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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

52 minutes très exactement, c'est le temps qu'il aura fallu au général François Bozizé pour passer du statut de chef d’Etat à celui de fugitif. Hier, précise le site LES AFRIQUES, la capitale Bangui, dernier symbole d'un régime moribond est donc tombée comme un fruit trop mûr et le président Bozizé est parti comme il était arrivé, c'est à dire par la force des armes, chassés par les rebelles de la Séléka.

D’une certaine façon, commente de son côté le site CONAKRY INFO, François Bozizé s’en tire presque à bon compte. Car en réussissant à fuir, il sauve au moins sa petite tête. Ce qui n’est pas le cas, en revanche, du sort qui attend les Centrafricains pour lesquels, le malheur risque bien de se pérenniser. Car la rébellion Séléka n’est pas une émanation du peuple. Elle n’en est même pas la revendication. Non, il s’agit tout simplement d’un mouvement rebelle de circonstance, bâti à la hâte autour de la nécessité et de la perspective de chasser Bozizé du pouvoir. La chute de Bozizé était l’unique et ultime objectif. Et maintenant que celui-ci est atteint, on risque de patauger et de tourner en rond.

Car en dehors de ses principales revendications, au premier rang desquels la libération des prisonniers politiques, mais aussi l’intégration de ses combattants dans l’armée, la Séléka, précise le site d'information en ligne FASOZINE n’affiche aucune ambition politique. Sans compter qu'originaires des régions périphériques du Nord, les rebelles et leurs chefs arrivent au pouvoir sans aucune expérience des hautes responsabilités au sommet de l’Etat.

Autrement dit, rien n’indique que le régime qui vient de prendre le pouvoir par les armes fera mieux, peut-on lire encore ce matin dans les colonnes du KONGO TIMES. Car l’histoire des rebellions africaines, écrit le journal, est riche en rebondissement. Le plus souvent, elles surgissent au nom de la restauration de la démocratie, avant de sombrer finalement dans les boues du pouvoir absolu, c'est à dire la dictature abjecte.

Pour autant, personne ne regrette véritablement ce matin le départ forcé du président Bozizé. Il était un homme plat, sans intelligence ni talent politiques sérieux, écrit notamment ce matin l'éditorialiste du journal burkinabé LE PAYS. Bozizé a été victime de sa propre sclérose intellectuelle et politique, basée sur une systématisation pathologique du mensonge. Et que croyait-il ? Que le peuple centrafricain, duquel son régime était complètement coupé, allait continuer à rester à ses côtés jusqu’au sacrifice suprême ? Il faudrait être un imbécile ou un sadomasochiste pour mourir pour un tel régime, écrit encore l'éditorialiste, un régime, dit-il, de jouissance, de dilapidation, et de corruption.

Reste toutefois, que si l'incapacité de l'ex président à instaurer la démocratie dans son pays et la mal gouvernance qui aura caractérisé son règne sans partage pendant 10 ans ont fini par l’emporter, le bout du tunnel n’est pas pour demain. Pire, la désinvolture avec laquelle la coalition de la Séléka a repris les armes hier, loin de faire rire, devrait plutôt nous faire pleurer pour le sort de la Centrafrique, estime LE JOURNAL DE BANGUI.

Faut-il en rire ou en pleurer, c'est d'ailleurs justement la question posée à la une du journal burkinabé LE PAYS. Et de préciser, à l’origine de l’histoire politique centrafricaine, il y a cet étrange sentiment d’un pays maudit. Et le peuple centrafricain fait ici figure de peuple déchu. Comme si ce pays avait inscrit sa propre existence dans une histoire immuable, pour ne pas dire immobile. Comment comprendre que depuis son indépendance en 1960, ce pays soit en proie à des rébellions sporadiques, qui se terminent toujours par des coups d’Etat ? A tel point que ce pays est devenu, de nos jours, un objet d’effroi et de dégoût.

Alors s'agit-il d'un drame sans fin, comme le laisse entendre son confrère du journal CAMEROON TRIBUNE. Pour L'OBSERVATEUR PAALGA, c’est l’éternel recommencement, dans un pays où les hommes politiques sont pourtant bien payés pour comprendre l’adage selon lequel, celui qui règne par l’épée périra par l’épée. C’est même le mal endémique de cette nation, écrit encore l'éditorialiste, au point dit-il, que certains en viennent à regretter l’ère du tyran Bokassa, dont les réalisations restent jusque-là les plus marquantes, de mémoire de Centrafricains. Désormais, que faut-il attendre des nouveaux maîtres de Bangui qui viennent de prendre le pouvoir ? Pas grand-chose, prédisent les optimistes. Pire que ce qui a été vécu sous Bozizé, parient les pessimistes.

Pauvre Afrique, se désole même LE JOURNAL DE BANGUI ce matin. Car avec la prise du pouvoir par la Séléka, l’on se rend compte qu’en Afrique, après cinquante ans d’indépendance, on n'en a toujours pas fini avec la présence des treillis, des bruits de bottes et des crépitements de kalachnikovs dans le jeu politique. Et son confrère du Bénin LA NOUVELLE TRIBUNE de rappeler qu'il y a tout juste un an qu’au Mali la junte menée par le Capitaine Sanogo a renversé le président démocratiquement élu, Amadou Toumani Touré. Un putsch condamné, comme d’habitude, par la communauté internationale. Il y a aussi un an que les armes faisaient parler d’elles en Côte-d’Ivoire, avec la crise postélectorale qui a conduit à la chute du régime Gbagbo. Or à peine a-t-on fini de parler de l’an un de ces deux situations, que l’armée fait encore une entrée fracassante dans le jeu du pouvoir.

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