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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

En ce lundi 1er avril, quel meilleur pays que la Corée du Nord, pour célébrer le jour donc où tous les canulars sont permis. Toute la semaine dernière, déjà, le régime de Pyongyang s'en est donné à cœur joie. A commencer mardi dernier, avec la photographie d'un exercice de débarquement militaire en Corée du Nord, diffusée par l'agence officielle du régime communiste, une image assez finement retouchée pour que l'Agence France Presse ne se rende pas compte immédiatement de la supercherie. On y voit notamment huit aéroglisseurs débarquer sur une côte enneigée, non identifiée, de la République populaire. Le message, bien entendu est on ne peut plus clair : des forces massives sont actuellement sur le pied de guerre. Sauf que sur l'image, il apparait assez rapidement que six des embarcations de transports de troupe semblent étrangement identiques. L'apparence du bateau, le nuage d'écume qui s'en dégage : tout apparaît dupliqué. En clair, un aéroglisseur a été copié collé, numériquement, en plusieurs exemplaires. Aussitôt la supercherie mise à jour, l'AFP alerte ses clients et retire la photographie de sa banque d'images.

Mais vendredi dernier, rebelote, les médias nord-coréens décident alors de publier une nouvelle photo sur laquelle apparaît cette fois-ci Kim Jong Un, en personne, en pleine discussion avec des responsable militaires, avec au fond, accroché sur le mur une carte montrant clairement des plans pour attaquer le sol américain, ainsi que des détails sur les forces de Pyongyang. On y comprend que des bases militaires de la Corée du nord ont été placées en état d'alerte. Selon l'agence de presse officielle, on apprend également que le dirigeant nord-coréen aurait déclaré au cours de la dite réunion qu’il «jugeait que le temps était venu de régler ses comptes avec les impérialistes américains au vu de la situation actuelle». Et de fait, vendredi, le petit dictateur donne l’ordre à son armée de se tenir prête à des frappes de missiles sur le sol des Etats-Unis et contre des bases dans le Pacifique et en Corée du Sud.

D'où le dessin, d'ailleurs, publié ce week-end dans le journal d’Ottawa CITIZENS, sur lequel on peut voir un gros lapin blanc, déguisé en centurion, faisant face un couple de retraités américains en train de lire la petite carte accompagnant la surprise aux grandes oreilles, et sur laquelle est inscrit ceci : 'Joyeuses Pâques', signé, Corée du Nord.

Finalement l'attaque n'a pas eu lieu. Et bien évidemment, peut-on lire ce matin en une du HERALD TRIBUNE, aucun expert ne croit sérieusement au scénario de la guerre nucléaire totale vendu par Pyongyang. Ne serait-ce parce qu'à moins d'un bouleversement miraculeux des forces stratégiques nord-coréennes, les missiles de la péninsule ne sont pas aujourd’hui en capacité technique d’atteindre les côtes américaines. Sans compter, précise toujours le journal américain, qu’aucun pays sur le point de lancer une vaste offensive ne serait a priori assez stupide pour publier lui même les photos de son plan de bataille. Dans ce scénario à multiples rebondissements, il convient donc de bien séparer l'imaginaire de la réalité préviennent encore les correspondants du journal américain à Séoul. Et d’ajouter, à ce titre, les menaces farfelues de Kim sont sans doute moins préoccupantes que tout le reste, c'est-à-dire tout ce sur quoi la Corée du Nord se garde bien de faire aujourd’hui de la publicité.

Même analyse pour son confrère du site d'information en ligne SLATE. Si la Corée du Nord était un pays normal, voire seulement une dictature normale, les éructations proférées par son ridicule leader n’auraient sans doute rien de bien inquiétant. Sauf que par son fonctionnement même, la Corée du Nord n’est pas, justement, un pays normal. Autrement dit, le plus alarmant, ce ne sont pas les diverses menaces de Kim Jong-un, lesquels, après tout, font partie de la phraséologie habituelle de la dynastie des Kim. Ce n’est pas non plus la mobilisation de l’armée, ou le fait qu’il a ordonné à son peuple de se tenir prêt à des évacuations. Tout ceci fait partie intégrante des habitudes dictatoriales. Non, ce qui donne des sueurs froides à de nombreux observateurs, c’est la conjonction de ces phénomènes, ajoutée au fait que Kim Jong-un, âgé d'une trentaine d'années et au pouvoir depuis moins d’un an, demeure, pour l'essentiel, un inconnu.

Et d'ailleurs, il n'est pas question pour les Etats-Unis de traiter l'attitude provocante de la Corée du Nord comme de la pure fanfaronnade. Jeudi dernier, le Pentagone a envoyé des bombardiers lourds furtifs B-2 pour un vol d'entraînement au-dessus de la péninsule coréenne. Et hier encore, des chasseurs furtifs F-22 cette fois-ci sont venus compléter le dispositif. Or à l'exception, bien évidemment, de l'arme nucléaire, analyse LE TEMPS de Genève, ces bombardiers furtifs sont le symbole le plus spectaculaire de la suprématie militaire américaine. Leurs performances, vitesse, puissance de feu, invisibilité, exercent la fascination et provoquent la crainte. Et c’est d'ailleurs leur fonction première : impressionner, à défaut d’être véritablement adaptés à l’évolution des conflits. La sortie de ces avions, dont les mouvements et pour cause font habituellement l’objet du plus grand secret, est donc porteur d’un message : En quelques heures, les Etats-Unis sont capables d’anéantir l’appareil militaire de leur ennemi.

D'où l'avertissement lancé ce matin par le journal. Dans un contexte aussi tendu, le jeu médiatique auquel se livrent Pyongyang et Washington, alimenté par toutes ces mises en scène au message pour le moins équivoque, n’est pas sans danger. L’état des communications entre la Corée du Nord et les Etats-Unis est tel, c’est-à-dire nul, que toute fausse interprétation d’un mouvement de l’adversaire peut conduire à une situation incontrôlée. Et de conclure, combien de guerres ont démarré, par l’incompréhension des gesticulations de l’adversaire ?

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