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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

4 min

Par Thomas CLUZEL

Les seuls nombres ne suffisent probablement pas à donner la mesure de la destruction qui afflige aujourd'hui la société syrienne. Reste qu'avec 6000 morts, recensés pour le seul mois de mars, l'Observatoire syrien des droits de l'homme basé à Londres a dévoilé hier un bilan qui dépasse à lui seul tous les commentaires. 6000 morts dont un tiers de civils. Le mois de mars en Syrie, peut-on lire ce matin en une du LOS ANGELES TIMES a été le plus sanglant en deux années de conflit. Depuis que la révolte réprimée dans le sang s'est transformée en conflit armé, l'ONG, opposée au régime de Bachar al Assad et s'appuyant sur un réseau d'informateurs locaux dénombre méthodiquement les victimes dans les deux camps. Au moins 6 000 personnes ont donc péri au mois de mars. Parmi elles, plus de 2000 sont des civils, dont près de 300 enfants de moins de 16 ans et autant de femmes. Au total, l'ONG dit avoir recensé à ce jour 62.554 morts confirmées. Mais nous savons que le bilan est beaucoup plus élevé, précise aussitôt le président de l'organisation avant d'ajouter : Nous estimons qu'il tourne en fait autour de 120.000 morts.

Depuis le début de cette année, précise pour sa part le site de la BBC, il y a eu davantage de morts en Syrie que durant toute l'année 2012. Et combien encore de femmes violées et d’enfants ­retenus dans les postes de police ? On ignore de même le nombre de morts, parmi les dizaines de milliers d'individus jetés en prison par les forces loyalistes. Pas plus qu'on ne connaît celui des soldats tués, après avoir été capturés par les rebelles. A cela, s’ajoutent d’innombrables destructions de biens, de logements, de commerces, d’ateliers d’artisans et de champs agricoles. Un nombre de personnes impossible à chiffrer a perdu ses moyens de subsistance. En permanence, on voit des mères avec leurs enfants qui mendient dans la rue. Et l’on parle de plus en plus de la prostitution qui se répand, certaines femmes y étant réduites afin de nourrir leurs familles. D'où le titre de cet article, paru il y a quelques temps dans le quotidien panarabe Al HAYAT et malheureusement toujours tristement d'actualité : La destruction de l’être humain. L’acharnement du régime contre son peuple, écrit le journal a dépouillé les Syriens de leur humanité et du sentiment d’appartenance à un même pays. Alors bien sûr, du côté du régime, aussi, il y a des victimes. Elles comptent même probablement pour plus d’un tiers du total. Mais la destruction de leur environnement matériel et social est très limitée. C’est donc aux foyers de la révolution, que le régime réserve ses méthodes les plus brutales, mélange particulier d’archaïsme à la fois technique et moral. Cet archaïsme est notamment résumé par un soldat, dans un hélicoptère volant au-dessus d’une zone d’habitations. Il se sert de sa cigarette pour allumer la mèche d’un tonneau bourré d’explosifs, qu’il va pousser avec son pied par-dessus bord.

C’est à cette barbarie-là, poursuit l'article, que les milieux pro-régime, eux, ont échappé. Le pouvoir ne leur jette pas de tonneaux d’explosifs, ne viole pas leurs femmes, ne retient pas leurs enfants aux postes de police, ne tue pas leurs médecins, ne spolie pas leurs biens, n’assassine pas leurs jeunes d’une balle dans la tête avant de les jeter dans une rivière ou de brûler leurs corps pour les faire disparaître. Il ne détruit pas leurs villes, leur villages, leurs quartiers. Or cela, loin de diminuer la culpabilité du régime, l’aggrave. Car ce faisant, le pouvoir a divisé les Syriens et les a montés les uns contre les autres, tout en les dépouillant de leur humanité et de leur sens d’appartenance à une patrie commune. Le régime a détruit la société toute entière. Et voilà pourquoi, conclue l'article, le mal va bien au-delà des dizaines de milliers de personnes qui ont été tuées et des villes et villages entiers qui ont été détruits. Tout cela aboutit à mettre totalement à nu la société syrienne et à en révéler une destruction dépassant toutes les bornes.

Dans un reportage diffusé la semaine dernière par la chaîne de télévision britannique CHANNEL 4, un petit garçon, âgé tout au plus d'une douzaine d'années, passe ses jours et ses nuits dans une clinique médicale. Ici à Alep, les combattants sont soignés par des enfants. Au début, dit-il, quand je voyais du sang, des frissons me parcouraient sur tout le corps. A présent, les marres de sang ne me font plus peur.

Hier à Alep, justement, deuxième ville du pays secouée par les combats entre les rebelles et l'armée depuis neuf mois, les combats faisaient rage pour la quatrième journée consécutive, précise de son côté le journal libanais L'ORIENT LE JOUR. Dans la province de Damas, au moins huit civils, dont des enfants, ont été tués dans un bombardement. Enfin dimanche, dans la région de Homs, près de la frontière Nord avec le Liban, l'une des premières villes à se révolter contre le régime, 11 personnes, dont huit femmes ont été sommairement exécutés, un massacre dont le régime et les rebelles s'accusent à présent mutuellement. Pour la seule journée de dimanche, 181 personnes ont péri dans les violences à travers le pays, dont 57 rebelles, 57 soldats et 67 civils.

Ce matin, une phrase barre la Une du journal LIBERATION. Il n'y est pas question de la Syrie, mais de la sortie du dernier recueil de poèmes surprise signé du Goncourt 2010, Michel Houellebecq. Il est écrit ceci : Le monde n'est plus digne de la poésie.

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