LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Avec le retour du froid et de la pluie, définitivement, cette semaine aura été marquée par la grisaille, prélude à un automne qui s'annonce d'ores et déjà rigoureux. La rigueur, c'est évidemment le mot de la semaine. Car non seulement l'arrivée de l'automne sonne la fin de l'été pour le commun des mortels, mais aussi pour les marchés financiers. Et oui, surprise, on n'est pas sorti de la crise titre LA STAMPA. Qu'il s'agisse des violentes manifestations contre l'austérité en Espagne et en Grèce, ou de la chute vertigineuse des bourses, la plus forte baisse enregistrée depuis deux mois, toute cette semaine aura ravivé la crainte d'un réveil brutal de la crise en Europe.

Sans compter que le problème ne se pose pas uniquement dans les pays dits faibles poursuit le journal de Turin. En témoignent, en France, les informations presque simultanées faisant état du franchissement de la barre des trois millions de chômeurs et de l’effondrement de la cote de popularité du président François Hollande. En témoignent également les signes, aujourd’hui très clairs, d’un ralentissement de l’économie allemande et d’une ambiance qui est loin d’être au beau fixe dans les rangs de la coalition gouvernementale au pouvoir à Berlin. En clair, il n’est désormais aucun pays européen, aussi solide soit-il en apparence, qui ne s’inquiète pour l’avenir de son économie. Et ceux qui pensaient que de modestes changements allaient résoudre une crise structurelle se sont lourdement trompés.

Alors pourquoi ? Première illusion perdue, certes plutôt infantile mais néanmoins très répandue, celle que l'on pourrait appeler "l’illusion de la baguette magique". Il s’agit ni plus ni moins d’une déformation mentale explique le quotidien italien, qui nous conduit à penser que les gouvernements et les banques centrales sont capables, en l’espace de quelques semaines ou de quelques mois, d’inverser des tendances négatives enracinées depuis des années. Or c'est tout le contraire renchérit son confrère lisboète DIARIO ECONOMICO. L'Europe écrit le journal économique est en train de vivre une forme de déjà-vu, la répétition de modèles et de réponses qui ont échoué. Et les ânes, c'est-à-dire nous qui ne savons pas nous comporter et méritons ainsi une leçon, continuent à tâter du bâton sans pour autant voir la carotte.

La deuxième illusion est liée à la première et veut que, baguette magique ou non, le remède capable de faire repartir l’économie soit déjà trouvé. Or les remèdes proposés sont au nombre de deux et pour l’instant aucun n’apporte de solution : le premier est un mélange d’austérité budgétaire et de mesures de relance de la production, une solution qui, par définition, demande beaucoup de temps. Et le second est l'injection massive de liquidités, solution qui s'avère incapable de faire véritablement repartir l'économie. D'autant que cette semaine, là encore, trois pays l’Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande sont revenus sur les décisions pourtant durement arrachées lors du Sommet européen de cet été en matière de recapitalisation. Cette nouvelle coalition du Nord veut à présent empêcher les aides directes aux banques et réclame aux Etats respectifs d’éponger les pertes passées. En clair écrit la SUDDEUTSCHE ZEITUNG, quiconque avait cru et même espéré que les banques affaiblies sur le plan financier pourraient, dès l’année prochaine, puiser directement dans le pot de sauvetage que constitue le Mécanisme européen de stabilité entré officiellement en vigueur hier peut aller se rhabiller. Pour la coalition du Nord, le MES ne doit en effet intervenir que sur les prêts futurs et toutes les charges héritées du passé devront être assumées par les gouvernements nationaux. Résultat, l’Espagne pourrait voir directement remise en question la ligne de crédit de 100 milliards d’euros accordée par l’Eurogroupe en juillet dernier. Et ceci alors que les résultats du nouvel audit bancaire prévus ce vendredi pourraient être plus pessimistes que ceux de la précédente enquête.

Berlin veut l'entière hégémonie politique et économique en Europe, mais ne veut rien payer en échange lance en réaction le journal en ligne grec TO VIMA. Presque toute la planète demande à l'Allemagne d'appliquer des mesures efficaces pour vaincre la crise dit-il, mais Berlin refuse de le faire. Et l'éditorialiste d'ajouter, au moins, les Allemands veillent-ils à ce que nous ne soyons pas tous seuls à protester dans la rue, et c'est peut-être la seule lueur d'espoir, si tant est bien sûr qu'il y ait encore de l'espoir. Car les Européens sont-ils vraiment prêts à accepter ces sacrifices et faire preuve de la patience nécessaire ? De fait, cette question recueille des réponses pour le moins hésitantes, ce qui nous mène donc à la troisième illusion : celle qui veut que les gouvernements soient capables de prendre n’importe quelle mesure en tenant compte exclusivement de la viabilité économique et en faisant abstraction de la réaction de la population. Si les gouvernements croient qu'ils peuvent prendre n'importe quelle mesure, en considérant uniquement leurs avantages économiques mais sans se demander si celles-ci sont tenables et bien ils se trompent reprend LA STAMPA. Le monde écrit le journal de Turin, le monde n'est pas composé uniquement de liste d'indices boursiers, mais aussi de listes de courses des ménages. Et il est illusoire de croire qu'à moyen et long terme, les premiers puissent être florissants si les seconds se portent mal.

Alors dans ce flot de perspectives toutes plus pessimistes les unes que les autres, comment relativiser les effets de la crise ? Ironie du sort, la seule nouvelle que j'ai trouvée ce matin devrait, une fois de plus, essentiellement ravir les pays du Nord. Selon un rapport conduit par une ONG espagnole, si rien n'est fait pour enrayer le réchauffement climatique il devrait causer la mort de 100 millions de personnes d'ici les 20 prochaines années.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......