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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Cette fois-ci les vacances sont bel et bien finies. Adieu les après-midi de détente à se prélasser sur une chaise longue au soleil. C'est la rentrée, avec son lot de choses à planifier, à organiser. Autrement dit, c'est la saison des "to do lists" écrit le NEW YORK TIMES, le quotidien américain qui en profite pour publier une série de listes donc, des documents papier écrits à la main ou à la machine à écrire, avec entre autres petites perles cette note écrite à la main par Johnny Cash qui se promet d'embrasser June, sa femme, de n'embrasser qu'elle, d'arrêter de fumer et ... d'arrêter bien sûr d'écrire des listes.

Alors gageons que les démocrates américains dont la convention débute ce mardi en Caroline du Nord ont eux aussi pensé à rédiger une petite liste car le défi à relever s'annonce d'ores et déjà absolument majeur : convaincre les Américains que malgré une économie qui tourne au ralenti et en dépit d’un taux de chômage supérieur à 8% et bien Barak Obama reste la meilleure option pour présider à la destinée de l’Amérique. En réalité, nouvelle technologie oblige, ce ne sont plus des listes manuscrites mais plutôt des e-mails envoyés ces derniers jours par le quartier général de la campagne d'Obama qui donnent le ton écrit le correspondant du TEMPS en Suisse. Des e-mails sur lesquels il est notamment inscrit ceci : «Est-ce la fin?» ou bien encore : «C’est un moment critique».

Il faut dire que le camp démocrate n’aborde manifestement pas l’élection présidentielle du 6 novembre prochain en pleine confiance. La semaine dernière, réunis à Tampa, les républicains ont martelé qu’ils étaient les seuls à même de relancer l’économie. C'était d'ailleurs le sens de la prestation toujours lors de cette convention d'un certain Clint Eastwood, Dirty Harry qui tout en s'adressant à une chaise vide où aurait été assis un Barack Obama invisible a déclaré que ce qui lui donnait réellement envie de pleurer aujourd’hui c’était les 23 millions d’Américains au chômage :«C’est une honte, une honte nationale, et nous n’avons évidemment pas fait assez, cette administration n’a pas fait assez pour résoudre cela. Alors évidement l’équipe d’Obama n'a pas tardé à réagir. Là encore, nouvelle technologie oblige, un tweet a aussitôt été posté sur le compte du président, accompagné d'une photo le montrant de dos dans une chaise siglée «Le Président» avec pour légende : « ce siège est pris ».

Une photo qui ressemble d'ailleurs assez étrangement au dessin à la une cette semaine de l'hebdomadaire britannique THE ECONOMIST avec ce titre : juste une question Monsieur le Président, que ferez-vous avec 4 années supplémentaires ? Et de préciser, il y a 4 ans un candidat inspiré nous avait annoncé qu'il allait changer l'Amérique. Obama ne promettait rien de moins que de redonner de l'espoir à tous les chômeurs, sauver la planète et rendre leur fierté aux Américains. Or 4 ans plus tard, 3 millions d'américains supplémentaires ont rejoint la catégorie sans emplois, les efforts du président pour sauver la planète se sont à l'évidence évaporés avec le réchauffement climatique et les Etats-Unis ne sont pas mieux considérés dans le monde arabo musulman qu'ils ne l'étaient sous l'ère Bush. Le journal en ligne POLITICO d'ailleurs lui non plus ne mâche pas ses mots à l'égard du président sortant : Obama dit-il est un homme aux instincts conventionnels, pratiquant une politique conventionnelle et ayant exercé une présidence avant tout conventionnelle.

Alors faut-il d'ailleurs s'en étonner ? Réponse : non. C'est du moins l'analyse que fait son confrère THE GUARDIAN du mandat du président sortant. Les attentes il y a quatre ans étaient si fortes écrit le quotidien de Londres, elles ont volé si haut qu'elles ne pouvaient fatalement que retomber. Jugez plutôt : Les libéraux voyaient en lui un vrai radical. Les centristes pensaient qu'il pourrait briser le pouvoir des lobbys à Washington. Les défenseurs du climat croyaient que l'Amérique serait à la pointe des efforts pour trouver un modèle qui succède à Kyoto. Tout le monde espérait qu'Obama rétablisse l'image ternie de l'Amérique dans le monde et qu'il pourrait assumer le leadership de son pays par la force de ses arguments plutôt que par celle des armes. En vain. Et c'est d'ailleurs sans doute la raison pour laquelle jusqu'à présent aucun des deux candidats n'a envisagé de faire le moindre discours politique déterminé.

LA STAMPA en Italie ne dit pas autre chose. La campagne présidentielle américaine écrit l'éditorialiste ne repose actuellement que sur des attaques mutuelles, au détriment des programmes. Or dans l'attente de propositions concrètes, l'Amérique reste bloquée, indécise au milieu d'une campagne électorale où les conflits politiques à court d'idées dissimulent les faiblesses de son leadership. Obama n'a pas réussi à changer Washington. Et Romney base sa victoire, non pas sur une nouvelle idée de l'Amérique, mais sur l'insatisfaction quant aux manquements de son rival. Alors à ce petit jeu c'est vrai que le président Obama, contrairement à son adversaire républicain est un bon orateur commente de son côté le quotidien d'Amsterdam Fidélité. Mais cela ne lui suffira pas dit-il pour regagner les voix des électeurs.

Et d'ailleurs, une étude de l'université du Colorado publiée ce mois-ci dans la revue POLITICAL SCIENCE & POLITICS est absolument catégorique. Romney sera élu le 6 novembre prochain avec 52.9% des voix contre 47.1% pour Obama. Les deux professeurs cités dans le courrier international cette semaine ont procédé à une analyse minutieuse Etat par Etat, en prenant en compte de nombreux paramètres, notamment économiques. Pour eux, il ne fait aucun doute que la mauvaise santé de l'économie va nuire à Obama. D'après leur résultat, le président sortant obtiendrait 218 voix des grands électeurs alors qu'il lui en faudrait 270 pour être élu. Alors, Obama sera-t-il otage de la crise ? Quoi qu'il en soit, les deux professeurs font valoir que les prévisions de leur modèle d'analyse politique se sont révélées exactes lors des huit dernières élections. Et si l'on y ajoute une autre loi d'airain des élections américaines et bien la partie semble en effet décidément mal engagée pour Obama. Depuis 1945, aucun président n'a été réélu avec un taux de chômage supérieur à 8%.

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