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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Six coups de feu pour un gouvernement. Décidément l'armistice n'aura été que de courte durée. Alors qu'une large partie de la presse se félicitait, hier matin encore, de ce qu'un compromis ait permis à l'Italie de sortir enfin de la crise politique, au moment même où le nouveau premier ministre prêtait serment, un individu en faction devant le siège de la présidence du Conseil tirait, blessant deux policiers.

L'homme, un maçon de 46 ans, au chômage, s'était séparé de sa femme, précise ce matin plusieurs médias italiens, avant de céder aux sirènes des jeux d'argent et notamment aux tentations du poker en ligne, accumulant dettes sur dettes. Autrement dit, le déséquilibré, ainsi que l'ont aussitôt qualifié les autorités, était avant tout un homme dans une situation de désespoir telle, qu'elle l'a poussé à commettre un geste fou, reflétant le climat de désarroi qui règne en Italie depuis maintenant deux ans.

La fusillade d'hier, précise le correspondant du TEMPS de Genève, a donc aussitôt fait resurgir en Italie le spectre des violences armées des années 1970, notamment lorsque le Parti communiste et la Démocratie chrétienne avaient signé un «compromis historique». Car à sa manière, le nouveau gouvernement italien marque, lui aussi, un tournant dans l’affrontement qui oppose la gauche et la droite depuis 20 ans. En offrant quelques postes clés au parti de Silvio Berlusconi, le nouveau premier ministre a en effet signé la première tentative explicite de pacification de l’Italie, soulignait hier encore, le quotidien de Milan Corriere.

Même si rien n'indique encore qu'il puisse y avoir un lien direct entre la fusillade et la formation du nouveau gouvernement italen précise le WASHINGTON POST, il n'en demeure pas moins que les jours du nouveau gouvernement à peine formé semblent d'ores et déjà comptés. Bien sûr, Enrico Letta a réussi un véritable tour d’équilibriste en réunissant droite et gauche sous le même toit, et il ne devrait pas avoir de difficulté à obtenir une majorité confortable lors du vote de confiance au parlement, ce lundi. Mais il devra ensuite marcher sur des charbons ardents.

Le nouveau premier ministre a beau être connu et même reconnu pour ses talents d’acrobate politique, ce don particulier pour faire s’entendre des personnalités que tout oppose, écrit ce matin la correspondante du NEW YORK TIMES, la question de la longévité supposée de ce gouvernement de compromis est d'ores et déjà posée.

Son confrère de Stockholm, SVENSKA DAGLADET, est d'ailleurs lui beaucoup plus catégorique : Il s'agit vraisemblablement d'une aventure sans lendemain, dit-il. En raison de la situation politique, le nouveau gouvernement tiendra quelques mois, un an tout au plus.

Voilà donc posé le problème du mariage forcé. Car personne n'a vraiment intérêt à un partenariat long et heureux, commente de son côté DIE PRESSE en Autriche. Quant à son voisin germanique de la TAZ, il estime que cette grande coalition risque au contraire d'accélérer la crise. Pire, dit-il, elle risque d'être fatale pour la démocratie.

Tout d'abord, reprend LE TEMPS, la base du Parti Démocrate est aujourd'hui en effervescence, la cohabitation avec des ministres berlusconiens restant indigeste pour de nombreux militants, qui ne se privent pas d'ailleurs de rappeler qu’Enrico Letta, lui-même, déclarait encore récemment: «Berlusconi a détruit l’Italie, jamais nous n’irons au gouvernement avec lui.» Mais plus encore, c'est autour de la question économique que les premiers tiraillements au sein du gouvernement devraient se faire sentir.

Lors d'un premier discours, Letta a déjà pris ses distances avec l'austérité. Et dans un long éditorial publié hier, par le journal économique IL SOLE, l'ex-Premier ministre socialiste a lui aussi appelé à briser le cercle de la rigueur, estimant nécessaire que les économistes et la Commission européenne changent de partition musicale. L'Italie disposerait donc enfin d'un Premier ministre, qui refuse de se plier davantage au diktat austéritaire allemand, se réjouit le quotidien: Enrico Letta est depuis toujours un Européen convaincu, dit-il, et il n'a pas la mauvaise habitude des hommes politiques italiens d'ignorer d'abord l'Europe, puis d'accepter passivement les décisions de cette dernière, au prix fort de surcroît. Letta prend le taureau par les cornes. Il veut changer le cours de l'austérité européenne, dont nous observons aujourd'hui les effets dévastateurs. Mais Letta saura-t-il briser la résistance d'Angela Merkel ? Et surtout réussira-t-il là où François Hollande a échoué, interroge encore le journal ? Allusion à la controverse entre socialistes français, à l'intérieur et à l'extérieur du gouvernement, controverse qui a éclaté vous le savez après la parution vendredi d'un virulent projet de texte du Parti socialiste, qualifiant Mme Merkel de chancelière de l'austérité et l'accusant d'intransigeance égoïste, contraignant le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, à tenter de calmer le jeu, ce week-end en rappelant l'indispensable amitié franco-allemande.

D'où la conclusion de la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG. L'Italie connaît la plus longue récession depuis 20 ans, et le nouveau chef du gouvernement devra offrir plus qu'une simple soupe sociale-démocrate, et notamment, du courage.

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