les deux pays s’est considérablement détériorée au fil de la crise. La responsabilité en incombe d’ailleurs tout autant aux hommes politiques arrogants qu’aux médias populistes. Et le journal de citer notamment son confrère grec KATHIMERINI, selon lequel certains médias grecs n'ont cessé de représenter Merkel portant des symboles nazis, tandis que les médias allemands de leur côté brocardaient les Grecs sans le sou.

Plus que tout autre leader européen, Angela Merkel, considérée comme le principal exécuteur des basses œuvres de l’UE, comprenez des mesures d'austérité drastiques imposées à la Grèce n’est donc évidemment pas la bienvenue à Athènes peut-on lire encore ce matin dans les colonnes du FINANCIAL TIMES. Il suffit d'ailleurs de jeter un œil aux manifestations des retraités grecs hier pour évaluer l'accueil plein de ressentiment qui attend aujourd'hui la chancelière dans les rues de la capitale. Sans compter que celle-ci arrivera les mains vides, c'est-à-dire sans le moindre cadeau. Mais alors qu’est-ce qui a bien pu décider Mme Merkel à se jeter ainsi dans la gueule du loup s’interroge à son tour le FT ?

La vérité dit-il, c’est que cette visite a plus à voir avec la forme que le fond, la chancelière vient à l’invitation du premier ministre grec et surtout, cette visite a probablement autant à voir avec la politique allemande que le sort du gouvernement grec. Car le parti conservateur du premier ministre fait partie de la même famille politique que celui de Mme Merkel au Parlement Européen. Autrement dit, d’un côté Samaras a besoin de la bénédiction de Merkel, il attend d’elle notamment qu'elle s'oppose à toute sortie de la Grèce de la zone euro. Mais de l’autre côté, Merkel a besoin de ce voyage pour apaiser les critiques qui la tiennent personnellement responsable de l’aggravation de la crise en Europe et de la baisse générale du niveau de vie de ses citoyens. Or, à moins de 12 mois maintenant des prochaines élections, les tensions politiques en Allemagne commencent à se faire sentir. Merkel a donc besoin de se resituer, en apparaissant à la fois comme une fervente citoyenne pro-européenne, bien que favorable à une stricte discipline budgétaire. Son message à Athènes sera donc le suivant, oui à la solidarité européenne, mais une fois seulement que vous aurez réussit à remettre de l’ordre chez vous.

Alors même s'ils ne sont sans doute pas les plus nombreux nuance l'envoyé spécial du FINANCIAL TIMES, certains Grecs saluent tout de même la visite de Mme Merkel. C'est le cas notamment d'un professeur d'université : Qu'elle soit prête à venir ici, en personne, est un message fort, c'est bien la preuve dit-il de sa solidarité non seulement avec la Grèce, mais aussi avec tout le sud de l'Europe.

Bien évidemment, ce n'est pas franchement l'avis du chef de l'opposition grecque, Alexis Tsipras, lequel dans une tribune publiée par le GUARDIAN ce matin fustige le soutien accordé par Mme Merkel au gouvernement actuel. Aujourd’hui, le gouvernement fait valoir que seule l'austérité peut nous permettre de réduire notre dette publique. Mais l'inverse est vrai aussi. Car ce sont ces mêmes politiques d'austérité qui empêchent l'économie de renouer avec la croissance. Les prêts accordés à la Grèce servent uniquement à rembourser les prêts passés et à recapitaliser les banques privées en faillite. En aucun cas l'argent ne peut être utilisé pour payer les salaires et les retraites, ou pour acheter des médicaments de base pour les hôpitaux et le lait dans les écoles. Or la condition préalable pour l'obtention de ces prêts est toujours la même, toujours plus d'austérité, laquelle crée de facto un cercle vicieux de récession, qui augmente à son tour la dette et conduit non seulement les Grecs mais aussi ses créanciers à la calamité. Et Alexis Tsipras de conclure dans le GUARDIAN ce matin, l'Europe survivra à cette crise induite par l'austérité si et seulement si elle est remodelée pour et par le peuple.

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