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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Quand on a faim et que l'argent manque, tout est bon à prendre : grilles d'égout, aumônes dans les églises, décorations des tombes dans les cimetières mais aussi fromages, poules, haricots, etc, etc. Jusqu’à il y a peu, les récits de ces larcins en tout genre noircissaient les pages des journaux en Italie. Alors de petits crimes certes, admet le CORRIERE mais qui reflètent toutefois l’état précaire d’un pays où, d’après les dernières données les infractions et notamment les cambriolages de magasins ont augmenté de manière vertigineuse cette année.

Alors depuis mardi dernier, il importe tout de même de faire attention à ce que l'on dérobe, par exemple, si vous avez faim, ne volez surtout pas de sandwichs, car il pourrait vous en coûter très cher. Le site BIG BROWSER nous apprend en effet que la mairie de Rome, à l'instar d'autres villes italiennes comme Venise, Florence ou Bologne a pondu mardi dernier une ordonnance interdisant de manger des sandwichs dans les rues du centre historique, sous peine de se voir infliger une amende de 25 à 500 euros, une manière comme une autre après tout de chasser les vagabonds et les sans-abris.

Autre indicateur récent de l’état de crise dans lequel est plongé le pays tout entier, un tiers des Italiens vivraient aujourd’hui avec leur mère. Entre 18 et 30 ans, le pourcentage monte carrément à plus de60%commente de son côtéIl FATTO QUOTIDIANO. Quant à la tranche des 30 / 45 ans, un quart squatte encore chez "la mamma".

Et l'on pourrait ainsi multiplier les exemples. Depuis quelques semaines, les patients hospitalisés dans les deux structures publiques de la ville de Crémone dans le Nord du pays sont soumis à un régime strict. Les malades doivent désormais acheter eux même leurs bouteilles d’eau minérale. Ils doivent également payer pour le sel, le poivre et l'huile. Enfin le parmesan, les yoghourts et la confiture ont été supprimé du petit déjeuner. Et pourquoi cela ? Non pas pour des raisons de santé précise le site MY EUROP, mais tout simplement par souci d’économie. Car pour éviter à la péninsule d’être dévorée à la sauce grecque, le gouvernement Monti coupe à la hache dans tous les budgets et notamment celui des hôpitaux.

Alors dans ces conditions, inutile de dire que le dernier scandale en date éclaboussant la classe politique italienne faisait plutôt mauvais genre. Tandis que l’Italie se débat dans une profonde crise économique, une enquête a révélé que le président du Conseil régional de la région de Rome a utilisé les remboursements électoraux pour se payer, non pas des sandwichs, mais des dîners somptueux, des voyages exotiques et des accompagnatrices de luxe. L'homme, chef du groupe parlementaire PDL, le parti de Berlusconi ne se refusait rien aux frais du contribuable parce que, a-t-il expliqué, la campagne électorale l’avait épuisé. Mais je n’ai rien volé s'est-il défendu, avant toutefois de devoir démissionner vendredi dernier. Et l’ennui, précise LE TEMPS en Suisse, c’est que formellement, il n’a peut-être pas complètement tort. La modification des règlements a en effet octroyé à tous les conseillers de la région de Rome environ 100 000 euros par an de frais, sans véritables justificatifs, s’ajoutant à un salaire net de 13 000 euros par mois. Et c’est ainsi donc que les citoyens romains ont découvert effarés, une gabegie généralisée, certains élus organisant notamment des fêtes d’un goût douteux, telle une soirée déguisée sur le thème des bacchanales antiques, avec des convives s’abandonnant dans les bras de plantureuses créatures le visage recouvert de masques de cochons.

Alors au-delà du cas de Rome, c’est bien évidement l’ensemble de la classe politique qui est à présent éclaboussée. L’opposition de gauche aurait elle aussi bénéficié du système de financement des partis ? Le responsable du Parti démocrate aurait lui dépensé 4500 euros en bouteilles de vin, destinées officiellement aux enfants défavorisés. Sans commentaires.

Plus largement, c’est donc le coût de la politique en Italie qui est aujourd'hui sur la sellette. D'où ce commentaire de LA STAMPA : le peuple n'a plus besoin de preuves aujourd'hui pour être dégoûté. Et d'ajouter, soit la République parvient à se renouveler, soit elle creusera elle-même sa propre tombe.

Alors hier soir, le gouvernement de Mario Monti à la crédibilité passablement écornée a donc fini par adopter un projet de loi, visant à réduire les coûts de la politique italienne. Le projet prévoit notamment l'interdiction du cumul d'indemnités et d'émoluments. Le calcul des retraites sera également révisé. Reste tout de même à savoir si cette mesure sera susceptible ou non d'atténuer le discrédit de la classe politique, dans une population confrontée aux effets de la sévère cure d’austérité imposée par le gouvernement.Selon le dernier Eurobaromètre réalisé en mai, seuls 4% des Italiens font encore confiance aux partis. C’est la proportion la plus basse d’Europe, même les Grecs ont davantage foi en leurs politiciens. Mais les Italiens ne sont pas résignés pour autant, car à l'inverse, on constate une forte mobilisation de la société civile pour critiquer la politique.

Enfin dernier signe des temps, d'après un sondage publié dans LA REPUBLICCA, les tifosi, eux aussi, en auraient marre. Cette année, ils seraient 13% de moins qu'il y a trois ans. Crise économique, matches truqués, scandales, erreurs d'arbitrage ont eu raison de leur ferveur écrit le quotidien. En revanche, en revanche le sondage nous apprend également que les si les supporteurs qui défendent une équipe sont en baisse, les "tifosi" qui sont contre une autre équipe, eux, sont en augmentation. Dès lors, comment ne pas voir un dans cette méfiance des tifosi tournée contre le "système", quelques correspondances avec la défiance envers la classe politique.

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