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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Le "conclave" de la République. Pas un journal n’a manqué d’y faire allusion. Pas un journal télévisé qui n’ait utilisé le mot. Et de fait, c’est bel et bien un conclave républicain qui attend aujourd’hui les parlementaires et représentants des régions italiens, censés élire à partir de 10 heures, le prochain président de la République, écrit le correspondant du journal LE MONDE.

A ce titre, c’est probablement l’hebdomadaire de Rome L’ESPRESSO qui est allé le plus loin dans la comparaison, avec un papier intitulé "Pape d’Italie". Rites, manœuvres de couloir, pressions, chausse-trappes, vrais candidats masqués et faux favoris affichés : les deux scrutins ont beaucoup de points communs, écrit notamment le magazine.

Sans compter, que si le pape François a hérité d’une Eglise en crise, le prochain président de la République, lui, ne sera pas mieux loti. Les dernières statistiques, précise IL SOLE, montrent que la productivité est en recul, que le chômage des jeunes progresse et que la hausse des impôts étouffe le business. Le pays est en récession depuis un an et demi. Avec 3 millions de personnes sans emploi, le chômage avoisine les 12% de la population active. En moyenne, mille entreprises ferment chaque jour leurs portes et la péninsule compte désormais 8 millions de pauvres. D'où l'appel du journal, à toutes les formations politiques, à faire quelque chose pour l’économie nationale, à le faire vite et bien et surtout à surmonter leurs divisions.

Seulement voilà, les partis s'occupant principalement de leur propre sort, au détriment de celui de la nation, si cette élection est sans doute une étape pour résoudre la crise elle n’en est certainement pas sa solution définitive. Au mieux, elle permettra simplement de vérifier, derrière les postures et les anathèmes, le degré de bonne volonté des uns et des autres, mais aussi la faculté des chefs de faire respecter les consignes de vote.

S'agissant, tout d'abord, du degré de bonne volonté des uns et des autres, hier soir, veille donc de l'élection, Berlusconi aurait déclaré : «Je dirais que c’est fait». Un accord aurait été trouvé avec le secrétaire du Parti démocrate, Bersani, pour sortir de l’impasse politique. Le Cavaliere aurait même ajouté : il s’agit d’un «pacte de fer», laissant entendre que la convergence de la droite et de la gauche préfigurerait aussi une solution pour la formation d’un gouvernement.

Centre droit et centre gauche se seraient ainsi entendu sur une candidature consensuelle, commente ce matin le CORRIERE, en la personne de Franco Marini, ex-président du Sénat et ancien dirigeant syndical, un homme de dialogue en somme, ce dont justement l'Italie a besoin aujourd'hui pour sortir de l'impasse. Un homme, aussi, précise LE TEMPS de Genève, que Berlusconi considère comme garant des institutions, comprenez un homme capable de freiner l’ardeur des magistrats à son encontre.

Sauf que l’optimisme du Cavaliere devra encore être confirmé ce matin lors du premier tour de l’élection. Or rien n'est moins, les grands électeurs pouvant notamment se transformer en francs-tireurs et faire voler en éclats les stratégies des états-majors. Et ce pour deux raisons. D'une part, parce que le Mouvement 5 étoiles de Grillo est venu, in extremis, brouiller les cartes en proposant la candidature de Stefano Rodota, un juriste de renom, ex député progressiste et qui jouit, dans l’électorat de gauche, d’une grande popularité pour sa compétence et sa probité. Autrement dit, dans ces conditions il sera difficile, y compris pour les élus du centre gauche de Bersani, d’écarter sa candidature. Et d'autre part, parce que le maire de Florence, Matteo Renzi, battu par Bersani lors des primaires de gauche et qui s'oppose désormais à sa stratégie, n'a pas attendu l'officialisation de la candidature de Marini pour annoncer que ses partisans ne la soutiendraient pas. Nous nous opposons à ce choix et nos partisans ne voteront pas pour lui, a notamment déclaré à LA STAMPA l'étoile montante du Parti Démocrate, qui serait suivi par une cinquantaine de parlementaires au moins. Elire Marini, a-t-il dit plus tard à la télévision, serait rendre un mauvais service au pays. Et d'ajouter, l'ex-président du Sénat, âgé de 80 ans, est un candidat du siècle dernier, sans charisme, ni stature internationale.

Et voilà pourquoi le degré de bonne volonté des uns et des autres, ne doit pas masquer la faculté des chefs de faire respecter les consignes de vote. Berlusconi a proposé un échange aux démocrates. Un président de gauche contre un gouvernement de coalition. Concrètement, l’accord pour le chef de l’Etat serait donc le préambule à une sorte de cabinet d’union nationale. Une perspective néanmoins vivement rejetée non seulement par la gauche radicale, mais aussi toute une partie du centre gauche, comme en témoigne d'ailleurs l'immédiate réaction négative hier soir d'une frange non négligeable du Parti Démocrate. En clair, c’est tout l’échafaudage de Bersani qui est ainsi sur le point d’imploser, au risque de plonger encore un peu plus le pays dans l’incertitude et la confusion.

Désormais, écrit LA STAMPA, il n'y a plus qu'à espérer que le nouveau président aura le courage d'appeler à des élections législatives anticipées. Car je crois que les Italiens souhaiteraient retourner aux urnes, écrit le politologue. La dernière fois, ils ont voté sans se douter de ce qui se produirait. A présent, ils savent à quoi s'en tenir et peuvent observer le comportement des partis auxquels ils ont accordé leurs voix.

Récemment, un éditorialiste du CORRIERE en plein désarroi s'interrogeait lui : Comment avons-nous fait pour nous retrouver dans une telle situation ? L'Italie est aujourd'hui une démocratie zombie. Et l’ennui, dit-il, n’est pas tant d’être un pays acéphale, c’est-à-dire sans gouvernement à sa tête. Non, le malheur, notre malheur, c’est d’avoir littéralement perdu la tête.

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