LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

En Algérie, un autre monde est-il possible ? La réponse apportée à la Une du quotidien LIBERTE est catégorique : Décidément, non. C'est en tous les cas, ce que semblent vouloir dire les autorités, lesquelles ont tout simplement interdit aux militants du mouvement social algérien de se rendre en Tunisie voisine, épicentre de la première révolution du Printemps arabe, où ils souhaitaient prendre part au Forum social mondial. Les bus transportant ces militants ont tous été bloqués à la frontière, côté algérien et invités à rebrousser chemin. Manifestement, écrit le journaliste, il y aurait eu une instruction très ferme venue d'en haut, interdisant le passage des participants au Forum Social Mondial. Alors le pouvoir algérien éprouve-t-il une peur panique, face au risque d'une possible contagion démocratique, à la suite des derniers développements dans la région ?

D'où ce titre, à lire dans les colonnes du TEMPS d'Algérie : après l'apaisement, le bouillonnement. Un bouillonnement qui fait craindre une explosion sociale, renchérit son confrère du portail MAGHAREBIA, cité par le courrier international. En clair, l'interdiction faite à des centaines de militants de se rendre au Forum Social Mondial témoignerait aujourd'hui de la fébrilité du pouvoir algérien, face au risque d'une exportation, voire d'une internationalisation de la mobilisation citoyenne autour du mouvement des chômeurs.

Voilà plusieurs jours, en effet, que les manifestations et sit-in se multiplient dans les villes du sud-est algérien pour réclamer du travail. Après la "Marche de la dignité" organisée le 14 mars à Ouargla, des milliers de manifestants ont envahi la Place de la Résistance à Laghouat samedi dernier et d'autres rassemblements encore sont prévus la semaine prochaine.

Car le marasme est réel, l’ébullition est à son comble et les réponses du pouvoir sont loin de satisfaire les attentes, précise de son côté EL WATAN. Le gouvernement a déjà du sable dans les yeux et semble tâtonner pour retrouver ses repères dans cette grande colère due au mal-être ambiant. Les Algériens, tous les Algériens sont aujourd'hui rattrapés par une réalité que le régime semble feindre de ne pas voir ou qu’il tente de calmer avec des pilules indigestes. La colère qui émane des populations du Sud et de l’Ouest provoquée par le chômage, est la même que celle exprimée par celles de l’Est provoquée par le sentiment d’insécurité. Le ras-le-bol est le même, écrit toujours le journal et s’exprime par le rejet d’une politique, dont le seul responsable est un pouvoir incapable de penser à autre chose qu’à sa survie.

En avril dernier, le président Bouteflika avait annoncé la décision d’ouvrir les caisses de l’Agence de soutien à l'emploi des jeunes, pour acheter la paix sociale, faute d’une stratégie réelle de création d’emplois. Sauf que personne n'est dupe. L’Etat se comporte comme une grosse caisse d’argent, dans laquelle on puise des billets pour passer les périodes de crise. Mais les périodes de crise, elles, se suivent de près, les billets ont montré leur inefficacité et les demandeurs d’emploi, dont le nombre augmente sans cesse, le font savoir tous les jours et sans tiédeur. Sur un plan strictement comptable, c'est vrai, l’État a déboursé des sommes colossales dans les différents programmes, spéciaux ou ordinaires, mais sur un plan concret, cet argent n’aura pas servi à changer la triste réalité.

Même analyse pour LA TRIBUNE d'Alger : L’Etat qui injecte chaque année plus de 1 500 milliards de dinars en salaires et en pensions, ne semble pas mesurer, dit-il, l’ampleur de la colère sociale, pas plus d'ailleurs que l’ampleur de la dégradation du pouvoir d’achat. Parce qu’il n’y a pas que les prix des produits alimentaires et ceux des transports publics qui ont augmenté. Tout a été pratiquement revu à la hausse, sans aucune explication convaincante.

Le chômage représente-t-il pour autant une bombe à retardement pour Bouteflika ? A une année de l’élection présidentielle, avec les tensions sociales à travers toutes les régions et les secteurs du pays, une corruption qui menace la sécurité nationale et un bilan économique mitigé, quelle transition pour l’Algérie ? Car le problème souligne à nouveau le portail d'information MAGHAREBIA, c'est que ce mouvement de protestation, porté par des revendications d’essence sociale, attise aujourd'hui les appétits de certains responsables politiques. Des partis politiques, des organisations de défense des droits de l’Homme et même des terroristes veulent prendre le train en marche, espérant bouleverser l’ordre établi. C'est ainsi notamment qu'Aqmi, Al-Qaïda au Maghreb islamique a publié vendredi dernier un communiqué de "soutien" aux manifestants.

Voilà pourquoi, précise le journal d'Alger LIBERTE, les représentants des chômeurs, tout en clamant que leur mouvement est apolitique, ne cachent pas leurs craintes de se retrouver emportés par des revendications éminemment politiques au cas où la situation dégénèrerait. Eux qui peinent à se structurer, à travailler dans la légalité et qui se voient sollicités de toutes parts, auront-ils la force et la lucidité de résister aux chants de sirènes ? Sauront-ils garder leur autonomie ?

Quoi qu'il en soit, conclue EL WATAN, faute de rassurer les Algériens et de gérer à bon escient les deniers publics, le pouvoir a placé aujourd'hui le pays sur un volcan.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......