LE DIRECT

La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Que diriez vous d'un homme qui disposerait à lui seul d'une 20aine de palaces et autres villas ... d'une flottille de yachts ... une collection de montres d'une valeur estimée à un demi million d'euros ... mais aussi d'une 15aine d'hélicoptères et de 43 avions dont au moins un dispose tenez vous bien de toilettes de luxe d'un montant de 60 000 euros ... Voilà a priori un homme à l'abri du besoin si j'ose dire ... un oligarque flamboyant en somme et dont le train de vie s'apparente à celui de tout monarque qui se respecte ... C'est en tous les cas ce qui ressort d'un rapport publié mardi dernier ... et relayé depuis par le quotidien britannique THE GUARDIAN ... rapport dans lequel l'ancien député russe Boris Nemtsov ne mâchent pas ses mots vis-à-vis de la fortune du président Vladimir Poutine ... Un train de vie pharaonique donc et qui contraste pour le moins avec l'image modeste que le chef du Kremlin s'efforce de transmettre dans sa communication ... En 2008 ... à l'issue de ces deux premiers mandats ... le président russe avait déclaré : "Pendant ces huit années, j'ai travaillé comme un esclave de galère, de toutes mes forces. Je suis satisfait des résultats de mon travail." ... Et pour cause ... Quoi qu'il en soit tout le monde manifestement ne connait pas la crise ... Et après tout il n'y a sans doute rien de très étonnant à cela puisque comme l'écrivait déjà le journaliste et écrivain Roberto Saviano dans son roman "Gomorra" en 2007 : le monde des mafieux n'est pas fait de smokings et de soirées fines tels que le cinéma les a en son temps popularisés.

Roberto Saviano d'ailleurs qui à la demande du NEW YORK TIMES a récemment enquêté sur les rapports entre le crime organisé et la crise mondiale ... Et c'est ainsi que cette semaine ... deux articles publiés simultanément dans le quotidien américain ... mais aussi dans les colonnes de son confrère LA REPUBBLICA rendent compte de ce travail sous les titres : "Où la mafia dissimule-t-elle son argent ?" ... et "Le crime organisé patron de la finance" ... La crise financière mondiale écrit-il est une véritable bénédiction pour la mafia ... Et non seulement les capitaux du crime organisé tirent profit de la crise économique ... mais Saviano montre également comment à l'inverse la finance mondiale a tiré et continue à tirer profit elle aussi de l'argent du crime organisé ...

En 2008 ... quand le manque de liquidité est devenu le problème principal du système bancaire ... seules les organisations criminelles semblaient avoir d'énormes sommes d'argent à blanchir et donc à investir ... C'est donc très exactement dans la seconde moitié de 2008 ... au plus fort de la crise que les organisations criminelles ... qu'elles soient italiennes ... russes ... balkaniques ... japonaises ... africaines ou indiennes ont infiltré et fait leur nid dans l'économie légale ... car l'argent de la drogue était à cette époque sinon la seule du moins la principale ... la principale source de liquidités dont les banques ont disposé pour éviter l'effondrement ... L’ONU a notamment estimé que le montant de l’argent blanchi en 2009 s'élevait à près de 600 milliards de dollars ...

Et c'est ainsi que les prêts interbancaires ont donc commencé à être systématiquement financé par l'argent de la drogue et d'autres activités illicites ... Saviano cite notamment une enquête colombienne montrant comment l’argent du narcotrafic est blanchi grâce aux banques américaines et européennes ... en transformant l’argent en titres électroniques en Chine ... en passant d’un pays à l’autre et en devenant au fur et à mesure non seulement légal mais aussi intraçable ... Alors parfois la machine s'enraye ... La banque HSBC par exemple a déjà été frappée d'une forte amende via sa filiale mexicaine ... condamnée pour avoir manqué de vigilance contre le blanchiment d'argent sale en effectuant des transactions suspectes au profit des cartels mexicains de la drogue ... Sept milliards de dollars au total ... 7 milliards seraient ainsi passés en 2007 et 2008 de la filiale mexicaine à la filiale américaine de HSBC ...

L'économie mondiale écrit Saviano est donc dopée aujourd'hui par les fonds du crime organisé ... Et cette dépendance des banques vis à vis de l'argent de la mafia explique aussi pourquoi dans de nombreux pays occidentaux ... la lutte contre le trafic de drogues se fait à reculons ... surtout en temps de crise ... quand la liquidité monétaire est vue comme une oasis dans le désert ...

Alors sans surprise ... la mafia est bien entendu très présente en Italie ... Les organisation criminelles siphonnent 100 milliards d'euros de l'économie légale ... une somme équivalente à 7 % du produit intérieur brut ... Et puis Saviano raconte également pourquoi les coupures de 500 euros en circulation en Espagne sont si nombreuses ... 70 % de la valeur totale des billets en circulation en Espagne ... Et bien tout simplement parce que les organisations criminelles les aiment ... ils ne prennent pas beaucoup de place ... Grâce à eux un petit coffre-fort de 45 centimètres de long peut accueillir jusqu'à 10 millions d'euros ...

Alors au final ... les capitaux mafieux ne résultent pas seulement de la crise économique mondiale ... mais avec le temps ils sont aussi devenus la cause de cette crise puisqu'ils sont en réalité présents dans les flux économiques depuis ses origines ... Autrement dit conclue le journaliste et écrivain italien ... ceci ne montre pas seulement qu’en temps de crise les défenses immunitaires des banques se fragilisent dangereusement ... mais aussi qu’au moment de la reprise économique et bien les capitaux criminels détermineront les politiques financières des banques qu'ils ont sauvées.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......