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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Il y a quelques jours, le quotidien britannique THE GUARDIAN, analysait les données de la météo anglaise de ces 45 dernières années, en les croisant avec les périodes de règne des différents premiers ministres. Résultat, selon le journal de Londres, l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher a entraîné une hausse de la pluie dans le Royaume, tandis que sous Gordon Brown et David Cameroun les températures ont chuté, comparativement aux années Blair. Et en France, me direz-vous ? Et bien le site BIG BROWSER se fait l’écho ce matin d’un blog, qui a repris peu ou prou la même méthodologie que le journal britannique : Conclusion, si Nicolas Sarkozy était le président de la sécheresse, en revanche, François Hollande, lui, apparaît d’ores et déjà comme un président pluvieux, avec 22 % de précipitations.

Dès-lors, faut-il s'étonner que la tempête Cahuzac, qui secouait depuis plusieurs mois déjà la présidence française se soit transformée hier en véritable ouragan ? Un coup de tonnerre, écrit ce matin LE COURRIER de Genève, pire, un tsunami qui a laissé le monde médiatique et politique sous le choc. Qu’un ex-responsable aussi élevé dans la hiérarchie gouvernementale avoue avoir menti aussi longuement et aussi effrontément, c’est tout simplement du jamais vu.

Ce matin, la plupart des journaux ont donc choisi de filer la métaphore de la catastrophe naturelle. Avec une légère préférence pour le séisme. Il faut dire que l'onde de choc, ainsi que la décrit THE INDEPENDENT, risque fort de laisser la majorité KO. Et pourtant, le boxeur était déjà sorti du ring, après sa démission du gouvernement, mais aujourd'hui, c’est donc le choc à la tête de l’Etat, prévient LE TEMPS en Suisse, car la stratégie de la négation en bloc de l'ancien ministre, y compris devant le président de la République lui-même, a fini par exploser en vol.

Après quatre mois de déni, Jérôme Cahuzac, le pourfendeur de la fraude fiscale a donc admis hier détenir un compte bancaire à l’étranger, dont il est le bénéficiaire depuis une vingtaine d’années et sur lequel pas moins de 600 000 euros ont été déposé. D'où sa mise en examen immédiate, non pas pour fraude fiscale d'ailleurs, mais blanchiment de fraude fiscale, précise de son côté le site d'information en ligne SLATE. Autrement dit, si tous les détails du dossier ne sont pas connus et notamment si l'on ignore encore l’origine des fonds présents sur le compte frauduleux, des indices suggèrent que ces fonds-mêmes sont irréguliers.

A la tête de l’Etat, la stupéfaction le dispute à la consternation. Car comme le rappelle ce matin LA TRIBUNE DE GENEVE, depuis décembre 2012, le ministre du Budget avait multiplié les dénégations sur tous les tons, devant tous les micros et dans toutes les instances, y compris à l’Elysée. Le 4 décembre, le jour même où le site d'information Mediapart affirme pour la première fois que le ministre du Budget a détenu un compte présumé occulte en Suisse jusqu'en 2010, ce jour là donc, dans le train qui le ramène de Lens, où il vient d'inaugurer une antenne du Musée du Louvre, François Hollande reçoit un appel du ministre l'informant que cette affaire va sortir. Interrogé par le président sur la véracité de cette information, l'intéressé nie alors formellement une première fois. Le week-end suivant, cette fois-ci à l'Elysée même, le président pose une nouvelle fois la question les yeux dans les yeux à Jérôme Cahuzac qui lui répète que c'est faux, comme il le fera un peu plus tard devant l'Assemblée nationale et lors de nombreux apartés en marge des Conseils des ministres ou de réunions. Pendant quatre mois, l’ancien ministre jouera ainsi l’innocence odieusement outragée.

Et pourtant, poursuit l'article, s’il avait avoué d’emblée, l’affaire Cahuzac serait probablement aujourd’hui reléguée dans l’oubli, là où stagnent bien d’autres dossiers politico-financiers. L’abcès aurait été vidé tout de suite, permettant au président Hollande et à son gouvernement de ne pas être éclaboussés. Mais en jouant sa comédie pendant si longtemps, Cahuzac a tiré contre son propre camp. A présent, le président Hollande est évidemment ridiculisé pour avoir accordé autant de crédit au mensonge destructeur de celui qui était l’une des pièces majeures de son jeu. Car d’un chef d’Etat, on attend une perspicacité et une lucidité nettement au-dessus de la moyenne. Or aujourd’hui, de quoi à l’air François Hollande, après avoir été roulé dans la farine par son ancien responsable du fisc?

Même analyse pour son confrère germanique DIE WELT, Cahuzac couvre aujourd'hui de honte François Hollande. Pour le gouvernement socialiste qui voulait donner l’exemple d’un gouvernement irréprochable, l’affaire Cahuzac est la plus grosse débâcle qui puisse entacher sa crédibilité.

Car si le chef de file socialiste a remporté l'élection, c'est aussi grâce à la volonté de faire le ménage qu'on lui prêtait après l'ère Sarkozy, l'ami des puissants et notamment des patrons, rappelle de son côté IL FATTO QUOTIDIANO.

Bien entendu, à droite, l'opposition n'a pas tardé à dénoncer la faillite morale de la gauche, exigeant même dans la foulée des explications de François Hollande, qu’ils soupçonnent d’avoir couvert le pot aux roses. Sauf qu'elle même empêtrée dans ses divisions, entravée par les dossiers judiciaires qui tournent autour de Nicolas Sarkozy, son «homme providentiel», l’UMP ne profitera sans doute guère de cet affaiblissement au plus niveau de l’exécutif socialiste, nuance aussitôt LA TRIBUNE DE GENEVE. En revanche, écrit le journal, Marine Le Pen et son Front national tireront certainement bénéfice de cette aubaine, et ce dès les élections municipales de 2014. Et de conclure, la patronne frontiste n’a même pas besoin d’en faire trop, puisque les deux grands partis de gouvernement se chargent eux même de lui faciliter la tâche.

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