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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

La photo aura au moins eu le mérite d’amuser bon nombre d’internautes marocains. Publiée sur le portail d’information YABILADI, on y voit des drapeaux ornant un rond point de Casablanca, juste en face du bâtiment officiel. 3 drapeaux marocains, un drapeau français et … un drapeau des Pays-Bas. Et on a beau vouloir tourner la tête dans tous les sens, pour tenter de reconnaitre le drapeau tricolore, pardon le drapeau français, rien n’y fait. Alors quoi ? Les poseurs de bannières ont-ils « bugué » lorsqu’on leur a dit qu’Hollande allait venir ? Ont-ils compris un représentant officiel de LA Hollande, le pays ? Ou se sont-ils tout simplement retrouvés à court de drapeaux français, obligés donc d’afficher les couleurs des Pays-Bas, en espérant que personne ne remarquerait pas la différence ? Mystère.

Et après tout peu tant pis pour le symbole légèrement chancelant, voire carrément de travers. Car après le scandale politico-financier de l'affaire Cahuzac et après l'affaire des investissements offshore de son ex-trésorier de campagne, François Hollande n'en était sans doute plus à une boulette près. Car pendant tout ce temps, le président français était donc au Maroc. Alors que vous dire de cette visite d'Etat de deux jours, interroge le site d'information LAKOME ? Qu'elle nous ennuyait, au double sens de lasser et embêter. Que nous allions encore nous entendre dire que le Maroc est sur le bon chemin, sous la conduite d'une monarchie visionnaire. Qu'on allait nous fourguer quelque contrat juteux pour les entreprises françaises et ruineux pour le Maroc, à l'image de ce véritable crime économique qu'est le TGV. Et ça allait vous tartiner de la prose verbeuse à n'en plus pouvoir. Editoriaux enflammés, analyses pharisiennes. Bref, la routine.

Et pourtant, on avait presque repris espoir, poursuit l'éditorialiste. On s'était même dit qu'après l'ignominieuse gestion de la révolution Tunisienne, qu'après que des centaines de milliers de marocains ont défilé pour demander plus de respect et de dignité, elles avaient compris ces élites françaises. Compris que Marrakech ce n'était pas que des Riads luxueux, les jardins de la Mamounia et un festival de cinéma. En clair, qu'elles finiraient d'avoir honte de jouer les idiots utiles. Et puis plus rien.

Hier, comme attendu, François Hollande a donc encensé les efforts accomplis par le Royaume, titre ce matin le site de JEUNE AFRIQUE. Un hommage à la volonté réformatrice du roi Mohammed VI a été rendu. Et le président français a minimisé les reproches faits au pouvoir marocain, en misant sur les vertus du temps. Pire, François Hollande s'est même autocensuré devant le Parlement marocain, reprend le site LAKOME. Le président français, dit-il, a tout simplement escamoté une phrase sur le respect des droits de l'homme au Maroc, pourtant contenue dans le texte original de son discours distribué peu avant aux journalistes, par les services de l'Elysée. Il s'est contenté de dire qu'il y avait au Maroc « des impatiences à apaiser et des inégalités à réduire », mais sans citer la suite « et des réformes à poursuivre dans le sens du respect des droits humains. » François Hollande ne l'a pas prononcé. Pourquoi ?

La réponse ce matin est peut-être à trouver dans cette lettre cinglante adressé à François Hollande par l’écrivain marocain Abdelhak Serhane et publiée sur le site DEMAIN ONLINE. La nature du régime marocain, dit-il, repose sur des conflits d’intérêts et le trafic d’influence au plus haut sommet de l’Etat. Les affaires scandaleuses ne manquent pas. Et des Français y sont mêlés de près. Notre roi des pauvres a fait un don d’un montant de 15 millions d’Euros au musée du Louvre, l’équivalent de près de 17 milliards de centimes. Une association de Blois a reçu de lui quelques millions d’euros pour achever la construction de sa mosquée. Ces sommes, partie visible de l’iceberg de la dilapidation des deniers publics, viennent des caisses d’un pays sous-développé, en proie à des difficultés économiques et à une gigantesque grogne sociale. Ces millions d’Euros ajoutés aux dépenses irrationnelles et annuelles du festival Mawazine de Rabat, pourraient servir à construire des logements, adaptés à une population qui vit la vie des cafards. Cet argent qui part en fumée, dans des opérations de markéting caricatural et vain, pourrait servir à édifier ou équiper les hôpitaux publics, d’où nos femmes enceintes sont expulsées pour accoucher seules comme la bête, dans un couloir de dispensaire ou dans la rue. Ces milliards gâchés pourraient servir à améliorer nos infrastructures, construire des entreprises et créer de l’emploi aux milliers de diplômés-chômeurs. Avec les 25 milliards de dirhams que votre projet insensé de TGV, ou plutôt celui de votre prédécesseur va engloutir, on aurait pu éradiquer nos bidonvilles, pour offrir un toit aux millions de démunis. Le pays a des défis à relever et des priorités : des cohortes de mendiants à nourrir, d’enfants à sauver de la rue, de familles à sortir de la précarité. Un long chemin social à parcourir avant d’arriver au TGV.

Au Maroc, poursuit l'écrivain, plusieurs voix s’élèvent pour dire que leur pays n’est pas le bordel des Français qui viennent exploiter la misère d’une population aux abois, prête à se vendre pour quelques Euros. La réalité du Maroc est faite de boue, de pauvreté, de larmes, de souffrance et c’est le quotidien du peuple. Chaque sou que vous acceptez de nos dirigeants, c’est un peu de la sueur du peuple marocain, de sa souffrance et de son sang que vous prenez.

Et la lettre de se conclure : la conscience de tout démocrate est chagrinée par ces déclarations tonitruantes, qui font de vous tous, les complices d’un régime qui se maintient uniquement par sa tyrannie. N’oubliez pas que les Marocains eux aussi sont descendus dans la rue contre l’arbitraire et ils redescendront demain pour arracher leur droit à une vie digne.

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