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La revue de presse internationale de Thomas CLUZEL

5 min

Par Thomas CLUZEL

Personne n’a plus de mouron à se faire pour l’euro. Dorénavant, c’est le footballeur-vedette, Lionel Messi, qui résoudra toutes les crises, grâce à l’un de ses gestes techniques dont il a le secret, une action surprise, qui bernera son adversaire. Et pourquoi donc, interroge DER SPIEGEL, cité par le courrier international. Parce que c’est l’esprit de Messi qui imprégnera désormais le nouveau siège de la Banque centrale européenne. L'architecte autrichien, qui signe aujourd'hui le bâtiment le plus important d'Europe, dit en effet avoir voulu transposer la beauté et l'efficacité du meilleur joueur de football au monde à l'architecture.

La semaine dernière, le siège de la BCE n’était encore qu’un chantier sous la pluie de Francfort, précise l'article. Des grues se dressaient notamment au-dessus des deux tours qui doivent respectivement s’élever à 185 et 165 mètres de haut. Restent encore à poser l’habillage extérieur et à faire l’aménagement intérieur. Mais d'ores et déjà, la forme générale du parallélépipède, biseauté de haut en bas et torsadé suivant son axe longitudinal apportent à l'édifice, une touche de fantaisie et de légèreté. "Du Messi tout craché", s’enthousiasme l'architecte, lequel, malheureusement, n'avait pas prévu la cuisante défaite infligée au Barca par le Bayern de Munich. Alors, on lui concèdera, c'est vrai, que le quadruple Ballon d'or est resté sur le banc des remplaçants, pendant tout le match contre les Bavarois. Dès-lors, l’esprit de Messi continuera-t-il d’imprégner pour autant la Banque centrale européenne ? Et l'article de rappeler, à toutes fins utiles, que le joueur est originaire d’Argentine, un pays accoutumé aux dettes publiques abyssales, à l’hyperinflation et à la dévaluation, et il serait bien conclue DER SPIEGEL que son "esprit" nous en fasse grâce, pour se contenter de nous faire bénéficier de son inspiration et de sa dextérité.

A titre d'inspiration, la BCE, justement, a décidé hier d'abaisser son principal taux directeur à 0,5%, un plus bas historique. Et toute la question ce matin est donc de savoir si cette dextérité monétaire aura une chance de marquer sinon des buts, à tout le moins des points pour stimuler l'économie en berne de la zone euro.

Pour le quotidien libéral de Vienne, WIENER ZEITUNG, pas de doute, l’intervention de la Banque centrale est tout à fait justifiée. C’est même l'idéal, que de recourir ainsi à des mesures monétaires, ayant un effet rapide sur le marché du travail. Et d’ailleurs la BCE avait-elle seulement le choix ? Car en polémiquant sur la nécessité de poursuivre ou non l'austérité, la politique, écrit le journal, a gaspillé un temps précieux. En clair, la Banque Centrale Européenne, poursuit l'article, ne pouvait faire autrement que de rattraper tout ce temps perdu avec de l'argent, car dit-il, elle n'évolue pas dans un univers monétaire parallèle, mais dans une Europe qui compte désormais plus de 19 millions de chômeurs, un record absolu jamais atteint dans la zone euro.

L'annonce de ce chiffre mardi dernier a glacé les opérateurs, au point donc de renforcer leur credo dans l'intervention musclée de la BCE. Avec quels effets attendu sur l'économie, interroge LE SOIR de Bruxelles ? Réponse : Pas grand chose. Aujourd’hui plus que jamais, analyse le journal, la BCE a un rôle de gestion et d’anticipation des attentes dit-il. Il s’agit donc ici de donner un signal clair qu’on dispose encore de munitions et que l’on est disposé à faire encore davantage en cas de ralentissement, avec comme message subliminal que si l’économie ralentissait encore davantage, on en ferait encore davantage. De la sorte, on cherche à rassurer, aussi bien le consommateur, que l’entrepreneur, en lui offrant une sorte de filet de sécurité pour l’inciter à consommer et à entreprendre. Cela fait partie des intentions délibérées de la BCE, comme des autres banques centrales, à commencer par la banque centrale américaine, que de pousser les gens à faire autre chose de leur argent que le placer sur un livret d’épargne. Dans les faits, les deux autorités injectent des fonds par milliards de dollars ou d’euros, pour stabiliser les actifs financiers, soutenir les institutions financières et tenter donc de débloquer la machine économique.

Aussi l'annonce hier de la BCE devrait donc avoir une série d’effets induits sur le comportement des banques, précise de son côté LA LIBRE BELGIQUE. D’abord, évidemment, cette disposition allégera la charge des emprunts effectués par les banques en difficulté et notamment les banques espagnoles qui se refinancent avidement auprès de la BCE. Et ensuite, cela poussera les banques qui ont trop de cash, à le réinjecter dans le circuit économique.

Sauf que la baisse des taux d’intérêt annoncée hier ne suffira pas pour autant à stimuler l’économie européenne, nuance aussitôt son confrère du TEMPS de Genève. Et d'ailleurs, l’institution elle même a déjà diagnostiqué le problème : ce qu’elle appelle le «canal de la transmission de la politique monétaire» est aujourd'hui bloqué. En clair, la BCE peut bien baisser les taux d’intérêt, si les banques ne le répercutent pas en prêtant à leur tour aux entreprises, tout cela n'aura pas servi à grand chose. Car la crise de croissance européenne provient fondamentalement des conditions de crédit aux PME. Et si les taux de refinancement des banques baissent de 25 points de base, ce n’est pas ainsi que l’on fera baisser de 100 points de base le financement des PME espagnoles, italiennes ou même françaises.

Dit autrement, l'institution a beau inonder depuis hier les banques de liquidités bon marché, si ces dernières peinent encore à prêter aux ménages et aux entreprises, en particulier les petites et moyennes, dans les pays les plus en difficulté, ou alors à des taux rédhibitoires, alors le beau geste technique effectué hier par la BCE ne conduira pas pour autant l'économie de la zone euro sur le chemin de la victoire. Au pire, une défaite, au mieux, un match nul.

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