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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Ce matin, une fois n'est pas coutume, la question du jour semble pour le moins cruciale : va-t-on enfin sauver l'euro ? Mieux encore, va-t-il sauver l'euro ? Car tous les marchés financiers de la planète sont suspendus ce jeudi aux lèvres d'un homme et d'un seul, son nom Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne. C'est aujourd'hui en effet vous le savez que la BCE doit se prononcer sur le rachat de nouveaux emprunts d'Etat par la Banque Centrale. Une initiative censée réduire les primes de risque pour les pays en difficulté de la zone euro. Mais une initiative forcément qui divise puisque si certains appellent la BCE à racheter directement des obligations aux Etats, d'autres en revanche, au premier rang desquels l'Allemagne, doutent que ce programme s'avère efficace pour résoudre la crise financière.

Pour preuve, l'interview publiée il y a quelques jours dans l'hebdomadaire DER SPIEGEL, interview dans laquelle le président de la banque centrale allemande qualifiait ni plus ni moins de drogue, le rachat éventuel d’obligations des pays les plus endettés par la BCE. Bien évidemment, il n'en fallait pas plus pour pousser Mario Draghi lui même à réagir. Et c'est ainsi donc qu'à son tour, par voix de presse, le patron de la BCE a jugé bon dans une tribune intitulée "C'est ainsi que l'Euro reste stable !” de démontrer comment la banque centrale pouvait selon lui aider la monnaie unique à sortir de la crise.

Mais alors qu'est ce qui justifie que Bruxelles et Berlin soient ainsi à couteaux tirés ? Pour Bruxelles, précise le FINANCIAL TIMES, la BCE a vocation à devenir le gendarme des banques européennes. Or si la Banque centrale européenne a autorité sur les 6 000 banques de la zone euro, et bien cela signifie que les autorités de régulation nationales existantes seront démises de presque tous leurs pouvoirs consistant à fermer ou à restructurer les banques de leurs pays qui font faillite. Et c'est là que se situerait en réalité le véritable nœud. Si l’indécision ou les désaccords devaient faire capoter l’euro écrit toujours le quotidien britannique, ce ne serait pas au sujet des achats d’obligations mais à propos de l'union bancaire. Un nouveau superviseur bancaire unique serait en effet le changement le plus significatif pour la gouvernance financière de la zone euro depuis la création de la monnaie unique. Et le FT de conclure, cela donnerait à l’UE le genre de pouvoir fédéral dont elle a jusqu’à présent cruellement manqué pour s’attaquer de manière décisive à la crise qui dure depuis deux ans.

Le problème écrit LA REPUBBLICA, c'est que voilà plus d'un mois maintenant que la Bundesbank pilonne donc le quartier général de la BCE à Francfort avec tous les moyens que les médias mettent à sa disposition. Or le journal craint que la résistance acharnée de la banque allemande ne coûte cher à la zone euro. C'était d'ailleurs également le sens de cet entretien accordé à son confrère IL SOLE par le 1er ministre italien, décidément vous l'aurez compris la guerre se joue à présent par journaux interposés, Mario Monti qui mettait directement en garde la chancelière allemande contre le risque de marquer un but contre son camp si elle refusait la licence bancaire et l'achat d’obligations des pays en crise.

Une déclaration aussitôt qualifié de provocatrice par la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Sans compter renchérit son confrère de la SUDDEUTSCHE ZEITUNG, que jusqu'à présent la BCE n’a pas fait montre d’une grande efficacité. Pire elle a même démontré qu’elle ne pouvait rien faire contre la crise financière à long terme. Alors oui bien sûr, la Banque Centrale peut à l'envi injecter autant d'argent qu'elle le souhaite écrit le quotidien de centre-gauche. Mais non, ce privilège particulier de la planche à billets ne servira pas à grand-chose. La planche à billets recèle même des risques. Il y a tout d’abord le risque d'inflation, le fait que les nombreux milliards injectés poussent les prix à la hausse. Il y aussi le risque de perte : si l'Italie quitte par exemple la zone euro, alors la BCE détiendra alors des emprunts d'Etat menacés d'annulation. Or le contribuable allemand en sera garant à hauteur de 27 pour cent. Non si les politiques veulent vraiment sauver la zone euro, alors ils devraient le faire eux-mêmes, en consultant préalablement la population. Il existe de nombreuses possibilités, allant notamment de l'introduction des eurobonds à un pacte d'annulation de la dette. Alors certes le joker de la BCE est sans doute alléchant conclue la SUDDEUTSCHE ZEITUNG, mais on oublie trop vite qu'il ne permet pas d'emporter le pli à long terme.

Alors jour décisif ou nouvelle occasion manquée ? Le quotidien conservateur ABC parle pour sa part de journée décisive mais tout en doutant que des décisions importantes seront prises. L’avenir de l’Espagne et de toute l'Europe va-t-il se décider aujourd’hui ? Ce devrait être le cas écrit l'éditorialiste, sauf qu’en Europe les choses ne vont pas aussi vite, pire, elles vont même trop lentement. Et par le passé de nombreuses dates au départ qualifiées de décisives se sont écoulées sans que rien ne change. En clair, conclue le journal madrilène, tout porte à croire qu'on ne sera pas plus avancé demain qu'aujourd'hui.

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