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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Chypre n’est pas le seul Etat insulaire à dérouler le tapis rouge aux richesses russes. Depuis l'effondrement de l'Union soviétique, Londres a également accueilli à bras ouverts les expatriés russes, les invitant à blanchir leur argent et leur réputation, tout en profitant de la belle vie et d'une fiscalité avantageuse. Au début des années 90, la Grande Bretagne est même devenue une deuxième patrie pour cette nouvelle élite planétaire. Mais à quel prix ? s'interroge le quotidien britannique THE GUARDIAN cité ce matin par le courrier international.

D’un point de vue strictement juridique et fiscal, les oligarques ont en quelque sorte répondu à un appel d'offres, que l’on pourrait résumer simplement par ces mots : la Grande-Bretagne a davantage à offrir que d'autres pays concurrents. Car c’est vrai, à l’exception peut-être du climat, que n'aimerait-on pas ici, interroge ironique l’éditorialiste ? Un véritable secteur a été créé pour répondre aux besoins des oligarques. D'anciens ministres les représentent à la Chambre des Lords d'anciens attachés de presse s'occupent de leurs relations publiques les avocats font la queue pour les défendre, utilisant les lois anti-diffamation, affreusement strictes, pour intenter des procès à la première alerte. Des conseillers financiers font en sorte que les oligarques paient le moins possible sur leurs revenus, leur épargne et même leurs impôts locaux. Et c’est ainsi que les pensionnats privés voient arriver avec joie leurs enfants, et leurs gros chèques. Une économie parallèle de boutiques de luxe, de jets privés, de vedettes et de gardes du corps leur est spécialement destinée. Enfin le haut de gamme d'un marché immobilier faussé, à Londres comme dans le sud-est de l'Angleterre, leur est également réservé.

Et, last but not least, les services rendus aux super riches sont toujours légaux, sauf, bien évidemment, le travail des tueurs à gages. Car si Londres est à coup sûr un terrain de jeu pour nababs russes, il arrive aussi, parfois, que les choses tournent mal. A ce titre, le meurtre d'Alexandre Litvinenko dans la capitale fut probablement l'épisode le plus effronté. Quant à la découverte, samedi dernier, du cadavre de Boris Berezovsky dans sa propriété bien gardé, elle a certes éveillé davantage de soupçons. Etait-ce, comme on l'a d'abord conjecturé, le suicide d'un homme qui avait perdu une bonne partie de sa fortune en s'attaquant à ses ennemis ? Ou était-ce quelque chose de plus sinistre ? Au fond peu importe, car l’amitié russo-britannique, elle, est toujours à l’ordre du jour. Le maître mot aujourd'hui, écrit toujours le journal de Londres, c'est l'amélioration des relations commerciales. Et il ne faudrait pas laisser des meurtres et autres détails insignifiants se mettre en travers. Car après tout, si ce n'est pas nous qui le faisons, d'autres prendront notre place et emporteront le marché. Et le GUARDIAN de conclure, peut-être voulons-nous effectivement suivre l'exemple de Chypre et essayer de plaire à tout le monde. Mais il serait bon toutefois d'en avertir l'opinion.

Pour l'instant, lorsqu'il s'agit d'exacerber la crainte, aux yeux de l'opinion, que les immigrés ont droit à une part injuste d'un gâteau dont la taille diminue, il est rarement fait allusion aux oligarques russes, mais plutôt aux ressortissants des pays d’Europe centrale membres de l’Union Européenne. Cette semaine, l’équipe au pouvoir, consciente que la récession et les coupes budgétaires importantes dans les programmes sociaux ont exacerbé la xénophobie, a choisi de durcir les conditions d’octroi des droits sociaux, logement, santé et chômage, aux immigrés de l'Union Européenne. David Cameron a notamment promis de nouveaux contrôles sur l'accès des immigrés au système de santé, précise THE TELEGRAPGH. Le premier ministre souhaite également que l'allocation chômage perçue par les immigrés s'arrête au bout de six mois s'il n'y a aucune perspective d'emploi et si la maîtrise de l'anglais n'est pas acquise. Enfin il a aussi promis un nouveau statut pour l'allocation des logements sociaux, qui selon lui donnerait la priorité aux personnes locales.

Annoncées lundi, ces nouvelles mesures, précise de son côté LE TEMPS de Genève, vise en réalité non seulement à répondre aux inquiétudes des Tories, après la percée spectaculaire du Parti de l'Indépendance lors des élections partielles, mais aussi à calmer les appréhensions du public, devant une potentielle arrivée massive de Roumains et de Bulgares, après la levée des restrictions à la libre circulation des travailleurs de ces deux nations le 1er janvier prochain. Il faut dire que la concurrence est rude aujourd'hui entre jeunes autochtones et immigrés de l’Est pour les emplois non qualifiés qui ne sont pas légion. Et d'ailleurs, la montée des agressions racistes et les grèves contre l’emploi de travailleurs étrangers sont là pour en témoigner.

«Nous voulons des gens qui s’intéressent à ce qu’ils peuvent donner au Royaume-Uni», a encore déclaré le premier ministre. Et peu importe donc si certaines de ces nouvelles dispositions, de par leur caractère discriminatoire, violent le droit à la fois communautaire et national.

Nos dirigeants, précise à nouveau THE GUARDIAN, feraient mieux de parler des bénéfices de l'immigration, plutôt que de diaboliser les migrants ou leur impact économique. A moins, conclue ce matin son confrère de Londres THE INDEPENDENT, que notre premier ministre, après les réactions mitigées à son discours sur l'immigration, ne soit heureux d'apprendre qu'un homme politique français de premier plan l'a couvert d'éloges, Louis Aliot, le vice président du parti français d'extrême droite dirigé par Madame Le Pen. Et cela, le premier ministre britannique va-t-il aussi l'inscrire dans son nouveau programme ?

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