LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

50 morts, était-ce le prix à payer pour être un acteur influent au Moyen-Orient ? Le constat est certes désagréable. Mais fallait-il pour éviter de payer ce prix, se tenir à distance de tout ce qui se passe en Syrie ? Voilà la question posée par le journal turque RADIKAL, après le double attentat perpétré samedi dernier près de la frontière entre les deux pays, attentat qui sans conteste a fait monter d'un cran la tension dans le pays.

Voilà trois jours, en effet, que des manifestations se forment un peu partout, pour dénoncer la politique d'Ankara et ce que certains voient à présent comme une participation de leur pays à une guerre, qui ne servirait pas leurs propres intérêts. La Turquie est en train de s'enfoncer dans le marécage syrien, regrette notamment le journal HURRIYET. Et la contestation va même au-delà d'ailleurs de la simple politique menée par le premier ministre Erdogan, puisque les rebelles syriens eux même se retrouvent désormais accusés d'avoir profité en somme de l'hospitalité accordée aux réfugiés, près de 300 000 au total principalement dans les régions frontalières. Dans les rues, la peur des réfugiés syriens de subir des représailles n'a d'égal à présent que la colère des habitants, furieux d'avoir été entraînés dans un conflit dont ils ne voient pas la fin. Depuis trois jours, des vidéos circulant sur le Net montrent notamment des protestataires, brisant les vitres de véhicules portant des plaques minéralogiques syriennes. La police a même dû tirer en l'air précise toujours le journal d'Ankara, pour empêcher des affrontements, preuve que les nerfs sont à vif et que l'on pourrait se retrouver rapidement dans une situations incontrôlable.

Il faut dire que ce n'est pas la première fois, que le conflit syrien débouche ainsi sur des attentats sur le sol turc. En juin 2012, déjà, l'armée syrienne avait abattu un avion de chasse turc. Moins d'un an après, en février dernier, un attentat avait fait 17 morts. Et les obus et les missiles tombent régulièrement du côté turc de la frontière.

Sauf que si Ankara a une fois de plus rapidement dégainé contre Damas, cela ne signifie pas pour autant que l'accusation soit fondée. Pire, d'autres pistes pourraient même mener à attribuer la responsabilité de cet attentat à d'autres commanditaires que le régime de Bachar El-Assad. Et d'ailleurs, précise LE QUOTIDIEN D'ORAN, ces pistes s'imposent dès lors que l'ont considère que Damas n'a rien à gagner en provoquant de façon si brutale la Turquie voisine, dont les autorités acharnées à vouloir la chute du régime d'El-Assad sont à la recherche du prétexte qui légitimerait l'intervention militaire directe de la Turquie dans le conflit. Tout d'abord, on voit mal pour qu'elle raison Damas aurait commandité un attentat dans une ville où la population est d'obédience alaouite et donc à ce titre plutôt solidaire avec le régime de Bachar El-Assad. Ensuite, qu'aurait à gagner la Syrie dans cette attaque, alors même que l'accord russo-américain de la semaine dernière a ouvert la voie à la possibilité d'une solution politique négociée.

En revanche, poursuit le journal, d'autres parties ont quant à elles tout à gagner en faisant prévaloir la thèse de la responsabilité du régime de Damas. Il y a bien évidemment les «faucons» turcs, partisans de la manière forte à l'égard du régime syrien et qui ont pu penser qu'un attentat aveugle se produisant en territoire turc leur offrirait le prétexte à ordonner l'engagement militaire direct du pays dans le conflit. C'est également le cas pour l'opposition armée syrienne, laquelle réclame elle aussi à la Turquie une implication militaire de grande envergure. Et l'on pourrait ainsi poursuivre la liste des commanditaires possibles de l'attentat. Que penser, par exemple, des services israéliens. L'Etat sioniste ne serait pas fâché que la Turquie d'obédience «islamiste» intervienne en Syrie. Le Qatar ou l'Arabie Saoudite auraient pu également vouloir créer une situation qui rendrait irrémédiablement impossible la solution négociée.

Aujourd'hui, précise le site de la DEUTSCHE WELLE, Ankara attribue cet attentat à des auteurs "appartenant à des organisations liées au régime de Damas". Neuf suspects, tous de nationalité turque, ont en effet été arrêtés. Membres d'une fraction dissidente de l''extrême gauche, les autorités turques les accusent d'avoir exécuté l'attentat avec les services secrets syriens. Plusieurs de ces hommes seraient d'ailleurs passés aux aveux. Et les explosifs, nous dit-on, proviendraient également de Syrie.

Seulement voilà, la célérité avec laquelle la police turque a procédé à ces arrestations, laisse encore planer certains doutes, nuance LE TEMPS de Genève. Et d'ajouter, tout se passe, en réalité, comme si le coupable avait été désigné avant le début de l’enquête et que ces neuf arrestations n’étaient en somme qu’une simple confirmation.

Alors qui croire ? Cet attentat, tranche la FRANKFURTER RUNDSCHAU, est surtout la conséquence dit-il de l'incapacité de la communauté internationale, d'apaiser le conflit syrien. Comme un feu de brousse, cette guerre civile déborde maintenant sur les états voisins. En vérité, renchérit son confrère de la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, l'indécision du monde occidental sur ce qu'il pourrait et devrait faire pour stopper cette guerre est plus grande que jamais. Assad s'appuie sur son allié russe et campe sur ses positions. Les djihadistes, qui ne veulent pas d'une société libérale, mais la mise en place d'un état islamiste, prennent eux de plus en plus la maîtrise de l'opposition syrienne. Et le journal d'Ankara HURRIYET d'en conclure, dans ce contexte d'instabilité régionale majeure, la Turquie doit donc garder son sang-froid et ne pas céder à la provocation.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......