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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

7 min

Par Thomas CLUZEL

D’où vient cette sensation de chute inexorable dans un gouffre aux parois lisses, n’offrant aucune prise ? Réponse, essentiellement de l’absence de réactions officielles appropriées et plus profondément d’horizon de sortie de crise. Voilà ce que l'on pouvait lire il y a quelques jours encore en une du journal de Bamako. Mais depuis hier, tous les espoirs seraient à nouveau permis depuis que François Hollande, du haut de sa tribune à l'Assemblée générale de l'Onu a obtenu une avancée diplomatique réelle mais fragile, en faveur d'une intervention militaire au Mali.

Et maintenant que tout le monde semble enfin parler le même langage, il ne reste donc plus qu’à passer de la parole aux actes, peut-on lire ce matin sur le site du magasine en ligne FASOZINE. Car malheureusement c’est aussi par la guerre que se forgent les nations, renchérit son confrère de Bamako L'ESSOR. C'est par la guerre que se restaurera dans notre cas l’intégrité nationale. Une guerre imposée, que l’on ne peut évidemment envisager de gaieté de cœur, mais qu’il faudra mener avec détermination, en sachant en assumer le prix écrit l'éditorialiste, car de ce bouleversement naitra un Mali qui aura perdu son innocence.

Et d'ailleurs, le Mali n'a-t-il pas déjà perdu son innocence ? interroge pour sa part le magazine JEUNE AFRIQUE. Car depuis le coup d'État du 21 mars et l'instauration de la charia dans les régions du Nord, les religieux ont également consolidé leur position dans le Sud, non plus grâce à leur kalachnikov mais par le vide laissé par la classe politique, gangrenée par la corruption et le clientélisme. Aujourd’hui l'opinion malienne semble avoir admis la recevabilité de la revendication portant sur l’application de la charia. Celle-ci n'est plus perçue comme une menace pour l'avenir du pays et la laïcité de l'État ne semble plus être la garantie des libertés publiques, pire, l'éventualité d'une République islamique est désormais admise par une partie de l'élite.

Le temps presse donc d'autant que les islamistes n’infléchissent pas d’un centimètre leur ligne de conduite dans les zones occupées : amputations, flagellations, destructions et sanctuarisation toujours plus poussée, aussi bien militaire qu’idéologique. Le temps presse,même si, toutefois, certains pensent déjà avec effroi à l’après-libération. Des gens ont trahi leurs frères pour de petits intérêts. D’autres ont dénoncé leurs voisins ou leurs parents pour régler de vieux de comptes. Autant dire que la cohabitation sera très difficile prévient l'éditorialiste du journal de Bamako.

A cela, il faut encore ajouter la menace des indépendantistes touaregs, lesquels rappelle le site d'information SLATE AFRIQUE se sont dits prêts mardi à reprendre les armes et à s’allier aux groupes islamistes et terroristesen cas d’intervention ouest africaine.

Et puis l'autre problème soulevé cette fois-ci dans cet article de L'ESSOR, à lire sur le site du courrier international vient de ce que dans le Nord occupé, beaucoup de jeunes, par dépit ou par opportunisme rejoignent désormais les rangs des islamistes. Faute d'une intervention militaire qui ne vient pas et impressionnés par la richesse des miliciens beaucoup de jeunes s'enrôlent. Et c'est ainsi par exemple, que du jour au lendemain, vous pouvez vous retrouver nez à nez avec votre fils, ou celui de votre voisin du quartier, en tenue kaki, une kalachnikov en bandoulière.

Voilà donc comment la ville de Gao est devenue aujourd’hui une véritable poudrière poursuit l'article, avec des armes qui circulent partout entre les mains des occupants et des jeunes autochtones et des environs, qui continuent de rejoindre massivement les islamistes. Alors pour ces jeunes recrues, c’est tout simplement un moyen en réalité de subvenir à leurs besoins. Toutes les personnes approchées à Gao précise le journaliste s’accordent sur l’attrait de l’argent. Pour tous ces jeunes paysans, pêcheurs ou éleveurs c'est devenu la seule alternative et il est difficile de résister. Selon plusieurs témoignages, les nouveaux adhérents toucheraient 75 000 Fcfa, soit 114 euros comme salaire de base. Ils reçoivent des médicaments, de la nourriture, habitent dans les bâtiments des services de l’Etat, dans ces bâtiments où les climatiseurs marchent à fond. Les islamistes financent même leur mariage avec des sommes impressionnantes. Et puis bien entendu, tous ces jeunes qui circulent avec des armes dans les rues de Gao à bord de puissants 4 x 4 sont aussitôt enviés par les autres. Une opération de séduction donc, qui même si elle porte moins pour ses arguments idéologiques que pour des raisons financières fonctionne à plein.

Et il en va de même encore pour la propagande. La confection des drapeaux islamistes, par exemple, fait vivre les commerçants de quincaillerie, les peintres et les décorateurs. Les couturiers de la ville tirent eux aussi leur épingle du jeu, avec le nouveau style vestimentaire imposé par les islamistes : un ensemble kaki avec le pantalon qui doit s’arrêter au-dessus de la cheville.

Alors heureusement, l’argent et les conditions matérielles qu’offre le mouvement n’ont pas aveuglé tout le monde nuance le journaliste. On compte ainsi 24 associations de jeunes qui se sont regroupées pour tenter de résister. Nous préférons la souffrance dans la dignité, plutôt que de nous rallier aux islamistes et aux aventuriers assure notamment l'un de ces résistants. Enfin, assis devant l’entrée de la Chambre des métiers de Gao, un vieil homme, visiblement désabusé veut croire à la libération prochaine de la ville : nous n’attendons que l’arrivée de l’armée dit-il. La vie dans les conditions actuelles n’a aucun sens. Il faut que le gouvernement bouge et le plus tôt sera le mieux.

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