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La revue de presse internationale de Thomas Cluzel

5 min

Par Thomas CLUZEL

Si hier matin encore l'irresponsabilité des leaders européens semblait n'avoir aucune limite, en revanche, cette nuit la raison l'a peut-être emporté sur la folie de nos dirigeants. C'est en tous les cas, ce que laisse espérer le titre à la une ce matin du CYPRUS MAIL : L'Eurogroupe demande à Chypre de protéger les petits épargnants. La nuit dernière, à l'issue d'une téléconférence salvatrice, les ministres des finances de la zone euro ont en effet consenti à donner à l'île davantage de souplesse dans l'application de l'accord trouvé samedi dernier, accord prévoyant vous le savez un plan d'aide de 10 milliards d’euros en échange d'une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires. Désormais, l’Eurogroupe se dit favorable à ce que les autorités de Nicosie abaissent, voire suppriment, la taxe sur les dépôts pour les petits déposants.

Une bonne nouvelle donc a priori pour tous ceux qui se disaient outrés de voir ainsi l'UE faire payer une fois de plus au peuple, les ardoises d’une crise financière. Il faut dire que parmi les éditorialistes de la presse européenne, personne ne semblait véritablement comprendre la décision de Bruxelles. Car depuis juillet dernier, précise ce matin LE TEMPS de Genève, le ciel s’éclaircissait au-dessus de la zone euro. Grâce à l’action de la Banque centrale européenne, l’étau financier se desserrait sur les finances des pays en difficulté. Le mécanisme de sauvetage permanent, et plus encore le projet d’Union bancaire, censé justement protéger les épargnants apportaient enfin des réponses structurelles à la crise. Du moins jusqu'au week-end dernier, c'est à dire jusqu'à ce que les responsables l'UE décident, en une nuit, de saper à nouveau la confiance de tous les européens, en fragilisant les détenteurs d’un compte courant à Chypre. Alors peut-être l'UE s'attendait elle à ce que cette moitié d'île, ce nain politique et économique avale la pilule, analyse le journal. Toujours est-il que c'était là le pari de trop de l’Union européenne puisque ce projet de confiscation n'a fait, au contraire, qu'élargir le front de la colère.

Le lobby des plus grandes banques mondiales avait lui même dénoncé un mauvais plan. Idem pour le quotidien financier britannique, le très sérieux FINANCIAL TIMES qui sous le titre, l’Europe bâcle un autre sauvetage, condamnait lui aussi vertement la taxe inattendue sur les dépôts. La zone euro commençait à trouver le bon chemin pour se sortir de la crise de la dette, pour finalement retomber dans ses vieux travers. Et de préciser, qu’elle soit légale ou non, cette véritable violation de la nature même de la garantie des dépôts, en vertu de laquelle les petits épargnants européens sont certains que leurs dépôts ne seront pas menacés, même si leur banque est au bord du gouffre, trahissait de façon impardonnable tous ceux qui ont le plus à perdre et qui sont pourtant le moins responsables.

Son confrère lisboète PUBLICO n'avait lui non plus pas de mots assez durs pour dénoncer ce plan de sauvetage, qualifié de détournement opéré par l’Eurogroupe. Une fois de plus, le refrain entonné était le même. Comme toujours en pareille circonstance, il n’y avait soit disant pas d’autre solution. Parmi tous les scénarios, cette option était, nous disait-on, la moins douloureuse. En réalité, cet indicible plan de sauvetage nous aura prouvé une seule chose, écrit le journal, que le sens des mots, dans l’UE, souffre aujourd'hui d’une grave dévaluation. Jadis, les citoyens européens avaient des droits, aujourd’hui, leurs dépôts bancaires risquent d’être imposables sans préavis. L’arbitraire et le mépris total de l’Union européenne pour les règles et les valeurs sont devenus monnaie courante. Dans ce contexte, les événements de ce weekend représentent encore ce matin une journée noire dans l’histoire de l’Europe. Car la démocratie est maintenant une notion relative. Et le chantage a remplacé la solidarité. Les mots ont changé, voilà ce qui constitue la véritable crise européenne.

Même analyse pour le journal de Nicosie PHILELEFTHEROS. Nous avons compris, dit-il, ce qu'était vraiment une communauté de solidarité. Nous avons compris que tout ce qui est dit sur la solidarité, ne sont que des formules théoriques et fallacieuses dont on remplit les déclarations et les proclamations.

Hier soir, même si l’Allemagne, la France et la BCE se sont défendus de l’accusation et ont affirmé ne pas être à l’origine de la proposition, reste que face à l'indignation générale, l’idée d’un assouplissement a donc fini par faire son chemin. Désormais l’ajustement le prélèvement pourrait être réduit pour les petits épargnants, avec une ponction de 3% pour les montants de moins de 100 000 euros, 10 % pour tous ceux compris entre 100 000 à 500 000 euros et 12% au-delà. A la condition, toutefois, que l’île maintienne sa contribution de près de 6 milliards d’euros au plan de sauvetage. Quant au Parlement chypriote, il a lui reporté à aujourd'hui son vote sur le plan de sauvetage européen.

Reste, conclue le site d'information en ligne MYEUROP, que tous ces marchandages politico-financiers demeurent encore ce matin un cuisant désaveu des décisions prises par les chefs d'Etat et de gouvernement européens et un discrédit de plus, donc, pour l'Union européenne.

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