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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL,

La scène a eu lieu lundi soir, lors d'une remise de médailles aux Jeux paralympiques de Londres. Le ministre de l'Économie George Osborne a été copieusement hué par une partie des 80 000 spectateurs du stade de Stratford. Alors bien entendu, Osborne étant identifié au Royaume-Uni comme le responsable de la politique d'austérité du gouvernement depuis plus de deux ans maintenant, on imagine assez bien d'où pouvait monter cette colère surgit soudain des gradins. Mais la crise n'est sans doute pas la seule explication valable. C'est en tous les cas ce que laisse entendre ce billet courroucé à lire dans les colonnes de l'INDEPENDENT : le gouvernement britannique écrit le journal orchestre en réalité une politique scandaleuse envers les handicapés traités en parasites de la société. Voilà pourquoi David Cameron et tout son gouvernement réuni mériterait d'être conspué, lui qui s'en prend systématiquement aux droits des malades et des handicapés. On les empêche de mener une vie indépendante. On les oblige à se soumettre à des tests humiliants. On les traite de fardeau pour les finances publiques. Ils sont victimes d'agressions. Et même la prétendue réforme de la protection sociale provoque des sentiments "suicidaires" chez les handicapés.

Signe d'ailleurs que ces Jeux paralympiques ne sont décidément qu'un écran de fumée, ils ont été sponsorisés par Atos, une société dont la mission est justement de priver les handicapés d'aides sociales. Atos étudie en effet les dossiers des personnes déclarant un handicap ou une maladie en effectuant une évaluation de leurs capacités au travail fondée sur un système de points. Ainsi, ceux qui obtiennent moins de 15 points sont jugés "aptes au travail" et perdent leur allocation pour l'emploi et le soutien pour leurs recherches. On dirait une grossière tentative d'humour noir commente encore THE INDEPENDENT avant de préciser : Politiques et journalistes chantent aujourd'hui les louanges des sportifs à mesure qu'ils glanent leurs médailles d'or, mais certains de ces héros se verront également privés demain de leurs allocations et ce à cause du sponsor des Jeux lui-même. Sans compter que le gouvernement est lui bien décidé à mettre fin aux versements de l'allocation d'invalidité non soumise à condition de ressources à un demi-million de bénéficiaires. Quant à l'aide à 21 000 personnes lourdement handicapées, elle sera purement et simplement supprimée à l'horizon 2015.

Alors oui célébrons les Jeux paralympiques mais ne laissez pas ce gouvernement en tirer profit conclue le journal De Londres. A cause de sa politique, malades et handicapés sont effrayés, appauvris, privés de dignité, d'autonomie et d'espoir. Cameron espère que les victimes de son action souffriront en silence. Mais il faut qu'ils refusent de le faire, et il sera alors possible de s'opposer à ces mesures désastreuses et de gagner le combat pour la dignité, la sécurité et l'autonomie.

Si Cameron comptait sur les JO pour se relancer, c’est raté commente à son tour LE TEMPS de Genève. Et pourtant le premier ministre britannique n’a pas manqué une occasion de s’afficher auprès des athlètes vainqueurs, mais les sondages sont unanimes : sa cote de popularité n’a pas bougé d’un pouce. Les conservateurs demeurent à 32% d’opinions favorables, dix points environ derrière les travaillistes. Deux ans et demi après son arrivée au pouvoir, Cameron a donc besoin d’un nouveau souffle avant l’échéance des élections législatives prévues en mai 2015. Voilà pourquoi il a opté hier pour un grand remaniement ministériel avec huit changements de poste importants.

Un remaniement sans doute intelligent d’un point de vue stratégique commente pour sa part le DAILY MAIL, mais sera-t-il pour autant suffisant pour permettre au 1er ministre de concourir à un second mandat ? Une chose est sûr poursuit l'article, si Cameron reste au 10 Downing Street après la prochaine élection, alors il méritera d'être célébré comme le plus grand des prestidigitateurs. Et de préciser, en 2010, déjà sous sa direction, les conservateurs n'avaient pas obtenu plus de 40 pour cent des voix, et ce alors que le gouvernement travailliste sortant avait complètement échoué sur l'économie. Alors qu'est-ce qui peut bien faire penser aujourd’hui à Cameron qu'il pourra obtenir les deux millions de votes supplémentaires dont il a besoin pour remporter la majorité lors de la prochaine élection ? Et bien justement le remaniement d'hier nous offre une partie de la réponse à la question écrit toujours le DAILY MAIL. Cameron est à la recherche de personnes pour l'aider à offrir la seule chose qui peut encore le sauver, lui et son parti : la croissance économique. Car il est facile de gagner des voix, si vous pouvez vous permettre de jouer les Père Noël. En revanche c’est évidemment une toute autre histoire lorsque vous devez assumer le rôle du plus grand Harpagon des temps modernes. Or aujourd’hui Cameron n’a d’autre choix que de couper profondément dans les dépenses publiques. Et nous n’en somme qu’à mi parcours de ce programme drastique. Cameron a donc besoin de petites mains, de ministres subalternes de second rang en somme pour jouer les porteurs d’eau.

Et c'est justement la raison pour laquelle hier, les principaux ministres de son gouvernement n'ont pas bougé. Le changement le plus important en réalité concerne Andrew Mitchell, promu chief whip, littéralement le «fouetteur en chef». Un ministre chargé de faire respecter les consignes de vote du parti à ses propres députés à la Chambre des communes. Son efficacité est donc essentielle. Or choisir Andrew Mitchell à ce poste est évidemment symbolique reprend LE TEMPS. Cet ancien militaire et ancien banquier est atlantiste, eurosceptique et économiquement libéral. Le grand public le connaît mal, mais c’est un vétéran de la politique britannique. Autrement dit l’art machiavélique de la discipline du parti n’a pas de secret pour lui. Et il va en avoir besoin, parce que les problèmes politiques au sein du gouvernement sont nombreux. David Cameron est sans cesse tiraillé entre son aile droite et sa coalition avec les libéraux-démocrates, centristes.

En clair résume ce matin le GUARDIAN, le nouveau cabinet de Cameron ne relève pas seulement d’un simple remaniement, mais il témoigne aussi et surtout d'un grand virage à droite toute.

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