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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel 31/05/11

5 min

Par Thomas CLUZEL

Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ... Et version Berlusconi cela donne ... "Chaque fois que je subis une défaite … je triple mes forces" ... Alors ... depuis le temps que le Cavaliere encaisse les coups ... on imagine combien ses muscles doivent être aujourd'hui fermement dessinés ... à l'instar des plus beaux plastrons tels que les affectionnent tout empereur romain qui se respecte ... Reste ... que le président du Conseil éprouvera toutefois peut-être quelques difficultés à se relever cette fois-ci après l'uppercut reçu hier en pleine face à l’occasion des élections municipales partielles organisées en Italie ...

Un véritable tremblement de terre titre notamment ce matin LE CORRIERE … tandis que son confrère L’ESPRESSO lui parle d’ores et déjà du 30 mai 2011 comme du Waterloo de Berlusconi … Cuisant revers électoral peut-on lire encore ce matin sur le site de RADIO VATICAN qui précise ... après des années de léthargie … cette véritable claque pour le président du conseil signe là un réveil des consciences qui pourrait avoir un effet domino … et déstabiliser le gouvernement ... certains allant même jusqu’à y voir un signe précurseur de la fin du Berlusconisme … Constat d’échec tout aussi sévère du côté de la presse anglophone … Berlusconi a subi probablement sa défaite électorale la plus lourde en 17 ans de vie publique … Le centre-gauche a rossé le centre-droite écrit le quotidien de Dublin IRISH TIMES ... Une humiliation et une défaite potentiellement désastreuse … renchérit quant à lui son confrère britannique THE INDEPENDENT …

Même la presse de droite italienne ... et plus particulièrement la presse pro-Berlusconi s'est très vite désolée de ces résultats ... alors en usant bien souvent c'est vrai d'arguments imparables ... "Maintenant amusez-vous bien avec les communistes" titre ainsi le quotidien LIBERO … repris ce matin sur le site du COURRIER INTERNATIONAL … Dans un long article qui rappelle tout à la fois la chute du mur de Berlin ... et cite pêle-mêle les échecs de Gorbatchev … la folie de Fidel Castro ... ou bien encore l'horreur de Tchernobyl … l'éditorialiste s'étonne de voir que le communisme que tout le monde pensait avoir oublié refait ici surface.

De son côté Il GIORNALE ... propriété de la famille Berlusconi reconnaît la défaite sans appel de la droite en particulier à Milan: "On se rappellera de cette campagne électorale comme de la pire dans l'histoire de la Seconde République écrit l'éditorialiste ... Berlusconi qui nous a pourtant habitué à des campagnes fracassantes s'est montré cette fois-ci ou trop agressif ... ou trop rassurant ... On aurait dit un champion qui après une longue et trépidante saison ne donne pas le meilleur de soi en finale ... Mais prévient aussitôt le journal ... cela arrive aussi aux meilleurs ... Et de conclure ... Il faut plutôt se demander ce qui serait arrivé s'il ne s'était pas autant impliqué en personne ... Le résultat aurait été encore vraisemblablement bien pire.

N'empêche ... et n'en déplaise donc à la mauvaise foi de la presse de droite italienne ... jamais depuis son entrée en politique il y a plus de quinze ans Silvio Berlusconi n’aura subi pareil affront précise ce matin l'éditorialiste de LA TRIBUNE DE GENEVE ... Car la perte hier de la Mairie de Milan notamment après vingt ans de règne de la droite est non seulement ... une défaite cuisante bien entendu pour le parti du premier ministre … mais elle représente aussi et surtout un désaveu personnel pour le Cavaliere … Et d'ajouter ... Milan la capitale lombarde a toujours eu une puissante charge symbolique : elle est d’abord la ville natale de Berlusconi mais aussi celle où il a commencé à bâtir son immense fortune et son empire médiatique ... autant de formidables machines de guerre qui lui auront permis la carrière politique que l’on sait … Voilà pourquoi il ne fait aucun doute écrit le journaliste que pour cet homme tellement attaché à son image … la perte de son fief au profit d’une opposition de gauche honnie est aujourd’hui un véritable crève-cœur … Sans compter cet ultime affront … la défaite également de la droite dans la Municipalité d’Arcore dans les environs de Milan ... où se trouve la résidence privée du chef du gouvernement … résidence vous le savez théâtre de nombreuses fêtes osées en compagnie de la gente féminine … Alors si l’on ajoute encore à cela ... les nombreuses défaites enregistrées à Naples … Trieste … Cagliari ... et bien on pourrait se dire que le déclin du «berlusconisme» a débuté ... ou à tout le moins que le long travail de sape de l’opposition commence à porter ses fruits … et en particulier que les innombrables affaires judiciaires dans lesquelles Berlusconi doit se débattre vont finir par épuiser cet homme de 74 ans ... qui ne craint au final qu’une seule chose : vieillir … Et pourtant … et pourtant précise encore l’éditorialiste … même sèchement étrillé par les Milanais ... le Cavaliere est loin d’avoir dit son dernier mot ... Riche et influent comme personne en Italie … il sait que quelques succès locaux de l’opposition ne font pas de cette dernière une force capable de dégager une majorité pour gouverner le pays ... Autrement-dit … même affaibli Berlusconi pourrait bien rester en place jusqu’à la fin de la législature en 2013 ... voire provoquer et même gagner un scrutin anticipé … car l’homme qui obsède l’Italie depuis quinze ans a plus d’un tour dans son sac.

LE NEW YORK TIMES ne dit pas autre chose ce matin … Les résultats victorieux de l’opposition à ces élections locales ne se traduiront pas nécessairement et automatiquement à l’échelle nationale … Et le quotidien américain de préciser encore … s’agissant des votes favorables au candidat de la gauche à Milan comme à Naples … et bien ces votes n’ont pas tous été enregistré … loin s’en faut au sein du seul Parti Démocratique ...

La prudence est donc encore de mise ce matin … Il faut dire que la fin de l’ère Berlusconi est une ritournelle pour l’instant jamais vérifiée peut-on lire encore sur le site d’information en ligne SLATE ... On a souvent évoqué la fin de Berlusconi en sous-estimant la capacité de la gauche italienne à se suicider ... précise notamment l’historien Philippe Foro … Voire en tombant dans une vision manichéenne d’une personnalité plus complexe en réalité que ce que l’on a tendance à croire ... Et puis ... comme Berlusconi est assez largement impopulaire c'est vrai dans les médias étrangers dit-il et bien ... je me demande finalement si on ne prend pas leurs rêves de fin pour des réalités ... Aujourd’hui si Berlusconi est toujours en place … Et c’est sans doute plus par manque d’alternative que par la proposition d’un programme et d’un style convaincants ... La grande responsabilité du Parti démocrate c’est de ne pas proposer une alternative.

Et je terminerai donc à nouveau par les mots de ce bon Friedrich ... "Je vous le dis : il faut encore porter en soi un chaos ... pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante".

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