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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Le premier ministre ne changera rien. Ni de stratégie, ni de gouvernement. Et pourtant, les scandales fleurissent, au point d’ailleurs, que des voix de plus en plus nombreuses se font désormais entendre en faveur d’une nouvelle République ou, à tout le moins, d’un débat sur cette question. Alors contrairement aux apparences, nous ne sommes pas ici en France, mais en Espagne, où la publication, la semaine dernière, des statistiques sur le chômage témoigne, s’il fallait encore s’en convaincre, de la gravité de la crise et de ses conséquences.

Et même si, c’est vrai, les commentateurs de la presse espagnole se félicitent, notamment, de l'exercice de réalisme mené par le gouvernement, qui a baissé ses prévisions de croissance, nombreux sont ceux qui se montrent sceptiques et surtout impatients : jusqu’où faudra-t-il s’enfoncer dans la crise pour essayer une autre politique, interroge notamment d’EL PERIODICO. Il faut faire quelque chose, réclame à son tour CINCO DIAS et ne plus se contenter du discours officiel, lequel, déplore son confrère du JOURNAL DE CATALOGNE, se limite en somme à espérer que la sortie du tunnel améliorera les perspectives. Pire, critique EL MUNDO, le premier ministre Rajoy nous demande à présent de rester patients !

Dans un pays asphyxié par le chômage et l'austérité, voilà qui ne suffira probablement pas à calmer l'indignation d'une large partie de l'opinion publique et sa rancœur à l'égard de la classe politique. Paradoxalement, la seule note d'espoir à la une ce matin de la presse espagnole, c'est encore la mise en examen hier de neuf chefs d'entreprise, dans le cadre d'une enquête sur un possible financement occulte du Parti populaire, la formation du Premier ministre. Selon des documents publiés par la presse espagnole, Rajoy lui-même aurait perçu entre 1997 et 2008, plus de 25 000 euros par an de la part de chefs d'entreprises privées, pour l'essentiel des groupes de travaux publics. Outre ces chefs d'entreprise, le juge a également cité comme témoins plusieurs responsables politiques qui, comme le président du Sénat ont reconnu avoir reçu certaines de ces sommes.

Un constat, peut-on lire dans les colonnes du TEMPS de Genève, insupportable par temps de crise. Alors même que pour la seule année dernière, plus de 30 000 familles ont été expulsées de leur logement aux quatre coins du pays, soit un délogement forcé tous les quarts d’heure, jour et nuit, c’est dans ce contexte que saute désormais aux yeux des Espagnols l’ampleur d’un phénomène négligé pendant les années fastes : celui de la corruption. En Espagne, le mal, écrit le journal, est absolument partout. La corruption touche aujourd’hui tous les secteurs de la vie publique. La mèche s’est allumée avec les révélations liées aux partis politiques et l’existence au sein du Parti populaire d’une trésorerie occulte, qui semblait assurer aux élus des revenus annexes réguliers provenant de pots-de vin accordés par les entreprises en l’échange de faveurs politiques. Ensuite ce sont les communautés autonomes, les régions, qui se sont embrasées. Mettant notamment à contribution les caisses d’épargne qui étaient à leurs ordres, les dirigeants locaux ont tiré profit de l’argent facile, arrosant au passage leur propre clientèle. Et enfin, c’est au tour de la famille royale de risquer l’incendie. Longtemps intouchable, perçu comme le garant ultime de la démocratie espagnole, le roi sent aujourd’hui se resserrer l’étau, notamment autour des détails sur les agissements de son gendre, ex joueur de l’équipe nationale de handball et qui, pour se reconvertir, a utilisé pleinement son nouveau statut royal en bénéficiant de contrats et de largesses innombrables de la part des certaines collectivités et entités publiques.

Alors sans doute cette présence de la corruption à tous les étages n’est-elle pas nouvelle. Mais elle a été rendue inacceptable par la détérioration de la situation. Aujourd'hui écrivait il y a peu l'éditorialiste d'EL PAIS, c'est donc toute la morale publique qui est à refonder. Car le chef du gouvernement se trompe, dit-il, s'il croit que les citoyens vont gober l'idée que les révélations de ces derniers mois ne sont qu'un complot ourdi contre son parti, ou contre sa personne. La justice rendra son verdict sur les comportements passés. Et à ce titre, la mise en examen hier de neuf chefs d'entreprise, dans le cadre de l'enquête sur un possible financement occulte du Parti populaire est ne bonne nouvelle. Mais la politique, elle, doit à présent se tourner vers l'avenir car ici, c'est la démocratie qui est en jeu. Et l'éditorialiste d'ajouter, il est normal, face aux affaires qui ont été révélées, que les citoyens manifestent leur indignation. C'est aussi la raison pour laquelle un plan de regénération démocratique est aujourd'hui indispensable. La classe politique, déjà déconsidérée par l'opinion, doit en prendre conscience. Car faire la sourde oreille aux critiques, nier la réalité et refuser de prêter attention aux justes protestations de la rue, voilà qui ne peut déboucher que sur la frustration et la mélancolie.

Alors les 6 millions de chômeurs que comptent désormais le Royaume, entendront-ils cet appel ? C'est en tous les cas l'espoir entretenu ce matin par le journal PUBLICO, qui en ce lundi 1er mai, fête des travailleurs, comptabilise 6 millions de bonnes raisons de sortir aujourd'hui dans la rue.

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