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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

La question paraissait encore impensable il y a quelques mois : l'économie allemande risque-t-elle jusqu'à la récession ? Quoiqu'il en soit, l'Allemagne est belle et bien menacée à son tour par la crise de l'euro. Voilà ce que l'on peut lire dans les colonnes du quotidien conservateur IRISH INDEPEDENT. Il y a d'abord eu écrit le journal une crise bancaire chez nous en Irlande, puis une crise gouvernementale en Grèce. Ensuite ça a été au tour du Portugal et de l'Espagne d’être contaminées. Et enfin l'économie italienne a elle aussi connu des difficultés. Sauf qu’à ce moment-là, on pensait que les pays centraux de l'Europe, de par leur prudence, s'en sortiraient. Seulement voilà l'économie française s'est écroulée, en témoigne encore hier les mauvais chiffres du chômage et son premier partenaire commercial outre-Rhin l'a ressenti. Non seulement l'Allemagne n'est pas parvenue à se protéger écrit le journal de Dublin mais la situation empire.

La tempête commence à s’approcher dangereusement de l’îlot de prospérité allemand s'inquiète également le site d'information en ligne MY EUROP. Chaque jour ou presque, une mauvaise nouvelle économique semble annoncer la fin des beaux jours. Et aucun secteur ne semble épargné par le ralentissement économique. Au mois de juillet déjà, la Deutsche Bank avait pris de cours tous les spécialistes en annonçant une chute de son bénéfice annuel de 42%, à 700 millions d'euros. L’industrie automobile, fleuron pourtant de l’économie rhénane commence elle aussi à afficher quelques signes de faiblesse. Siemens s’apprête à licencier 10.000 salariés. Le groupe énergétique RWE a lui aussi annoncé son intention de supprimer 10.000 emplois. Et au total donc, ce sont près de 200.000 personnes qui pourraient être remerciés cette année dans l'ensemble du pays.

Alors faut-il seulement s'en étonner interroge pour sa part DIE TAGESZEITUNG ? Non écrit le quotidien de gauche car vous ne pouvez pas faire de coupes drastiques dans la zone euro dit-il sans avoir un impact important sur votre économie nationale. Et de conclure : les soucis arrivent.

La vérité fait mal résume pour sa part le quotidien populaire BILD. Alors bien sûr, personne n’aime qu’un docteur relève ses sourcils à la lecture d'un bilan de santé. Mais la planète financière elle ne porte pas de blouse blanche. Elle n’a aucun tact. Et nous devons y prêter attention. Pire, nous ne pouvons pas continuer à agir comme nous le faisions dans le passé prévient toujours le journal.

D'où cet article sans doute à lire cette fois-ci dans les colonnes du journal italien IL SOLE et intitulé Berlin revient à la realpolitik. Et de préciser : après deux années d’agitation, les esprits se sont calmés. Les pays du Nord notamment, à commencer par l’Allemagne font preuve de davantage de pragmatisme. Ils ont compris en somme que la fin de l’euro provoquerait un séisme au sein et en dehors de l’UE. Et c'est ainsi qu'Angela Merkel en particulier semble s’être persuadée que pour sa réélection à la chancellerie, et bien il vallait mieux se présenter aux législatives de septembre 2013 avec l’euro, plutôt que sans lui. Mais un doute subsiste cependant. Jusqu'où la chancelière peut-elle aller pour concilier les deux objectifs qui semblent la motiver, à savoir sauver l'euro et empêcher l'apparition dans son pays d'un parti de droite nationaliste, comme en Finlande ou aux Pays-Bas ?

D'où ce commentaire de son confrère de Lisbonne PUBLICO : attention, attention il ne faut pas baisser la garde, car la maladie de l’euro est loin d’être guérie. Les signaux indiquant que l’on se dirige vers un “septembre noir” pour l’euro se multiplient. Septembre sera le mois décisif, le mois de tous les dangers car le problème européen, celui qui fait de ce mois de septembre un moment critique est le suivant écrit l'éditorialiste : il est pour ainsi dire impossible de savoir à quel moment l'Europe sera trop engagée sur le chemin de la “dissolution” pour faire demi-tour. Ou, en d'autres termes, quel sera l'événement qui marquera un tournant dans la crise européenne. Sera-ce le verdict de la Cour constitutionnel allemande sur le Mécanisme européen de stabilité, verdict attendu le 12 septembre prochain. Ou bien le résultat des élections aux Pays-Bas le même jour ? Ou tout autre chose d'ailleurs ? Impossible à dire. Là est le risque formidable que court l'Europe aujourd'hui. Et le journal lisboète de conclure : Après la trêve estivale, l’automne approche et avec lui le "ça passe ou ça casse" pour la zone euro.

Alors aux perspectives économiques et sociales inquiétantes en Allemagne ce sont ajoutées hier je vous le disais les mauvais chiffres du chômage en France où la situation n'a jamais été aussi dégradée depuis 1999. De mauvais chiffres symptomatiques en réalité du niveau de l'emploi en Europe, où un jeune sur cinq est aujourd’hui au chômage, et même un sur deux dans certains pays. D'où cette question soulevée dans les colonnes de l'hebdomadaire polonais POLITYKA : que se passera-t-il si notre modèle social ne leur laisse plus d’espoir ? Aujourd'hui écritl'éditorialiste, le déclin de la jeunesse est certes encore amorti par le modèle social européen et en particulier par le niveau élevé des retraites des parents qui peuvent ainsi prendre en charge les dépenses de leurs enfants précaires. Mais qu’adviendra-t-il quand ils ne seront plus de ce monde ou une fois que les gouvernements grec, espagnol et italien baisseront le niveau des retraites ? Les emplois précaires dit-il sont devenus le dernier recours pour cette génération perdue menacée par le chômage et la pauvreté. Et de conclure, au lieu de participer à des manifestations contre le capitalisme dans leurs capitales, les jeunes feraient bien plutôt de marcher sur Bruxelles en exprimant leur attachement à l’Europe. Les jeunes Italiens et Espagnols devraient exiger des hommes politiques une intégration économique rapide et les jeunes Allemands devraient faire appel à la solidarité dont manquent cruellement leurs parents. Ils doivent le faire avant qu’ils ne deviennent eux-mêmes cette génération perdue, non seulement du point de vue de la prospérité mais aussi de celui de la démocratie.

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