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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Le changement est-il possible ? A en croire les résultats des élections législatives organisées ce week-end au Belarus, on se dit que l'opposition devra attendre encore longtemps avant de se féliciter d'un quelconque changement, comprenez, avant de pouvoir enfin détrôner l'homme qui depuis 18 ans maintenant règne en souverain absolu. Selon les résultats publiés hier par la commission électorale, 109 sièges sur 110 ont été pourvus dès le premier tour par des candidats tous favorables au pouvoir. Autrement dit, et même si un 110ème mandat doit encore faire l’objet d’un second tour, la messe est dite.

Il faut dire rappelle le quotidien de Varsovie GAZETA WYBORCZA, que les deux principales formations de l'opposition avaient décidé de se retirer de la course, dénonçant un scrutin en trompe-l'œil. Mais, après que les 69 candidats de ces deux partis se furent donc retirés, il en restait encore 294 autres en lice. En réalité, autant de partisans du président Loukachenko, mais aussi de nombreux candidats dit techniques, dont le seul but était de créer l'impression du pluralisme dans les circonscriptions où il n'y avait pas de candidats hostiles au régime. Et voilà pourquoi commente toujours le journal, le président pouvait bien se vanter durant toute la campagne de ne pas s'intéresser à ces élections. "J'ai mieux à faire" avait-il notamment lancé à la presse. Et on imagine bien évidemment qu'il ne sera pas davantage intéressé par l'avis des observateurs de l’OSCE, lesquels ont dénoncé hier des élections, ni libres, ni impartiales.

Assez curieusement, et alors même que l'opposition n'a pas obtenu donc un seul siège lors de ce scrutin, l'éditorialiste polonais, lui, espère quand-même encore un changement. C'est comme si la situation était désespérée et que nous ne pouvions pas l'influencer dit-il, mais il n'en est rien. Certes, des sondages indépendants montrent que les Biélorusses sont peu optimistes et qu'ils se sont habitués au peu de changements dans leur pays et à l'absence de perspective sous la direction actuelle. Mais la situation peut changer à tout moment, surtout avec la crise économique, à la condition, toutefois, de former des cadres susceptibles de prendre le relais après un changement, et pas seulement des hommes politiques d'ailleurs, mais aussi des spécialistes, des fonctionnaires, des entrepreneurs et des journalistes.

C'est vrai que le pays est aujourd'hui fragilisé par la mauvaise santé chronique de son économie. Pire, le Belarus précise de son côté LE TEMPS en Suisse a même risqué le naufrage en 2011 en voyant son déficit commercial plonger, l’inflation atteindre 108% et le rouble biélorusse perdre 65% de sa valeur. Mais de là à favoriser l'émergence d'une révolution d'indignés, il y a un pas que les Biélorusses ne sont sans doute pas prêts à franchir. Tout d'abord, il existe de fortes divisions au sein de l'opposition, qui jusqu'à présent n'a pas réussi à établir de stratégie commune. Ensuite, les gens se souviennent encore de la dernière vague de répression qui s'est abattue sur elle après la présidentielle de 2010. Et puis, et puis le Belarus est en réalité comparable à un fragment d’URSS qui aurait été figé dans le temps. En clair, si l’autocrate Loukachenko parvient à se maintenir en place depuis près de vingt ans, c’est notamment parce que les gens ont l’impression de mieux s’en sortir chez eux que chez leurs voisins, comprenez les ex républiques soviétiques qui sont passées directement à l’économie de marché. Et c'est ainsi par exemple, que le président subventionne massivement certains secteurs clefs comme l’agriculture et avant la présidentielle de 2010, il n’avait pas hésité même à augmenter généreusement les salaires et les retraites.

Le problème, c'est que le Belarus n’a pas les moyens en réalité de cette politique. Et si le régime d’Alexandre Loukachenko survit, c'est uniquement grâce à la perfusion russe. Si ce pays dépourvu de ressources naturelles a pu se maintenir à flot, en dépit d’une économie archaïque, non compétitive et où la part du secteur privé se limite à 30%, c'est uniquement à coups de crédits et de subventions indirectes sur les matières premières. Un soutien d'ailleurs que la Russie monnaie cher. Pour preuve, l’an dernier, en échange de nouveaux crédits et de prix préférentiels sur le gaz, Moscou a notamment exigé que Minsk lui cède ses gazoducs. Une transaction qui a permis de stabiliser la situation, pour un temps au moins. Et surtout un rétablissement de l’économie qui plaide donc aujourd'hui en faveur de la pérennité du régime.

Reste que ces démarches empêchent donc le Belarus de diversifier ses soutiens et le cantonne de facto dans le giron russe. Et d’ailleurs, Alexandre Loukachenko a-t-il seulement le choix interroge toujours le journal ? Il n’a donné aucun signe d’ouverture démocratique à l’Union européenne en échange de son aide. Or la liste des violations est longue relève un spécialiste auprès de l’ONG Human Rights Watch. On citera pêle-mêle, la présence de prisonniers politiques dans les pénitenciers, l’absence d’indépendance du système judiciaire, les arrestations arbitraires d’opposants au régime visant à les décourager de prendre part justement aux élections, mais aussi le harcèlement et l’intimidation de journalistes indépendants et de défenseurs des droits de l’homme, ou bien encore la torture et les mauvais traitements de détenus. Autant de pratiques qui ont empiré au cours des deux dernières années et ont beaucoup affaibli l’opposition, au profit du régime bien sûr lequel réaffirme chaque jour un plus sa suprématie.

En dix-huit ans, la méthode d’Alexandre Loukachenko pour se maintenir au pouvoir n’a donc pas failli. Et voilà pourquoi conclue le journal, tablant sur le fait que l’indispensable manne russe ne se tarira pas, il compte même très probablement être encore réélu en 2016.

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