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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Même si le soleil a brillé hier sur l'Allemagne, même si en République tchèque le calme semble avoir succédé à l'angoisse des jours précédents, même si en Autriche la décrue est en cours, partout les mêmes scènes de désolation s'affichent encore ce matin à la Une de nombreux journaux d'Europe centrale, où des inondations historiques ont déjà fait au moins 12 morts et entrainé l’évacuation de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Et la situation d'ailleurs est loin d'être stabilisée, puisqu'en Hongrie, où l'état d'urgence a été déclaré, la crue du Danube est attendue pour lundi prochain. Le niveau du fleuve pourrait alors atteindre 8,75 mètres, ce qui fait dire au quotidien de gauche NEPSZAVA que l'eau pourrait tout simplement inonder le pays. A ce titre d'ailleurs, c'est vrai que la presse n'est généralement pas avare en superlatifs : quand le Nord coule, selon le quotidien de Prague HOSPODARSKE NOVINY, son confrère MLADA FRONTA DNES parle lui d'éléments effrayants.

Bien entendu, ces inondations, les pires depuis plus d'une décennie soulèvent comme à l'accoutumée de nombreuses questions quant aux responsabilités. Et le journal de Prague notamment de préciser à nouveau, tandis que les experts affirment que les politiciens n’ont pas assez pris leurs avertissements au sérieux, les politiciens accusent quant à eux les prévisions météorologiques et hydrologiques confuses. Quoi qu'il en soit et même s'il est possible, c'est vrai, que le changement climatique joue un rôle dans ces inondations, tout comme il est possible que la nature soit capricieuse, en revanche, ce qui est clair souligne de son côté DIE WELT en Allemagne, c'est que les fleuves ont besoin de place et ceux qui l'ignorent doivent en assumer les risques. Et son confrère DIE PRESSE en Autriche de rappeler notamment que 400 000 bâtiments ont été construits dans des zones à risque de crue, de coulée de boue ou d’avalanche, dont 150 000 en “zone rouge” où le risque est permanent. En Allemagne le maire de Grimma, une ville déjà sinistrée en 2002 a lui déjà résumé l'essentiel : Deux inondations exceptionnelles en onze ans, c'est beaucoup trop, dit-il. Et voilà pourquoi, à l'instar de nombre de ses confrères, le journal DIE WELT appelle notamment à réfléchir au problème de la maîtrise des fleuves et en particulier le Rhin dont la vitesse a doublé ces dernières années en raison de la modification de son cours.

Seul aspect positif finalement de ces inondations, la renaissance d'un sentiment collectif. C'est en tous les cas l'avis de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, le journal qui se réjouit ainsi que des gens qui se disputent habituellement pour une place de parking ou la couleur d'une clôture s'aident aujourd'hui mutuellement à porter des sacs de sable pour empêcher l'eau de passer.

La population tchèque fait preuve de solidarité, se félicite également le quotidien tchèque LIDOVE NOVINY, lequel critique en revanche la récupération cynique de l'évènement par les grandes entreprises. Ainsi, alors même que les eaux ne se sont pas encore retirées, des compagnies d'assurances proposent déjà des polices en vue de la prochaine crue. Et à ceux dont ils refusent d'assurer les propriétés contre les inondations, jugeant le risque de sinistre trop important, ils essaient de refourguer des assurances très bon marché contre les incendies. Les banques profiteraient elles aussi de l'aubaine en proposant des crédits à des taux scandaleux de 7%. Enfin les supermarchés seraient eux aussi pris d'un élan de solidarité, commente ironiquement le journal, certains accordant aux victimes des inondations, sur présentation d'un justificatif, une réduction de 20 pour cent sur leurs achats. Et de conclure, c'est beau la solidarité, mais dans le cas des entreprises, on s'interroge encore sur l'honnêteté de leurs motivations et dans quelle mesure cette solidarité ne s'inscrit pas surtout dans une cynique campagne de communication.

Et que dire encore de la communication politique, cette fois-ci, autour de cette catastrophe ? En Allemagne de nombreux journaux commentent la visite dans les régions sinistrées d'Angela Merkel, bottes aux pieds, à trois mois seulement des législatives. Une preuve à la fois de compassion mais aussi un symbole politique. Car que dit en substance la chancelière : Nous qui sommes au sommet, nous sommes là si vous avez besoin de nous. Or ces images commentées partout dans la presse ne sont pas sans rappeler celles d'un autre chancelier. En 2002, c'est Gerhard Schröder qui, les bottes aux pieds, avait mis en scène ses capacités de gestionnaire de crise dans l'est de l'Allemagne inondé. Le chancelier, rappelle DIE TAGESZEITUNG, qui avait ensuite créé la surprise en remportant les élections. Et d'en conclure, onze ans plus tard, c'est donc au tour Angela Merkel de surfer sur la vague des inondations.

On verra quel profit politique sera tiré de ces événements, mais pour le TAGESPIEGEL, c’est quoi qu'il en soit à l’honneur d’Angela Merkel d’avoir porté ces bottes en caoutchouc. Et d'ailleurs, précise le journal, la chancelière s'est faite démonstrativement discrète car elle a probablement deviné que chacun de ses gestes aurait pu être un de trop. Or Merkel était obligée de renoncer à une grande mise en scène pour ne pas que ce soit sur interprété.

C'était d'ailleurs manifestement le choix adopté également par son confrère, le chancelier autrichien Werner Faymann. Car là encore, relève le quotidien SALZBURGER NACHRICHTEN, nombreux sont ceux qui n'ont pas oublié la mise en scène de l'ex-chancelier, dans ses bottes jaunes canari, en train de puiser l'eau d'un côté d'une digue pour la reverser de l'autre, le tout armé d'un seau en plastique. Et le journal d'en conclure : il n'existe pas de règles de comportement générales à l'attention des politiques dans les situations de crise, mais une chose est sûre, la crédibilité ne peut être mise en scène : on l'a ou on ne l'a pas.

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