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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Après l'affaire d'Etat, le coup d'Etat. Le magazine suisse L'HEBDO l'affirme, l'armée française a eu la peau de Jérôme Cahuzac. C'est parce que l'ex ministre voulait couper les ailes de l'armée française sur l'autel de la rigueur budgétaire, que la grande muette transformée pour l'occasion en grande faucheuse aurait donc fait chuter Jérôme Cahuzac. Voilà, le nouveau scénario du complot imaginé par la presse romande. Selon l'hebdomadaire, relayé par son confrère de LA TRIBUNE DE GENEVE, mais également les sites d'information en ligne SLATE et MEDIAPART, le ministre du budget s'apprêtait à proposer pour 2014 des coupes drastiques dans les dépenses militaires françaises.

Avant sa démission, Jérôme Cahuzac considérait en effet l'armée comme un poids lourd à alléger. Il envisageait ainsi de raboter dans son budget jusqu'à 1 milliard d'euros en 2014. Et d'autres milliards encore étaient prévus les années suivantes. Le tout aurait figuré dans la future loi de programmation militaire couvrant la période 2014 - 2019. Cette loi aurait fait passer les dépenses de l'armée de 1,5% du PIB à 1,1%. Un plus bas historique pour la France. Concrètement, la taille aurait signifié la suppression de 31 régiments dans l'Armée de terre, la vente du porte-avion Charles-de-Gaulle, l'annulation de commandes d'hélicoptères Tigres et de deux sous-marins nucléaires Barracuda, l'arrêt de la production des avions Rafale et des transporteurs Airbus A400M, ainsi que la suppression de quelque 51 000 postes. Des bases françaises à l'étranger auraient également été fermées et les budgets des renseignements intérieurs et extérieurs revus à la baisse. Autant de mesures, affirme L'HEBDO, qui auraient été jugées inacceptables de l'intérieur. Sans compter, qu'outre les coupes dans le budget de la Défense, Jérôme Cahuzac envisageait, aussi, de s'attaquer à l'industrie miliaire. En février dernier, déjà, il avait annoncé vouloir renforcer le mécanisme de contrôle et de contre-expertise dans les achats du Ministère de la Défense. Une démarche qui lui aurait mis à dos le puissant lobby militaro-industriel au chiffre d'affaires annuel de 15 milliards d'euros. En clair, si le plan de Jérôme Cahuzac se réalisait, l'armée risquait d'être la grande sacrifiée sur l'autel de la rigueur. Orce projet de loi, le ministre du budget l'aurait présenté à son homologue de la Défense, Jean Yves Le Drian, le 18 mars, autrement dit, la veille de l'ouverture d'une enquête judiciaire à son encontre le poussant à sa démission du gouvernement.

Comment l'armée aurait-elle pu faire couler ainsi Cahuzac ? Toujours selon l'hebdomadaire suisse, les services de renseignements français auraient tuyauté la justice. Actifs sur les questions de fraude fiscale, ils auraient bénéficié d'informations privilégiées sur le compte de Cahuzac, ce qui expliquerait, d'ailleurs, que les autorités de Genève, à qui la justice française a transmis une demande d'entraide, se soient étonnées de la précision des informations de celle-ci. Le magazine cite notamment à l’appui de sa thèse un scoop du journal LA CROIX, datant du 4 avril dernier et signé Antoine Peillon, spécialiste de l'évasion fiscale. Ce dernier, rappelle également ce matin le magazine SLATE, a déniché un rapport confidentiel, rédigé par des agents de la DCRI, la DCRI accusée donc par ses propres agents d’entraver le travail de la justice en ne livrant pas les informations dont elle dispose sur les fraudeurs, un rapport remis secrètement aux députés du groupe de travail parlementaire sur l’exil fiscal, le 16 février dernier. En clair, ces services se nourriraient des délits qu’ils ne souhaitent pas voir apparaître ou révéler à l’autorité judiciaire, pour ne pas amoindrir leur influence quand le besoin s’en fait sentir. Un certain nombre d'informations seraient ainsi gardées au chaud, plutôt que d'être livrées à la justice, afin de conserver une certaine influence sur les politiques en cas de besoin, écrit encore LA TRIBUNE DE GENEVE.

Info ou intox ? L'enquête de L'HEBDO cite deux sources : une source dite sécuritaire et puis un député UMP membre de la Commission de défense de l'Assemblée nationale, Christophe Guilloteau. La première source, anonyme, est celle qui établit un lien entre l'armée et la chute du ministre, avec cette phrase : "L'armée a eu sa peau. On ne s'attaque pas impunément à nous. Il voulait notre mort. Nous l'avons eu". Quant à la seconde source, le député UMP du Rhône, il juge simplement que la thèse d'un coup des services secrets contre le ministre tient la route.

En revanche, si le scénario du complot révélé ainsi par L'HEBDO est évidemment parfait, on notera toutefois qu'aucun élément de preuves n'est apporté à cette enquête, des preuves dont on sait bien écrit lui même le journaliste qu'elles sont difficiles à obtenir dans ce domaine. Reste que ce scénario n'en demeure pas moins crédible, estime pour sa part MEDIAPART. Et d'ajouter, s'il venait à se confirmer que des services de renseignement espionnent la classe politique et font chanter le gouvernement, avec la complicité ou dans le dos de leur ministre de tutelle, alors la position de Manuel Valls, plus encore sans doute que celle d’Yves Le Drian ou même de Pierre Moscovici deviendrait intenable, soit parce qu'il savait et dans ce cas, il était au courant non seulement de la présence d’un fraudeur fiscal au ministère du Budget, mais aussi d’un risque de déstabilisation de son gouvernement par ses propres services, soit parce qu’il ne savait pas, comme il le prétend d'ailleurs lui-même, ce qui signifie qu'il ignorait la nature des activités de ses propres services de renseignement, ce qui est un peu gênant pour le « premier flic de France ».

Quoi qu'il en soit, dans la foulée de la démission de Jérôme Cahuzac, précise à nouveau L'HEBDO, François Hollande a donc non seulement repoussé le débat sur la loi de programmation militaire à l'automne prochain, mais il a également nommé en lieu et place de Jérôme Cahuzac, Bernard Cazeneuve, l'ancien député maire de Cherbourg, importante base maritime et de production militaro-industrielle, mais également ex membre de la Commission de Défense.

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