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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Depuis près de trois ans maintenant, un site internet jugé vulgaire par le parti conservateur britannique, tenait ses visiteurs informés de la vie de l’ex premier ministre. Et jusqu’à hier matin, la page web : "Is Thatcher dead yet", "Est-ce que Thatcher est déjà morte", affichait en gros caractères : "Pas encore". Mais depuis l'annonce du décès, le site s'est paré d'un triomphal "Yes", "Oui", avec en guise d'épitaphe : "This Lady’s not returning". Cette lady ne reviendra pas. Allusion, bien évidemment, à la célèbre citation de l’ex premier ministre : "La Dame ne fait jamais demi-tour".

Alors depuis hier, le décès de la "Dame de fer" fait la Une de tous les sites d'information britanniques, et quelle que soit leur tendance politique, tous s'accordent sur le tournant majeur qu'a représenté Thatcher dans la politique et l'économie du pays. C'est ainsi, notamment, que THE GUARDIAN, quotidien pourtant de centre gauche, n'hésite pas à parler de phénomène politique. Et de rappeler, pêle-mêle, qu’elle fut la première femme élue à la tête d'une grande puissance occidentale, mais aussi le Premier ministre au mandat le plus long depuis 150 ans et enfin la figure la plus influente et controversée de la politique britannique durant la seconde partie du 20ème siècle. Sans compter, écrit toujours THE GUARDIAN, qu'au-delà de l'empreinte laissée au Royaume-Uni, Margaret Thatcher était aussi bien une star aux Etats-Unis, qu'une héroïne dans les anciennes républiques soviétiques et une référence pour de nombreux politiciens français, allemands, italiens et espagnols.

Elle a redonné au Royaume-Uni le respect du monde, juge même DAILY MAIL, le très conservateur journal britannique qui consacre, lui aussi, toute sa Une à la mère, l'épouse, la femme d’Etat et la légende.

Mais plus encore, renchérit THE TIMES, ce Premier ministre indomptable, à la foi indéfectible en la libre entreprise a transformé le paysage politique et social. Son confrère du TELEGRAPH retient ainsi de l'ère Thatcher une décennie de maîtrise politique quasiment incontestée. La Baronne était une championne de la liberté écrit encore le journal conservateur, une dirigeante remarquable, le seul Premier ministre britannique, dit-il, à avoir laissé derrière elle un ensemble d'idées sur le rôle de l'Etat que les autres dirigeants tentent à présent d'appliquer.

Même analyse pour THE INDEPENDENT, peu de Premiers ministres, écrit le journal, subsistent dans l'esprit des gens, longtemps après avoir quitté leurs fonctions. Et Margaret Thatcher en fait partie. Le quotidien qui souligne qu'encore plus rares sont les chefs de gouvernement ayant donné leur nom à une idéologie politique. Or à ce jour, le ‘Thatcherisme’ est utilisé dans le monde entier, pour qualifier une approche débrouillarde, brutale et dénuée de sentiments. Avec elle, l'indifférence n'était pas une option. Et THE INDEPENDENT de conclure : La "Dame de fer était à la fois "une héroïne pour beaucoup et une figure honnie pour d'autres.

Elle était à la fois le démon et l'inspiration, la diva qui dictait l'interprétation du rôle, résume pour sa part THE GUARDIAN. Après les années Thatcher, les idéaux d'effort collectif, de plein emploi et d'économie planifiée ont été discrédités dans l'imaginaire populaire, estime l'éditorialiste, qui ajoute que ces idéaux ont été remplacés par la politique du Moi' et du 'Mien, la dérégulation des marchés et la privatisation des biens de l'Etat.

THE FINANCIAL TIMES résume à son tour les contradictions qui étaient la marque de La Dame de Fer : les contreparties de son courage, de sa droiture et de sa radicalité, écrit le journal économique, étaient l'arrogance, l'obstination et une distance qui se sont accrues au fil de ses mandats. Même le DAILY TELEGRAPH, tout en saluant l'héritage économique de Margaret Thatcher, concède toutefois que les effets du phénomène Thatcher sur la société britannique ont été plus discutables : à tort ou à raison, les années 1980 peuvent être considérées comme une période de fracture sociale dont nous percevons encore les conséquences aujourd'hui.

Seul tabloïd classé à gauche, THE MIRROR prévient pour sa part ce matin que l’enquête sur la vie et l'influence de Margaret Thatcher va désormais commencer. Vaste programme, précise aussitôt le journal. Quant à son confrère du SUN, il préfère, lui, relever que La Dame de Fer est morte dans son lit au Ritz, un hôtel de luxe 5 étoiles. C'est là en effet que depuis trois mois, précise THE INDEPENDENT que l'ex premier ministre vivait recluse dans sa suite, égarée dans les brumes de l’oubli de la maladie d’Alzheimer.

Alors sur les réseaux sociaux, là encore, la mort de Margaret Thatcher a déclenché des réactions contrastées. Des commentaires réjouis ont même circulé sur Twitter, tandis que d'autres s'indignaient de voir s'exprimer de tels sentiments. Le parlementaire travailliste George Galloway lui a notamment souhaité je cite, de "brûler dans les flammes de l'enfer". Et puis l'ex chanteur des Smiths, Morrissey, qui a toujours exprimé des vues hostiles à l'ancien premier ministre, on se souvient notamment de sa célèbre chanson "Margaret on the guillotine" a donc réitéré hier ses critiques en qualifiant Thatcher de "barbare", "sans un atome d'humanité".

Enfin, preuve que l'humour britannique, lui en revanche, n'est pas mort, je concluerai ce matin avec cet étonnant lapsus de la BBC sur Twitter hier : Au lieu de "Thatcher dies following a stroke", Thatcher est morte des suites d'une attaque, la BBC a twitter : "Thatcher dies following a strike", "Thatcher a été victime d’une grève.

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