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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Moi, Premier ministre, je tuerais un tiers des Portugais. Voilà ce que l’on pouvait lire il y a quelques jours en une du journal lisboète PUBLICO, dans un réquisitoire cinglant à l’adresse du gouvernement.

Un tiers de la population doit mourir, c'est ainsi donc que débutait le journaliste dans cet article publié sur le site du courrier international. Et de préciser : ce n'est pas que nous ayons quelque plaisir à les tuer, mais à vrai dire, il n'y a pas d'alternative. Si on n'en finit pas avec eux, ils finiront par nous entraîner vers le fond. Et puis on ne va pas vraiment les tuer, non, c’est eux qui vont mourir. Et d’ailleurs, la tendance le montre déjà. Comme ils sont plus souvent malades que les autres, il suffit de rendre toujours plus difficile l'accès aux soins. Et la nature fait le reste. De toute façon, il n'y a pas d'argent pour soigner tout le monde, alors il faut bien faire des choix et les choix impliquent toujours des sacrifices. Un tiers de la population doit donc rendre l'âme, c’est une évidence. Mais attention, il faut que cela soit le bon tiers, celui qui dilapide nos ressources. S'ils dépensent et ne contribuent pas, je suis désolé mais ... Tenez l'autre jour encore, les journaux disaient que l'on avait un million d'analphabètes. Et bien en quoi peuvent-ils nous servir ceux là ? Ils vont uniquement grossir la masse des parasites, qui vivent sur le dos des autres. Donc, le bon tiers ce sont : les analphabètes, les chômeurs de longue durée cela va de soi, les malades chroniques, les retraités pauvres (alors on ne va pas mettre non plus tous les vieux, on n'est quand même pas des animaux et il faut penser à nos parents et nos grands-parents), les SDF, les mendiants et les gitans, bien entendu. Et les handicapés aussi. Pas tous. Mais s'ils n'ont pas une famille qui peut supporter le coût de l'assistance qu'on leur porte, alors on ne pourra pas laisser ce fardeau à la société. Ce ne serait pas juste. Et nous devons promouvoir la justice sociale.

Un tiers de la population doit mourir. Le deuxième tiers, lui, doit avoir un maître. C'est ennuyeux d'avoir encore besoin de quelques ouvriers, mais qu'ils puissent penser qu'ils commandent dans notre pays parce qu'ils votent, ça en revanche, ce n'est plus possible. L'ennui, c'est qu'on ne peut pas éliminer les ouvriers comme les sous-hommes du premier tiers, parce qu’on a besoin d’eux pour faire des choses emmerdantes. Non ce qu'il faut, c'est en finir avec ces droits garantis. Ils doivent être ce que les communistes disent qu'ils sont c’est à dire des prolétaires. Il faut en finir avec le droit du travail, la stabilité de l'emploi, leur réduire le niveau de vie de façon à ce qu'ils comprennent qui commande. Ils doivent toujours être morts de peur : peur de perdre leur travail et de devenir des sous-hommes. Et il faut les gaver de football, de séries télé, de téléréalité pour les anesthésier et pour qu'ils pensent que leurs enfants vont devenir des stars du hip-hop ou quelque chose de ce genre.

Un tiers de la population doit mourir. Le deuxième tiers donc doit avoir un maître. Et le dernier tiers, ce sont les vrais pros, ceux qui produisent des services essentiels. Eux on les a déjà convaincus que lutter contre les inégalités n'est pas supportable. Voilà, avec un tiers de la population exterminée, un tiers anesthésiée et un tiers achetée, le pays peut enfin redevenir stable et viable. Alors évidemment, on peut sourire à la lecture de cet éditorial. Seulement voilà, à lire les affiches brandies ce week-end par des centaines de milliers de manifestants dans tout le Portugal et bien on se dit que la réalité n'est pas loin à présent de dépasser la fiction : "Stop au terrorisme social", "Ce gouvernement va tuer le Portugal, "Bientôt l'Etat volera les morts". Alors jusque là pourtant, c'est vrai que la population semblait plutôt s'être résignée, mais les dernières mesures annoncées la semaine dernière ont à l'évidence mis le feu aux poudres. Et le DIARIO ECONOMICO de préciser : les Portugais ont accepté les mesures d'austérité pour 2012, ils ont adapté leur quotidien en conséquence, ils ont accepté de s'appauvrir. Mais maintenant ils veulent voir des résultats.

Or encore une fois, le pays marche sur des charbons ardents peut-on lire toujours dans les colonnes du quotidien PUBLICO, lequel compare ces nouvelles mesures annoncées à de véritables coups de poing dans l'estomac. Alors de quoi s'agit-il ? La troïka, Union Européenne, Banque centrale, FMI a décidé d'accorder un an supplémentaire à Lisbonne pour réduire son déficit. Une bonne nouvelle donc a priori, sauf que le gouvernement a choisi lui de profiter de ce délai pour lancer de nouvelles mesures d’austérité.

D'où l'analyse de son confrère JORNAL DE NEGOCIOS, certes nous avons gagné une année supplémentaire, mais en réalité ce n'est pas la troïka qui aide le Portugal, c'est la troïka qui aide la troïka. Si la troïka aidait véritablement le Portugal ce serait autre chose : il s’agirait, par exemple, d’abaisser le taux d’intérêt appliqué au Portugal. Mais ici, l'équation pourrait se résumer ainsi : plus de temps, pour plus d'austérité. «Que la troïka aille au diable» c'était d'ailleurs le principal slogan ce week-end des manifestations.

Sans compter renchérit le DIARIO DE NOTICIAS, que le week-end a vu également une autre crise s'ajouter à la crise. Hier, un ténor de la coalition au pouvoir a préconisé d'atténuer l'austérité. Là encore vous me direz une bonne nouvelle, a priori, sauf que le Portugal déjà confronté à une crise économique se voit désormais plongé dans une crise politique.

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