LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

C’était le 14 décembre dernier. Adam Lanza, le doigt sur la gâchette, arpentait les couloirs et les salles de classe d’une école élémentaire à Newton, dans le Connecticut. C’était le moment où l’horreur poussait l’Amérique à dire : ça suffit ! Et alors que la plaie était encore à vif, c’était aussi le temps où le président Obama, lui-même, parlait pour le pays tout entier : Les armes de guerre, disait-il, n’ont pas leur place dans nos rues ni nos écoles. Alors à l’époque déjà, précise le NEW YORK DAILY NEWS, cité par le courrier international, les sceptiques faisaient remarquer qu’après les massacres précédents, tous les responsables politiques avaient juré d’agir. Et puis, l’ardeur à légiférer s’était peu à peu estompée, en même temps que l’émotion et le pays n’avait plus qu’à attendre le prochain bain de sang. Et pourtant, le 14 décembre dernier, une telle abdication semblait impossible. Le président avait mis son prestige en jeu sur la réforme. Et le vice-président allait convaincre le Congrès. Les sondages, eux même, montraient que l’opinion était favorable à un meilleur contrôle des armes : 55 % des Américains déclaraient alors soutenir l’interdiction des armes semi-automatiques.

Mais qu’importe les sondages, poursuit le journal, puisque la Chambre des représentants, à majorité républicaine, est paralysée. Les démocrates disposent de 55 voix au Sénat. Or il en faut 60 pour faire avancer une réforme significative. Le sénateur Harry Reid, chef de file de la majorité démocrate, se déclarant incapable de trouver les 5 petites voix républicaines manquantes avait alors décidé de séparer l’interdiction des armes semi-automatiques du reste du projet de loi et de la présenter indépendamment au vote sous la forme d’un amendement qui sera finalement rejeté. Et c’est ainsi, écrit toujours le journal de New York, que le Congrès a donc une fois de plus capitulé de façon abjecte, trahissant à la fois, les morts et les vivants.

Et maintenant, interroge l’éditorialiste ? Les sénateurs vont-ils également laisser tomber la réforme sur les fusils d’assaut ainsi que le durcissement du contrôle des antécédents de tous les acheteurs d’armes à feu ? Un peu moins de quatre mois après la fusillade meurtrière de Newtown, l’échec d’un contrôle plus strict des armes semble en effet quasi inexorable. D’où ce cri de colère lancé à la une du NEW YORK DAILY NEWS. Nos législateurs n’ont-ils aucun courage ? Honte à nous et honte au chef de file de la majorité démocrate au Sénat, lequel a pourtant vu, lui aussi, les photographies des 20 petits innocents massacrés. Comment ne peut-il pas ressentir la brûlure de ces vingt paires d’yeux braqués sur lui, l’accusant d’avoir trahi ses promesses ? Et de conclure, les familles de Newton et les victimes à venir ne peuvent qu’espérer qu’Obama jouera ce rôle, le rôle qu’il avait promis. Il a le devoir de le faire.

Hier, justement, précise le WASHINGTON POST, Barack Obama a renouvelé son appel à un renforcement des réglementations sur les armes à feu. A Denver, non loin des lieux d'une autre tuerie récente, celle d'Aurora, qui avait fait 12 morts dans un cinéma en juillet dernier, le chef de la maison blanche a demandé aux Américains de se joindre à lui "pour appeler le Congrès à adopter des mesures de bon sens. Et le président a semble-t-il été en partie entendu puisqu'après plusieurs heures de débat, le Connecticut, théâtre de la tragédie de Newtown, a voté hier le renforcement de ses lois sur les armes à feu, devenant ainsi écrit USA TODAY l'Etat américain le plus strict en la matière.

Une bonne nouvelle donc, a priori. A ceci près, nuance le correspondant à New York du TEMPS de Genève, que si Barack Obama a du réitérer hier la nécessité de durcir le ton, pour ne pas oublier la tragédie de Newtown, c'est bien parce que l’Amérique ne semble pas prête à changer sa culture des armes. Illustration, mardi dernier à Washington, où la NRA, le puissant lobby des armes a présenté un rapport de 225 pages, conseillant d’armer les écoles. Il faut armer des gardiens, des employés d’école ou des enseignants. C'est ainsi, par exemple, qu'en 1997, dans le Mississippi, un vice-directeur d’école s’était emparé rapidement d’une arme pour abattre un tueur. Un exemple à suivre.

Dans un éditorial faisant la part belle à la dérision, le WASHINGTON POST suggère que les écoliers reçoivent une arme en début de journée et la rendent le soir. Après tout c'est vrai, avec autant d’armes dans une classe, qui oserait s’en prendre à une telle école, ironise l'éditorialiste. Reste que le Dakota du Sud, lui, n’a cure de la dérision, puisqu'il a déjà approuvé une loi autorisant à armer les enseignants. Et aujourd'hui, l’Indiana est tenté à son tour d’en faire de même.

Ainsi, après quatre mois de campagne, la Maison-Blanche est contrainte de dresser un triste constat : l’offensive qu’elle a menée pour changer la culture des armes aux Etats-Unis est sur le point d’échouer, sapée par un Congrès obtus et des démocrates fuyants. Et pourtant, le rapport d’American Progress publié hier est on ne peut plus clair. Les Etats ayant la législation la plus faible en la matière sont ceux qui enregistrent le plus de violence par les armes à feu.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......