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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

D’Athènes à Madrid, en passant par Lisbonne, Paris et Londres, des dizaines de milliers de manifestants ont donc défilé hier dans les grandes villes européennes, à l’occasion de la Fête du travail, placée cette année, vous le savez sous le signe du combat contre l’austérité, ou dit autrement, du combat contre l'Allemagne. Partout en Europe, les manifestations ont été en effet l’occasion de caricaturer la chancelière allemande, le plus souvent en figure nazie devant des drapeaux SS brûlés dans la rue. Que l’Europe serait belle sans l’Allemagne, voilà donc résumé en somme le message lancé hier par nombre d'Européens, qui reprochent à Berlin d'imposer son rythme pour sortir de la crise. C'était d'ailleurs l'objet de la Une, il y a encore quelques jours, du magazine FRANKFURTER ALLGEMEINE, dans lequel le couturier Karl Lagerfeld avait choisi de croquer la chancelière en robe rouge de flamenco, castagnettes à la main, sous ce titre : «Je vais apprendre aux Espagnols à danser!».

Au titre de la germanophobie ambiante, la France est vue aujourd'hui en chef de file de la contestation. Car c'est à elle, estime notamment le quotidien de centre gauche EL PAIS, qu'il appartient de tenir tête à l'Allemagne. Il est temps, écrit l'éditorialiste madrilène, que la France mette fin à la litanie allemande, selon laquelle la stabilité est génératrice de croissance. L’Espagne, d'ailleurs n'est pas en reste, elle qui vient de façon unilatérale, rappelle LE TEMPS de Genève, de décréter qu’elle ne respecterait pas le calendrier, qui prévoit un retour à l’équilibre budgétaire en 2014. En Italie, là aussi, le tout nouveau premier ministre a semble-t-il rejoint son homologue français et espère, secrètement, pouvoir assouplir la politique d'austérité, écrit LA STAMPA, même si, tempère aussitôt le journal de Turin, renégocier immédiatement les conditions imposées par l'Europe paraît impossible, à moins que l'austérité apparaisse, avec le temps, de plus en plus insupportable pour l'ensemble de la zone euro.

Et après tout pourquoi pas, puisque la directrice du Fonds monétaire international, elle même, Christine Lagarde, chantre de la discipline financière, plaide à présent pour plus de souplesse. Il y a une semaine, c’était au tour du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, d’affirmer que la politique d’austérité avait atteint ses limites. Et même son de cloche encore à l’OCDE, où le secrétaire général avoue craindre désormais que le serpent ne se morde la queue.

Il faut dire que les mauvaises nouvelles se succèdent. En début de semaine, Eurostat a annoncé que le taux de chômage dans la zone euro avait atteint un nouveau record au mois demars avec plus de 12%, le 23ème mois de hausse d’affilée. Et paradoxalement, les pays les plus touchés, la Grèce, l'Espagne et le Portugal, sont aussi ceux qui sont les plus aidés, les plus conseillés et les plus supervisés. Or rien ne présage un retournement à court terme. D’autant plus que plusieurs grandes entreprises, voyant leurs chiffres d’affaires en baisse en Europe, annoncent d'ores et déjà la réduction, voire l’arrêt de certaines activités.

En clair, résume pour sa part la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, dans le contexte de crise actuelle, l'idée selon laquelle il faudrait tous fonctionner selon le même modèle est arrivée à ses limites. La religion unique de l’austérité n’a pas conquis les esprits, mais elle a au contraire refroidi les cœurs et éloigné les peuples, écrit encore LA STAMPA. Et la conséquence directe de tout cela, précise cette fois-ci le GUARDIAN de Londres, c'est que la confiance des citoyens dans l’Europe n’a jamais été aussi basse.

Mais que faire pour sortir enfin l'Union Européenne de l'impasse ? Dans le quatrième numéro d’EUROPA, six quotidiens européens formulent quelques propositions, résumées par THE GUARDIAN. Elles vont de l’abolition des deux sièges pour le Parlement européen, à la constitution d’une armée européenne, en passant par une "Euro-application" pour tablettes et smartphones, mais aussi une idée forte, qui donnerait aux Européens des symboles et des objectifs qui provoqueraient des émotions, un attachement et de la solidarité.

Et bien aujourd'hui 2 mai, justement, tenez vous bien, une révolution, rien de moins est annoncée, prévient le site MY EUROP : les nouveaux billets de cinq euros sortent des presses. Et là, franchement, c'est le choc. Bien sûr, au verso, l'aqueduc romain est toujours là. Bien sûr, au recto, la colonnade antique se cogne toujours aux étoiles de l'Union européenne. Sauf que celles-ci ont grandi, telles, une météore. Quant au chiffre "5", du gris, il vire au vert, couleur de l'espoir. D'ailleurs, le bleuté actuel du verso, si froid, c'est vrai que l'on en tremble, se verdit également sous l'effet d'une douce lumière aurorale, venant caresser les arches de l'aqueduc.

On imagine, bien entendu, les efforts déployés par les ministres des finances de la zone euro, les trésors de diplomatie dont il a fallu user pour aboutir à un compromis aussi lourd de sens. Finalement, c'est ça l'Europe, des enjeux immenses, des Nations à couteaux tirés qui, au nom d'un idéal qui les dépasse, acceptent des sacrifices énormes : pas d'Arc de Triomphe, pas de Porte de Brandebourg, pas de Tour de Pise ni de Musée Guggenheim sur ces nouveaux billets de cinq euros. Non, dans un renoncement sans exemple, et après des mois d'empoignes, les Etats-membres ont finalement réussi à se mettre d'accord, pour ne rien changer.

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