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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Les vieux démons dorment décidément d’un sommeil encore léger. Depuis quelques semaines maintenant, les pires craintes se font en effet sentir en Côte d’Ivoire où la crise post électorale de novembre 2010 est encore dans tous les esprits. Alors régulièrement chacun des deux camps accuse l’autre d’être responsable de tous les maux du pays. Mais attention tout de même au retour des vieux démons prévient LE PAYS car ce qui se passe actuellement écrit le journal ressemble fort à un remake de ce à quoi on a assisté ces dernières années. Or la logique de ces attaques et de ces représailles à l’œuvre aujourd’hui risque de réveiller définitivement les vieilles querelles.

Alors que se passe-t-il exactement ? Depuis la chute de Laurent Gbagbo, c'était en avril 2011, ses partisans sont accusés de préparer un match retour. Et à ce titre l'incendie récemment du siège du Front populaire ivoirien, le parti du président déchu mais aussi celui du journal « Le Temps », journal pro-Gbagbo en disent long sur le niveau de violence dans le pays. Alors on peut penser que ce sont des militants de l’ex-parti au pouvoir qui ont mis le feu à deux de leurs propres institutions en vue de mettre à mal le pouvoir d’Alassane Ouattara. Après tout aucune hypothèse n’est à écarter écrit l'éditorialiste avant de préciser aussitôt : mais on peut également et assez fort logiquement penser qu’il s’agit d’actes de représailles de certains zélés du camp au pouvoir. Quoi qu’il en soit, ce qui s’est passé est grave et marque surtout donc un échec du régime en termes de sécurisation du pays. Alors bien sûr les pro-Ouattara poursuit l'éditorialiste ont certainement des motifs d’en vouloir aux pro-Gbagbo et c’est vrai que la tentation est grande dans ce genre de situation de se venger. Sauf qu'il y a des voies légales pour sanctionner toute personne et tout média qui se seraient rendus coupables d’infraction. Il y va de la crédibilité du régime. Et lorsqu’on fait fi de ces voies judiciaires pour se rendre justice soi-même, cela est intolérable et condamnable quel qu’en soit l’auteur.

Or voilà que le week-end dernier justement, deux anciens hauts responsables du parti du président déchu ont été interpellés en moins de 48 heures. Dimanche dernier, le secrétaire général du FPI le parti de Gbagbo a été interpellé près d’Abidjan. Et la veille, c’est le porte-parole de l’ancien président qui a lui été arrêté au Ghana et placé en garde à vue. D'où ces titres à lire en une de la presse locale : sale temps pour les pro Gbagbo, vagues d'arrestations à répétition, climat de terreur en Côte d'Ivoire , l'opposition criminalisée. De son côté le journal burkinabé L'OSERVATEUR PAALGA lui prévient : Gare à la chasse aux sorcières. Certes dit-il la situation sécuritaire est aujourd'hui des plus dramatiques et l’on comprend que l’Etat dans son rôle veuille restaurer son autorité par ces arrestations. Mais compte tenu des personnes visées et de la procédure aussi de leurs arrestations, aucun mandat d’arrêt présenté lors de ces interpellations, il y a lieu de se demander si cela a été opéré conformément à la loi. Les personnes arrêtées auront-elles droit à un procès équitable interroge toujours le quotidien ? Le risque d’un procès stalinien est bien réel. Sans compter qu'à force de viser un groupe donné on court aussi le risque de leur confectionner un costume de martyrs car de toute évidence les arrestations actuelles confinent à la recherche de boucs émissaires.

Tout est bon en effet pour victimiser l’ancien régime peut-on lire également sur le site d'information en ligne SLATE AFRIQUE. Alors c'était le cas notamment il y a quelques jours à Moossou, dans le village natal de Simone Gbagbo, l'épouse de l'ex président où juste avant la célébration de la messe dominicale une dame chargée de l’entretien aurait aperçu des larmes de sang couler de l’œil droit de la Vierge. Alors les voies du Seigneur étant réputées impénétrables, certains se limitent à des questions : pourquoi la Vierge pleure-t-elle ? Pourquoi des larmes de sang ? Et pourquoi seulement de l’œil droit ? ... Et puis d’autres bien entendu se risquent à interpréter à qui mieux mieux. Et c'est ainsi que pour les commentateurs les plus téméraires notamment, en réalité les plus gbagboïstes, le choix de ce village intimement lié au couple Gbagbo démontrerait le désaveu divin de la persécution internationale subie par l’ancien président.

Quoi qu'il en soit, le Front populaire ivoirien de l'ex président dénonce aujourd'hui un climat de "terreur" après la vague d`arrestation dans ses rangs. Le NOUVEAU COURRIER, le quotidien d’opposition accuse notamment le président Ouattara d'instaurer la justice des vainqueurs, c'est à dire à ne mettre en prison que ceux qui sont pro-Gbagbo ou supposés comme tels.

D'où ce titre encore ce matin à la une du journal d'Abidjan FRATERNITE MATIN : Attention. La violence entraîne la violence et c’est bien ce qu’espèrent ceux dont l’unique rêve est de voir la tête de Ouattara sur un pieu écrit l'éditorialiste. Leur stratégie est de créer la chienlit et la psychose dans tout le pays. Mais attention, cette colère ne doit pas nous faire perdre pour autant la raison. Si nous ne voulons pas retomber dans les plus sombres heures de notre histoire, où nous soupçonnions notre voisin des pires intentions uniquement à cause de son nom ou de ses origines tribales ou religieuses, il nous faut trouver le moyen de nous parler. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. La violence ne peut qu’engendrer encore plus de souffrances pour les Ivoiriens. Et de conclure, si nous voulons à tout prix nous battre alors attaquons-nous plutôt et dès à présent aux racines de nos maux.

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